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SUPERSTATIC “Glimmering Veil” (Irlande)

Aborder l’écoute de ce second album des Irlandais de SUPERSTATIC (après « Key To The Abyss », paru en 2018) nécessite de prendre quelques précautions. En premier lieu, seuls les plus aventureux et résistants parmi les fans de Doom Death Metal sont susceptibles de parvenir au bout d’un voyage qui s’avère en tous points éprouvant. En second lieu, il faut avoir du temps devant soi (une heure et douze minutes précisément) et ne pas avoir le vertige ; car il va falloir gravir pas moins de sept montagnes, dont la plus petite, « Mutabor », affiche néanmoins un gabarit copieux de plus de huit minutes, et la plus haute, « Remember Citadel », culmine à plus de dix-sept minutes !!! Enfin, nous déconseillons vivement cet opus aux esprits guillerets et aux personnes suivies sur le plan psychiatrique ; les premiers risqueraient d’être traumatisés à vie, les seconds de perdre définitivement pied.

Voilà, les avertissements dûment effectués, les esthètes masochistes peuvent commencer leur progression parmi un dédale rythmique, ponctué de breaks, parfois d’accélérations, mais très majoritairement marqué par un tempo inexorablement lent. Le son général se veut sec, avec une basse tendue et métallique, des riffs rêches et dissonants ; le mixage assure une louable clarté d’exposition de tous les instruments, ainsi que des détails qui fourmillent à l’arrière-plan : bruitages, extraits sonores, arrangements électroniques et effets divers. C’est heureux car, là où d’autres sous-genres tournés vers les formes lentes et massives (on songe notamment au Funeral Doom) trouvent de bonne politique de proposer un mur du son et d’adopter la tactique du magma, SUPERSTATIC préserve une véritable profondeur de champ et une bonne dynamique d’ensemble.

Si l’ancrage Doom Death s’avère le plus légitime, on ne peut cependant pas affirmer que SUPERSTATIC ressemble à la musique produite par les pionniers du genre. Ne serait que par la sècheresse du son, mais aussi par les bruitages déjà évoqués, qui donnent l’impression d’un apport psychédélique qui aurait baigné dans une solution industrielle. De plus, si l’on s’attache aux ambiances torturées, notamment les vocaux qui ne se contentent pas de gutturalité, on peut sans forcer évoquer les tourments propres au Post Hardcore et au Post Metal.

Certes, « Glimmering Veil » constitue une œuvre ardue à appréhender, du genre qui se mérite. Pour autant, à condition d’accepter les règles du jeu, on ne peut que souligner la force expressive de ce répertoire irradiant la paranoïa et la schizophrénie, le malaise et l’oppression, le monumental et le fourmillement, la noirceur et le nihilisme. Fort et dérangeant.

Alain Lavanne

Date de sortie: 15/10/2021

Label: Solitude Productions

Style: Doom Death Métal

Note: 16/20

Ecoutez ici

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