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ARCHVILE KING “A La Ruine” (France)

Un homme, un projet, un jet de Black Metal fort particulier : voilà une équation fort singulière à laquelle la résurgence du Black Metal dans les années 90 conféra une dimension quasiment mystique. Le fait est que, dans le cas d’ARCHVILE KING, nous avons essentiellement affaire avec l’inspiration, l’écriture, les arrangements, l’interprétation et les choix de production et de mixage incombant tous au surnommé Baurus (patronyme tiré de la série des jeux vidéo fantastiques The Elder Scrolls). Il n’est dès lors pas étonnant que le propos développé par ARCHVILE KING sur son tout premier album évoque tout à la fois le Black Metal féroce et épique à la fois, caractéristique des débuts d’EMPEROR et d’ENSLAVED, les développements plus lents et lourds propres au BATHORY de la période « Hammerheart », les impératifs mordants et évolutifs propre au Black Metal moderne , à savoir toujours tranchant, jamais clinique ou pompeux.

Dans le cas présent, chaque arrangement (chœur, synthé, guitare mélodique) s’inscrit dans la dynamique propre à chaque composition. Avec des durées respectives oscillant entre moins de trois et moins de cinq minutes (pour un total de 35 minutes au total), ARCHVILE KING parvient à pas moins de sept compositions percutantes, concises, allant de la férocité la plus véloce, au mid-tempo ravageur, sans oublier les plages les plus lumineuses (l’introduction paisible et le texte récité de « Chroniques du royaume avili », l’instrumental acoustique paisible « A la ruine »). Au sein d’un même morceau, il n’est pas rare de rencontrer de fructueux contrastes, comme par exemple sur le furieux et fonceur « Vêpre I », ponctué de brefs breaks acoustiques lumineux et apaisés ; de même, l’épique et âpre « Dans la forteresse du roi des vers » de clôt sur une plage de guitare acoustique splendide, tandis que « Celui qui vouvoie le soleil » s’ouvre sur un dispositif similaire,a vant que des riffs abrasifs ne lance une frénésie rythmique impérieuse.
Dans un contexte aussi changeant, les vocalises âpres mais articulées de Baurus s’avèrent particulièrement expressives, relevant majoritairement du classique coassement malsain propre au Black Metal, avec toutefois suffisamment de variations qui, ajoutées à la conviction exprimée, produisent un rendu particulièrement impactant et crédible.

Qu’on me permette d’évoquer le son de cet album. Particulièrement équilibré et adapté au répertoire proposé, il privilégie certes le rendu crasseux et sec propre au Black Metal, mais le mixage assure cependant une exposition redoutablement limpide de tous les éléments en présence, avec un soin particulier accordé aux plages acoustiques et aux riffs qui, fort heureusement, ne se résument à au brouhaha aigre propre au riffs en trémolos, mais se montrent plus accrocheur, comme ayant retenu une excellente leçon en provenance du Thrash ; lequel ne peut cependant pas être décrété comme une influence explicite et évidente, il s’agirait plutôt d’une inspiration, d’un héritage bénéfique).

Abordons enfin les paroles de cet album. On baigne ici dans un univers d’inspiration médiévalo-fantastique, avec des textes majoritairement rédigés en français. Dans le cas présent, point besoin d’avoir recours à des alexandrins ; les vers sont concis mais bien tournés, porteurs d’une poésie imagée qui retranscrit bien la double dimension épique et violente de l’univers mis en branle. A noter que la version CD comporte un excellent titre bonus, « Cheating The Hangman », pourvu d’un texte en anglais et d’une rythmique très Heavy Metal 80’s, sur un tempo médium nerveux et tendu.

Excellent début pour ARCHVILE KING. Impressionnant aboutissement s’agissant d’un projet en solitaire.

Alain Lavanne

Date de sortie: 18/02/2022

Label: Les Acteurs de l’Ombre productions

Style: Black Métal

Note: 17/20

Ecoutez ici

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