| LAIBACH le 03/03/2008 |
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Entité slovène du début des années 80, Laibach fait aujourd'hui office de référence dans le milieu musical indus s'étendant même au metal dans son sens le plus large du terme. Groupe politiquement et injustement controversé à maintes reprises, Laibach nous dévoile ici les raisons de leur existence et l'essence même de leur création ainsi que leur parcours parfois semé d'embûches mais dont ils se sont toujours sortis la tête haute. Voyage avec un combo pas vraiment comme les autres....
1. Comme on a dû probablement te le dire, je fais cette rencontre aujourd’hui pour un site labellisé « metal », et traitant principalement de ce genre de musique et de ces sous-genre. Cependant, je pense, compte tenu de l’imagerie, de l’esthétique, du côté obscur, et d’autres facteurs, que Laibach a sa place dans mes colonnes. Penses tu de ton côté que Laibach ait quelque chose à voir avec le Metal ? Eh bien, je pense sincèrement que c’est ce que devraient faire tous les « magazines de genre », c'est-à-dire, laisser d’autres genres avoir leur place. Car je doute du bien fondé du fait de raconter tout le temps la même « histoire », à des gens qui de toute façon sont déjà convaincus pour ainsi dire. Et concernant Laibach, oui, définitivement, je pense que nous avons notre place là-dedans, ne serait-ce que dans la mesure où beaucoup de groupes métal ont été influencés par Laibach.
2. En parlant Métal, l’album qui chez Laibach pourrait être labellisé dans ce genre pourrait être « Jesus Christ Superstar ». Cependant, il s’agit forcément là, vu l’orientation, d’un disque à part dans la discographie du groupe, par rapport à ce que vous avez fait d’autre. Ma question serait donc de savoir ce qui vous a traversé l’esprit pour vous tourner vers les grosses guitares ? Dans une certaine mesure, on voulait « aborder » un peu les clichés de la musique Metal. Le but était également d’aborder le thème de la religion, et c’est amusant, car de nombreux groupes de Metal, dans leur éthique, leur façon de présenter, leur musique, sont « religieux », peut-être n’en sont-ils pas conscients, mais beaucoup de groupe rock, ou de guitaristes de rock, ou des chanteurs, ont les cheveux longs, parce que, après tout, Jésus était une icône pop, et ils reprennent un peu son image.
3. Et c’est vrai que souvent, les pochettes, l’imagerie, reprennent des signes religieux à foison… Oui, d’ailleurs, la croix du Christ est probablement LE symbole dont on use et abuse dans le genre…je ne sais pas, ça doit être le « wet dream » (Note de Loki : rêve de nuit provocant…une éjaculation nocturne du fait de son contenu…désolé) de tous les métalleux de se retrouver sur la croix du Christ ! (rires)
4. Oui, d’ailleurs, pas mal d’artistes se sont représentés sur la croix dans leurs artworks… Oui, et il existe également un lien fort entre les cérémonies religieuses et les comédies musicales, et « Jesus Christ Superstar » en fait partie. Cela avait été composé par Andrew Lloyd Webber, mais cela aurait tout aussi bien pu être Black Sabbath, quelque part. Les comédies musicales ont ce quelque chose d’opératique qui les rapprochent un peu du Metal. Donc, sur notre disque, nous avions essayé de prendre un peu de tous ces éléments, et puis, c’était une façon pour nous aussi d’exprimer pleinement le côté métal de Laibach. Et c’est vrai qu’il y a dans ce disque des chansons intéressantes…Il y a notamment dans « God Is God » des paroles qui prédisaient plus ou moins les attaques du 11 septembre 2001… « You shall see Hell clear in the Sky….You shall see the walls crumble….God is God » etc... C’est un disque qui avait des éléments de musique classique également.
5. D’ailleurs, Rammstein avait été mentionné à l’époque, lorsque « Jesus Christ Superstar » est sorti, certains vous ont un peu accusé de vous être inspirés d’eux… Nous avons pu être influencé par eux, mais en même temps, Laibach existe depuis plus longtemps que Rammstein…donc bon.
6. Lorsqu’il s’agit de groupe de rock ou de metal, on peut toujours s’imaginer dans une certaine mesure à quoi peuvent ressembler des répétitions, des processus d’écriture…mais qu’en est il d’un groupe estampillé « indus » ? Eh bien en général, nous partons de rien, mais quand nous nous retrouvons, nous avons tous des idées chacun de notre côté qui, une fois réunis, forment un quelque chose. D’ailleurs, nous privilégions le fait de trouver un titre de disque avant tout, ce qui représente en quelque sorte le « toit » du projet, puis le but est de construire le reste en dessous. Mais il s’agit effectivement principalement de discussions, entre les membres même au cœur du groupe, puis nous abordons la chose avec les invités, car nous aimons toujours faire participer d’autres personnes. Nous avons alors des discussions avec des « candidats » !... Et puis au final, nous invitons également des gens pour certains arrangements, de chœurs ou de cordes. Parfois, nous faisons aussi un disque à nous seuls.
7. Abordons le concept de votre dernière sortie studio, « Volk »…D’où est venu ce concept de « reprises » de tous ces hymnes nationaux ? En fait, c’est une idée que nous avions déjà eu il y a dix ans, et nous avions finalement sorti «Jesus Christ Superstar ». Plus l’idée est revenue, au moment où nous avons envisagé de faire un disque orienté « pop ». Mais bien sûr, dans le cadre de Laibach, il était difficile d’envisager d’écrire des « pop songs » ! on s’est demandé si on allait devoir chanter des paroles stupides, (rires). Et au final, on s’est donc dit que les meilleures chansons de pop qui soient, restent les hymnes nationaux. Parce que, tout le monde les connait, ils sont là depuis des siècles, des textes et des musiques intemporels…des « pop songs », au final. C’est de là qu’a germé l’idée. La pop est aujourd’hui la culture dominante dans le monde. Il s’agit de la musique du peuple, et « Volk » veut dire « peuple »…
8. Pour beaucoup de raisons, Laibach a toujours eu une dimension politique. Que ce soit dans l’imagerie, ou avec la création du NSK (note de Loki : précisions plus bas)…Il y a-t-il de la part du groupe une utilisation consciente de la musique pour « prendre position », ou est-ce à des fins artistiques pures ? En fait, tout est politique quelque part, plus ou moins. Car nous vivons dans un monde où il est impossible d’éviter le politique, et on est tous affectés par cela, qu’on le veuille ou non. On trouve de la politique partout, d’abord avec les journaux bien sûr, où vous prenez votre dose de Sarkozy tous les jours (rires), mais bientôt, tout sera utilisé par Sarkozy, jusqu’au papier toilette ! (re-rires) Plus sérieusement, tout est affaire de politique et nous en sommes conscients, nous n’essayons pas de l’éviter. La musique et la politique sont deux choses qui ont toujours été liées. La question est de savoir, te sers tu de la musique pour faire de la politique, ou te sers tu de la politique pour faire de la musique ? Il s’agit de la question cruciale. Et nous nous intéressons à la politique, mais ne sommes pas un groupe politique dans l’essence. Nous n’allons pas dans la rue pour dire « votez untel » ou « votez un autre ».
Oui, et je dirais à ces gens là de rentrer en politique et d’abandonner la musique. Il faudrait que ces gens fassent un choix à moment donné. Prends par exemple Bob Geldof (note de loki : Chanteur irlandais impliqué politiquement). Je suis sur qu’il a de bonnes intentions, mais il fait de la mauvaise musique, malheureusement. En tant que musicien, il n’est pas crédible. Il n’est crédible que politiquement désormais, mais il y a un moment où il réalisera qu’il n’est qu’un pion sur l’échiquier. Je ne pense pas qu’on puisse faire les deux choses. Pour l’une comme l’autre, il faut être impliqué pleinement. Autant je pense qu’on peut s’inspirer de la politique, comme on peut s’inspirer de l’art, de la religion…autant je crois qu’il est difficile de concilier musique et prise de position (…) Prends Bono, c’est quelqu’un d’engagé, qui fait certainement de très bonnes choses, mais pourquoi après tout ne chanterait-il pas directement…je ne sais pas, « votez Obamaaaa » (rires) plutôt que ce qu’il a toujours chanté, à la rigueur ?
10. Peut-être peux tu nous parler un peu du NSK, beaucoup de gens n’étant pas au fait du concept… Le NSK est un Etat virtuel, créé en 1984. Ce qui a amené à sa création a été le fait que beaucoup de gens se sont pas mal intéressés aux expositions que nous organisions à l’époque, des gens qui eux-mêmes créaient des choses intéressantes, mais dans une certaine mesure, ils avaient besoin d’une direction dans laquelle aller. Et lorsque Laibach a été interdit officiellement par décret en Slovénie (l’une des excuses pour l’interdiction était l’origine allemande de « Laibach » qui est le nom géographique et historique de la ville de Ljubljana), nous avons décidé de mener Laibach plus haut, et avons proposé la création d’une organisation plus grande, d’une entité nommée « Neue Slowenische Kunst » ou NSK, « Nouvel art slovène » en allemand, nous avons ainsi encore utilisé un nom allemand pour quelque chose sensé définir l’art slovène, ce qui est un paradoxe bien sûr…après la seconde guerre mondiale, la langue allemande a été très mal vue par la Yougoslavie et le reste de l’Europe. Il s’est passé ce qu’il s’est passé, mais on ne peut pas blâmer tout un peuple et sa langue, ce n’est pas juste d’imposer cela à la génération suivante. Enfin, donc, nous avons créé le NSK qui a commencé à utiliser l’imagerie de Laibach, et à aborder différents thèmes, le théâtre, l’art, la philosophie, l’architecture, etc...
11. Est-ce limité de dire que le NSK était alors un simple collectif d’artistes ? Non, effectivement, je pense que tu peux appeler cela comme ça…Mais dès 91, les choses ont changées, avec la chute de la Yougoslavie, la création de la Slovénie comme véritable Etat, et nous avions basé beaucoup de notre travail sur cette utopie qu’était la création d’un Etat de Slovénie à part entière. Donc lorsque cela est survenu, nous avons décidé d’aller plus loin et de créer notre propre Etat, un nouvel Etat utopique, car en tant qu’artistes, nous avions en fait besoin d’un nouveau système de valeurs, et nous nous sommes toujours définis comme des artistes d’Etat. Donc nous avons transformé notre NSK en l’Etat du NSK, un Etat utopique sans territoire, et on a commencé à délivrer des passeports, et aujourd’hui, tout le monde peut devenir un citoyen du NSK…en as-tu déjà vu un ? (Ivan me présente alors son propre passeport du NSK) Celui-ci est très rare, c’est le numéro 7 (Ivan me fait voir fièrement quelques tampons de voyage). Nous avons des citoyens partout dans le monde, et certains se servent même de ce document pour voyager. J’ai moi-même essayé deux fois, et cela a marché ! Nous sommes un Etat virtuel, avec de vrais passeports.
12. Oui, et finalement, c’est peut-être l’accomplissement total, que le fait de se présenter à un aéroport avec quelque chose qui n’existe pas mais qui est accepté ! Oui, et beaucoup ont essayé, certains ont réussi, d’autres pas…(rires) Par contre, cela peut constituer un problème, parce que nous avons aujourd’hui des milliers de gens qui veulent le passeport, venant de partout, même d’Afrique, et certains veulent utiliser ce document pour voyager, alors on ne peut pas distinguer les gens sérieux des gens avec un but. On essaie d’expliquer aux gens qu’ils ne doivent pas utiliser le document à des fins illégales, mais bon…
13. Bien…ma dernière question, nous sommes malheureusement pressés, mais, peux-tu nous parler de la prochaine production de Laibach ? Oui, en fait, cela devrait sortir d’ici un mois, il s’agit d’une réinterprétation de Jean Sébastien Bach, l’art de la fugue, qui sera baptisée Laibach Kunst Der Fuge.
(entretien interrompu…Ivan me serre la pogne. Le gars a du charisme, présente très bien et a définitivement quelque chose à dire. Prenez en bonne leçon, frères métalleux !! Open minds will dominate…)
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Interview réalisée par Loki en entretien privé avec Ivan...
