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SAXON “Carpe Diem” (Royaume-Uni)

Diantre, mais on va finir par croire que ces damnés Anglais de SAXON sont véritablement increvables ! Songez que « Carpe Diem » est le vingt-troisième album studio de compositions originelles, depuis le premier album sans titre, sorti en 1979 !!! Sans compter une kyrielle d’albums live officiels, d’albums de reprises – qu’il s’agisse de son propre répertoire avec le « Heavy Metal Thunder » de 2002 (réinterprétations de ses classiques) et l’acoustico-orchestral « Unplugged And Strung Up » (2013) ou d’un hommage à ses influences avec « Inspirations » de 2021. Avant de livrer une appréciation sur ce nouvel opus, permettons-nous une divagation dans le passé, à la fois factuelle et personnelle.
Certes, la popularité de SAXON n’ayant jamais nettement et massivement dépassé leur pays d’origine et le reste de l’Europe, le groupe se trouve de fait obligé de ne pas se faire oublier et de maintenir une actualité discographique (même en période de pandémie !). Les esprits cyniques y voient peut-être une manière de traire la vache jusqu’à épuisement du pis. Je préfère y voir le résultat d’un investissement sans failles, d’une foi absolue dans sa version du Heavy Metal, genre dont on oublie trop souvent qu’il contribua à le redéfinir, après sa genèse aux confins des 60’s finissantes et des 70’s triomphantes.
Même si le premier album sans titre portait ponctuellement la marque (savoureuse, à mon sens) d’un tropisme progressif, il révélait une appropriation particulièrement rêche et nerveuse de certains fondamentaux du Hard Rock ; d’une certaine façon, « Stallions Of The Highway », « Backs To The Wall » et « Still Fit To Boogie » radicalisaient le Hard pour le tourner en Heavy Metal. Tendance ô combien confirmée avec la triplette magique « Wheels Of Steel » (1980), « Strong Arm Of The Law » (1980 également) et « Denim & Leather » (1981). Une tendance à la diversification maîtrisée et à la tentation de charmer les oreilles américaines commença à se faire entendre sur les deux albums suivants, encore d’un très bon niveau, à savoir « Power And The Glory » (1983) et « Crusader » (1984).

C’est dans la séquence suivante que SAXON décrocha complètement dans la course à la notoriété massive, laissant ses compatriotes de DEF LEPPARD et IRON MAIDEN s’installer comme des références musicales et populaires. Cherchant à tout prix à convaincre un public américain pas encore converti au Metal, le groupe aligna des albums de plus en plus ouvertement commerciaux : « Innocence Is No Excuse » (1985), « Rock The Nations » (1986) et « Destiny » (1988). Sans parvenir à conquérir les masses américaines pourvoyeuses de dollars, le groupe perdit en crédibilité et en popularité auprès de son public européen.
D’ailleurs, à l’orée des années 90, SAXON n’était plus signé sur une major. Un mal pour un bien car le groupe effectua avec l’album fort à propos nommé « Solid Ball Of Rock » (1990) un retour de bonne facture dans un registre Hard repensé en Heavy Metal. SAXON continua son entreprise de reconquête du public européen – principalement autour du marché allemand – avec des albums solides : « Forever Free » (1992), « Dogs Of War » (1995), « Unleash The Beast » (1997), seul le lourdingue- mais plébiscité – « Metalhead »(1999) venant rompre l’équilibre artistique entre tranchant, lourdeur et sens mélodique.
L’entrée dans le 21ème siècle vit la productivité se ralentir quelque peu, avec cependant à la clé des albums forts en gueule, gages d’une combinaison alliant puissance assumée et sens de la subtilité indispensable : « Killing Ground » (2001), « Lionheart » (2004), « The Inner Sanctum » (2007) et « Into The Labyrinth » (2009) en témoignent.
La décennie suivante voit SAXON continuer à proposer à intervalles réguliers des albums, certes pas essentiels, mais globalement solides et attachants : « Call To Arms » (2011), « Sacrifice » (2013), « Battering Ram » (2015) et « Thunderbolt » (2018).

« Carpe Diem » inaugure la troisième décennie du XXIème siècle de la meilleure des manières, conforme en tous points à ce qui fit et fait encore la spécificité de SAXON. Une fois n’est pas coutume, débutons par la fin pour jauger le niveau de forme de ce groupe qui est entré dans sa 44ème année d’activité. Le dixième et ultime titre de cet album, « Living On The Limit », est mené pied au plancher, avec une intensité rythmique qui permettrait sans conteste de placer ce titre sur un album de MOTÖRHEAD : une manière de signifier que les vétérans sont bien loin d’intégrer l’hospice ! D’ailleurs, le groupe donne des assurances d’entrée de jeu. Après une introduction assez cinématographique, « Carpe Diem (Seize The Day) » affiche une approche musculeuse et nerveuse, en mode up-tempo. Dans la foulée, « Age Of Steam » assure une belle intensité rythmique, avec de belles velléités accrocheuses, tant sur le plan rythmique qu’au niveau vocal. En somme, les vétérans ont la gniaque et agressent avec un art consommé du riff qui tranche, de la rythmique intense et du chant nerveux mais modulé, avec de gros refrains et des solos de guitare incisifs et incandescents. Les penchants pour l’excès de vitesse et la recherche de l’impact maximal se trouvent confirmés sur les percutants « Super Nova », « All For One » (qui sonne comme du JUDAS PRIEST énervé, avec un riff introductif proche de celui du « Stand Up And Shout » de DIO) et « Dambusters ».
Le premier hiatus émotionnel se trouve en troisième position avec le mid-tempo « The Pilgrimage », qui privilégie ambiance subtilement épique et développement tout en nuances, dans la foulée de titres passés comme « Crusader » ou « Broken Heroes ».
Sinon, SAXON trouve toujours le moyen de fourguer des mid-tempo efficaces, avec un bon équilibre entre approche musclée et mélodies simples et évidentes (« Remember The Fallen »). Ce type de compositions se trouve parfois transcendé par une emphase guerrière (« Black Is The Night »).
Plutôt isolé, quoique tout à fait complémentaire, « Lady In Gray » affiche un visage plus proche d’un Heavy Metal lent et lourd, à la fois menaçant et mélodiquement pourvu.

Au total, nous tenons un album de Heavy Metal, musculeux, nerveux et racé, révélant un niveau de maîtrise dans l’écriture et dans l’exécution digne des vétérans les plus aguerris. Sur le plan visuel, cette peinture signée par Paul Raymond Gregory (auteur de nombreuses pochettes pour SAXON, mais aussi MOLLY HATCHET, DIO, URIAH HEEP, BLIND GUARDIAN, FREEDOM CALL et d’autres) sort du registre ordinaire en figurant des légionnaires romains patrouillant sur le mur d’Hadrien, sur fond de paysage vallonné et verdoyant, faussement calme (à l’époque, les Saxons n’étaient pas l’ennemi, mais bien les Pictes). SAXON fait ici ce qu’il sait mieux faire, à savoir du SAXON pur jus : pas d’innovation, mais pas de déception. L’allant du groupe, la qualité des compositions et le son puissant mais clair, concocté par Andy Sneap, emportent l’adhésion.

Alain Lavanne

Date de sortie: 04/02/2022

Label: Silver Lining Music

Style: Heavy Métal

Note: 17/20

Ecoutez ici

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