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DESTRUCTION “Bestial Invasion Of Hell” (Allemagne)

Impossible d’aborder cette chronique de la toute première démo de DESTRUCTION sans passer par un raccroc personnel. J’ai eu la chance de découvrir DESTRUCTION dès leur début discographique en 1984 avec le mini-album « Sentence Of Death » (merci le tape trading qui permettait que le moindre vinyle soit recopié sur cassettes à des dizaines d’exemplaires). Mon culte s’intensifia en 1985 avec le premier album «Infernal Overkill» et culmina avec l’album «Release From Agony» en 1987. Au même titre que les premiers enregistrements de KREATOR et de SODOM, les débuts du trio DESTRUCTION représentent des contributions essentielles dans la réponse au Thrash américain, souvent plus construit, moins brut.

Avec la présente réédition de la première démo de DESTRUCTION, nous revenons aux sources d’un projet qui s’est depuis inscrit dans la durée. Qu’est-ce qui animait initialement la hargne de DESTRUCTION ? En premier lieu, on retrouvait dans les six compositions présentes sur la démo un goût pour l’urgence, pour la brutalité, pour la crudité, pour une interprétation viscérale, qui faisait indéniablement penser à la seconde vague du Punk, à savoir THE EXPLOITED et GBH. Soit du riff cru, posé sur des rythmiques primaires et hachées, délivrées sur des tempos rapides. Avec un chant brut de décoffrage, à mi-chemin entre gutturalité et aigreur, les lignes de chant étant délivrées avec une vindicte irrésistible.

En second lieu, DESTRUCTION se distinguait indéniablement de la masse des combos Punk Hardcore qui pullulaient, notamment en Allemagne à cette époque. Loin de reprendre à son compte l’approche anarcho-gauchiste très répandue, le trio optait ostensiblement vers l’univers lugubre du Heavy Metal le plus extrême, avec une approche horrifique, mais aussi pseudo-satanique (sûrement influencée par VENOM). Mais le distinguo d’avec le Punk se nichait surtout dans l’interprétation – brutale et vibrante mais carrée et précise – et dans les arrangements. C’est ainsi que les riffs ne se contentent pas tant d’envoyer le pâté sur les murs que de trancher en tranches relativement fines une viande bien sanglante. De même, si la section rythmique bourrine allègrement, elle fait montre d’une maîtrise avérée, quoiqu’encore grossière, dans les ruptures et dans les relances. Enfin, les vocaux de Schmier portent certes avant tout un potentiel d’agression guttural mais ne se réduisent jamais à une approche dégueulée.

Surtout, ce qui distingua très rapidement DESTRUCTION de la masse bourgeonnante de groupes Punk, Hardcore, Thrash, fut la qualité de ses compositions. Autant demeurer crédible : en 1984, il eut été présomptueux d’affirmer la supériorité d’écriture de DESTRUCTION par rapport aux précurseurs américains. Songez qu’à l’époque, METALLICA délivrait déjà « Ride The Lightning » et ANTHRAX « Fistul Of Metal », (SLAYER s’étant délesté de son magistral « Show no Mercy » dès 1983), les démos respectives de MEGADETH, EXODUS, DEATH ANGEL montraient des dispositions tout aussi véhémentes et véloces, mais plus techniquement abouties. Il n’en demeure pas moins qu’avec ses moyens frustes, DESTRUCTION imposait d’emblée un classique, à savoir le frénétique « Mad Butcher », mais aussi des compositions sommaires mais accrocheuses telles que « Total Desaster », « Antichrist » et « Tormentor ».

Contrairement à la réédition datant de 2018 par Vic Records, ce nouveau pressage vinyle et CD enrichit les six compositions originelles de quatre enregistrements tirés de répétitions. Autant vous dire que le son s’avère confus, même s’il permet de saisir le potentiel brut en gestation, déjà très maîtrisé. Pour ma part, cette réédition apparaît comme un achat indispensable pour toute personne souhaitant comprendre la scène Metal extrême depuis les années 80.

Alain Lavanne

Date de sortie: 30/04/2021

Label: High Roller records

Style: Thrash Metal

Note: 18/20

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