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ACID KING “Live At Roadburn 2011” (Etats-Unis)

Comme beaucoup, j’ai découvert ACID KING en 1999, à l’occasion de la sortie de son second album, le culte « Busse Woods », initialement sorti sur le mythique et regretté label Man’s Ruin records. Ce disque essentiel faisait suite à un premier opus plus confidentiel, « Zoroaster » (1995) et fut suivi en 2005) par « III ». Et puis, plus rien. Il fallut patienter jusqu’en 2015 pour découvrir – un peu par surprise, tant on ne l’espérait plus ! – le quatrième opus, baptisé « Middle Of Nowhere, Center Of Everywhere ». Pas vraiment adepte de la productivité, ACID KING n’a depuis pas fait bouger son compteur discographique, du moins en termes d’albums studio.

Histoire de moins se ronger les ongles, on est plutôt content de pouvoir quelque peu patienter avec cette tardive (onze ans après la commission des faits !) édition de la prestation du groupe au festival Roadburn (Tilbourg, Pays Bas), dans son édition de 2011, plus précisément le jeudi 14 avril, sur la scène principale. Au programme, sept titres pour plus de trois quarts d’heure de Stoner Doom aplatissant : « Zoroaster » n’étant pas représenté, « Busse Woods » et « III » se taillent la part du lion avec trois morceaux chacun, l’excellent « Middle Of Nowhere, Center Of Everywhere » se contentant d’un unique témoignage avec l’épais et hypnotique « Coming Down From Outer Space ».
En entendant cette prestation, on constate d’une part la grande cohérence stylistique du répertoire – l’épaisseur et le psychédélisme du Stoner, augmenté de la pesanteur impitoyable du Doom Metal -, d’autre part la parfaite maîtrise du trio de musiciens. En premier, honneur à la Reine, la guitariste et chanteuse Lori S décoche sans coup férir des riffs velus comme une mygale (à faire frémir le maître Tony Iommi en personne !), prodiguant quelques incises de blues dégénéré en mode solo, le tout dans un déluge d’épaisse saturation. A contrario, elle prodigue des vocaux on ne peut plus clairs, dans un registre médium. Seulement, elle adopte une diction lentement articulée, lancinante, un timbre un peu atone, qui donne l’impression qu’elle chante sous l’emprise de barbituriques !
A l’époque de la prestation au Roadburn, elle était secondée par le bassiste Mark Lamb, débiteur infatigable de lignes épaisses et métalliques, et par le batteur Joey Osbourne (cela ne s’invente pas !) qui frappe certes comme une brute, mais prend bien soin de multiplier les contretemps, les roulements et les sollicitations continues des cymbales afin d’animer cet ensemble monolithique. Nul doute que, ce jour de 2011, les trois d’ACID KING assurèrent comme des bestiaux, ainsi qu’en témoignent les réactions enthousiastes du public.

Cela dit, une dimension vient gâcher ce qu’on devine avoir été une prestation scénique maîtrisée et vibrante : le son ! S’agissant d’un enregistrement sur le vif, n’ayant pas donné lieu à des tripatouillages postérieurs en studio, on peut admettre un rendu brut, qui sied objectivement au propos musical d’ACID KING. Par contre, le mixage s’avère déficient, en ce sens qu’il semble met tous les instruments et le chant au même niveau, le spectre sonore s’en trouvant forcément saturé. Ce qui nous fait vibrer dans le contexte d’un concert (une certaine confusion au plein cœur de l’action) devient davantage rédhibitoire une fois restitué via une archive (ben oui, la captation d’un concert devient de facto une archive, non mais allô quoi ?!). Ici, il se trouve que les fréquences les plus hautes saturent un maximum. Ce n’est pas gênant quand il s’agit de la guitare partant dans un solo nativement sursaturé. Par contre, le rendu des cymbales fait carrément vriller les nerfs ! Cela pourrait apparaître comme anecdotique, mais je vous jure que cette restitution plate, crasseuse, envahissante du jeu de cymbales d’un batteur qu’on constate puissant, mais aussi diversifié dans son jeu, s’avère un véritable parasite. Pas assez pour discréditer l’édition de ce concert, mais suffisamment pour lui octroyer le statut de bon enregistrement pirate. Un comble, pour une édition officielle !

Bon, Lori, chère amie, merci pour l’amuse-gueule, mais à quand un cinquième album studio ? Par ailleurs, je n’ai jamais bien compris pourquoi tu avais baptisé ton groupe ACID KING, plutôt qu’ACID QUEEN…

Alain Lavanne

Date de sortie: 11/03/2022

Label: Burning World Records

Style: Stoner Doom Métal

Note: 15/20

Ecoutez ici

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