Catégories
Chroniques

SAHARA “III : Hell 0n Earth” (Argentine)

En guise de préambule, convenons ensemble que le SAHARA que nous allons explorer est un trio originaire d’Argentine, et non une miraculeuse résurrection du groupe californien de Heavy mélodique qui, à la fin des années 80, me ravit avec deux albums incisifs et élégants, dominés par le chant profond d’Elizabeth VANDALL. Pas plus qu’il ne s’agit du groupe sud-coréen actif dans les années 90. SAHARA, Argentine, donc.

Je ne sais pas si cela relève d’une démarche volontaire mais, la pochette de ce troisième album (après « The Light » en 2017 et « II » en 2018) rappelle ostensiblement le minotaure à la mâchoire carnassière des débuts de DANZIG et le graphisme aux contrastes brutaux (noir/blanc/rouge) présent sur le premier opus de DUEL. Admettons qu’il s’agit d’une première approche encourageante. Car, effectivement, via l’évocation de DANZIG, on peut relier SAHARA au Heavy Metal primordial de BLACK SABBATH. L’évocation de DUEL permet de souligner l’appétence manifeste du trio pour le Heavy Rock originel – fin des 60’s, début des 70’s – plein d’influences Blues et Boogie, charriant une énergie électrique inaltérable, où se renforcent mutuellement l’épaisseur rythmique et la dextérité instrumentale.

Cela dit, nul doute que la porte d’entrée dans l’univers de SAHARA demeure l’appellation fourre-tout Stoner Rock. Admettons cette affiliation, pour mieux s’en détacher. Le fait est que nos Argentins, fidèles à une belle tradition rugbystique nationale, cultivent une approche rythmique épaisse et percutante, dignes des meilleures premières lignes des Pumas (rugueuse équipe nationale de rugby) ! Lignes de basse saturées, métalliques et nerveuses, batterie très sèche mais mobilisant en permanence les cymbales et les cassures rythmiques : preuve qu’on peut se taper un bon sprint avec un léger embonpoint. La formule s’avère d’autant plus explosive que le guitariste vous balourde dans les gencives des riffs crépitants et catchy, pour mieux les voir rebondir sur cette section rythmique combinant à merveille une épaisseur digne du Sludge et un sens admirable de l’animation dynamique.

Reste à aborder deux registres : celui du chant et celui de la guitare solo. Commençons par le second, si vous le voulez bien (pure formule rhétorique car vous n’avez pas le choix de toute façon !). Si, en mode rythmique, la guitare débite à la tonne des riffs nerveux, tranchants et rêches à la fois (copyright THE STOOGES, MC5 et consorts), on se trouve fort aise de constater qu’aux cours de dégagements exploratoires, les circonvolutions s’invitent, quitte à se déployer en mode pachydermique. Pour la parfaite maîtrise de la saturation et des harmoniques, appuyée par un feeling bluesy vibrant, que l’on allume mille cierges pour Tony Iommi ! Classique, me direz-vous. Certes, mais, dans l’immense majorité des cas, la référence au guitariste de BLACK SABBATH se fait à propos des riffs, et non de sa capacité à alterner des notes tenues (dramatisation maximale) et des cascades précipitées de notes tranchantes et hystériques.

Dans un environnement instrumental aussi épais et intense, on se doute bien qu’il est ardu pour le chant de s’imposer. Le fait est qu’il n’y parvient pas. Plutôt nasal et haut perché, il affiche des ambitions expressives louables, avec des modulations effectives, ne permettant hélas pas de compenser un déficit de puissance. D’où le choix judicieux de mixer le chant en plein milieu du magma instrumental, afin d’en faire un instrument intervenant dans les registres aigus. Habile Bill ! Dans les années 70, BUDGIE n’a pas géré autrement la question.

Certes rattachable à la vaste et encombrée famille du Stoner Rock, SAHARA parvient toutefois à marquer clairement ses influences originelles : LED ZEPPELIN (« La Soga » n’évoque-t-il pas une version alourdie du « How Many More Times » de LED ZEPPELIN ?), BLACK SABBATH, JAMES GANG (ce sens du groove !), MOTÖRHEAD dans ses premiers élans, encore inspirés par HAWKWIND (le bref et incandescent « Altar Of Sacrifice »). Brève respiration instrumentale, 100% acoustique, « Blue Shift » insuffle un vent de fraîcheur énergisante.

Alors que la majorité des compositions de l’album adopte un format ramassé et concis, deux morceaux se distinguent par leur longueur. Entendons-nous bien : ce n’est pas la longueur qui compte ! Cependant, les espaces ainsi ménagés sur « Dangerous » (plus de huit minutes) de développer un instrumental exemplaire de Blues Rock directement branché sur le secteur nucléaire : riffs et rythmiques pèsent un poids fameux et, néanmoins, tranchent le béton sans coup férir. Du haut de son franchissement du cap des neuf minutes, il faut concéder à « Trapped Down » le statut enviable et casse-gueule de pic dramatique de l’album. En effet, le format conséquent permet à SAHARA de dérouler son savoir-faire, entre Heavy Metal originel, Blues Rock épaissi, zeste psychédélique fameux, goût pour les atmosphères brumeuses et dramaturgie Heavy Metal. Un modèle du genre, en somme (et ce n’est pas rien !)…

En somme, le Stoner proposé ici par SAHARA s’avère suffisamment varié et savamment interprété pour se hisser au-dessus des cohortes qui se contentent d’en proposer une version standard.

Alain Lavanne

Date de sortie: 31/01/2022

Label: Helter Skelter/Regain records

Style: Stoner

Note: 17/20

Ecoutez ici

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *