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OWLCAVE “Broken Speech” (France)

Entre être seul et mal accompagné, l’unique animateur du projet OWLCAVE a fermement décidé de se passer de compagnie pour créer avec toute latitude et pour concrétiser en studio sans frein ni compromission. Ce qui ne revient absolument pas à dire qu’il a renoncé à tout ou partie de ses ambitions, bien au contraire. Rarement aurais-je été à la fois dérouté et conquis par un album, a fortiori émanant d’un primo-discographe (du moins à ma connaissance, la personne en question se réfugiant derrière un anonymat strict).

Foin de digressions sur les antécédents de toute façon inconnus de l’auteur de cette somme qu’est « Broken Speech ». Une somme, oui, car ce premier opus recèle en son sein une seule composition culminant à un peu plus de 43 minutes. Presque trois quarts d’heure qui imposent à l’auditeur une soumission totale, tant par les structures fracturées que par la variété des styles convoqués et des ambiances visitées.

Si vous vous trouvez en manque de contact brutal et trépidant, vous serez par séquences percutés par des accélérations frénétiques, du type que l’on croiserait dans le Black Metal et le Grind. Passages épileptiques qui contrastent avec des décélérations franches, débouchant sur des plages plus lentes, plus lourdes, plus angoissantes. Très rapidement, si l’on veut rendre compte utilement de cet album, on est contraint de faire référence à des humeurs perturbantes, à des états d’esprit extrêmes, allant de l’hyperactivité à la catatonie, en passant par les nombreuses et inspirantes variations de la dépression à tendance agressive.

Fondamentalement instrumental, le propos de OWLCAVE convoque tout le spectre du Metal extrême (Grind, Death, Black) et empiète largement sur le Dark Ambient et le Post Hardcore. Ainsi, les assauts brutaux ou les développements pesants, strictement délimités et agencés, percutent ou s’échouent, selon les transitions plus ou moins volontairement négociées, sur des séquences riches en distorsions douloureuses ou en ambiances poisseuses. Le miracle ne réside pas tant dans la cohabitation harmonieuse de styles, certes extrêmes mais différents, que dans l’agencement efficace et pertinent (surtout sur une telle durée !) des séquences successives. Conserver une unité de progression, tant rythmique que dramatique, demeure une manière d’exploit sur une telle durée. A croire que l’auteur maîtrise les codes de la composition en vigueur dans les musiques savantes.

L’écoute de l’album d’une seule traite relève de l’expérience exigeante ; cependant, je peux vous assurer que, pour ma part, je vais me glisser régulièrement fort volontiers dans la niche de la chouette, afin de flipper non-stop les nuits de pleine lune. Cet album rappelle à tout un chacun que la vie est tour à tour, parfois simultanément, tourment brutal et divagation puissante. Raison supplémentaire pour s’adonner au culte de la chouette.

Alain Lavanne

Date de sortie: 09/07/2021

Label: Time Tombs Records

Style: Métal

Note: 18/20

Ecoutez ici

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