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Kaosguards

 

BARABBAS le 06/04/2015

BARABBASInterview réalisée par mail.

Depuis 2007, les quatre franciliens de l’Eglise du Saint Riff Rédempteur prêchent leur stoner/doom écrasant à des fidèles toujours plus nombreux. Après avoir chroniqué leur premier EP et leur premier album (respectivement ici et ), partons à la rencontre des quatre Saints de la distorsion.

 

1. Bonjour BARABBAS, et merci d’avoir accepté cette interview ! Pour commencer, voulez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Salut à toi et aux lecteurs de KAOSGUARDS ! BARABBAS, c'est Saint Rodolphe, chanteur/prêcheur, Saint Stéphane à la guitare, Saint Jérôme à la quatre cordes et aux chœurs, et Saint Jean-Christophe aux tambours. Formation des plus classiques, dans la lignée de nos maîtres (BLACK SABBATH, CATHEDRAL (deuxième époque), PENTAGRAM, SAINT-VITUS, entre autres), qui évoluera peut-être prochainement avec l'adjonction d'un nouveau membre, pourquoi pas un clavier, car nous aimerions apporter d'autres couleurs à notre son (et surtout, trouver un moyen de masquer les pains de Saint Stéphane à la guitare, Seigneur faites qu'il ne lise pas cette interview !). Le « saint » devant nos prénoms ne fait pas référence à une « souveraine perfection » à laquelle nous sommes loin de pouvoir prétendre, tant musicalement qu'humainement. Des saints, nous avons simplement conservé les auréoles, mais pas au-dessus de nos têtes : elles sont de sueur, et ornent nos t-shirts lorsque nous sortons de répète ou de scène.

2. Comment le groupe a-t-il commencé ?

Imagine un peu : quatre types qui ne se connaissent absolument pas et qui se retrouvent par hasard, un soir de solstice d'hiver, tous les quatre devant la tombe d'un occultiste au cimetière du Père Lachaise, pour signer de leur sang un pacte musical... Incroyable, non ? Eh bien, pour BARABBAS, ça ne s'est pas absolument pas passé comme ça, et notre création est d'une banalité confondante : quatre potes déjà impliqués dans différents projets musicaux, qui décident, courant 2007, de se réunir pour se faire plaisir en jouant une musique lente et lourde. Notre seule ambition au départ était de composer quelques morceaux et, éventuellement, de les mettre à disposition sur le Net. Et puis, nous nous sommes pris au jeu et huit ans après, le groupe existe toujours, pourvu que ça dure !

3. Comment en êtes-vous venus au métal ? Quelles sont vos principales influences aujourd’hui ?

Nous avons toujours écouté du métal, pas seulement du doom d'ailleurs, mais c’est une musique qui nous a toujours accompagnés. Certains d’entre nous ont d’ailleurs joué avant BARABBAS dans d’autres groupes métal : Jérôme était guitariste dans CALL US AS YOU WISH et Jean-Christophe, chanteur dans SARKAZEIN, deux groupes qui ont laissé une empreinte dans la scène Seine-et-Marnaise. Quant à nos influences, c’est très vaste et pas exclusivement métal, puisque nous écoutons pas mal de styles différents, rock au sens large, pop, punk… On aime la musique de A (comme AC/DC) à Z (comme Franck Zappa). Ceci dit, on est certainement davantage influencé par ce que écoutions étant plus jeunes que par ce qui sort aujourd’hui. Attention, on se prend toujours de bonnes claques musicales avec les sorties récentes, mais le choc n’est pas forcément aussi marquant que lorsque tu entends « Ace of Spades » à 16 ans pour la première fois...


4. Pourquoi avoir choisi le doom comme style de prédilection ?

On n'a pas choisi le doom, c'est lui qui nous a choisi : ) Disons que certains caractères se reconnaissent davantage dans certains types de musique et que, sans être des dépressifs chroniques, nous trimballons chacun assez de spleen pour nous retrouver dans les ambiances pesantes, mortifères et anxiogènes du doom. En fait, c’est un peu la même idée qu’avec le blues : écouter un type plus triste que toi te remonte le moral, tu as l’impression que quelqu’un partage ce que tu traverses. Et puis, c’est toujours rassurant de constater qu’il y a plus malheureux que soi : )
Petite anecdote que nous a rapporté Rodolphe : il était dans un bar avec Chritus, le chanteur de GOATESS, et ils ont commandé des bières brunes. Chritus a levé son verre en disant : « Dark beer for dark people ». Remplace la bière par le doom et tu comprends pourquoi ce style nous parle.

5. Je rappelle pour nos lecteurs que vous avez sorti votre premier EP, « Libérez Barabbas », en 2011, et votre premier album en auto-production, « Messe Pour Un Chien », en 2014. J’ai ressenti une évolution du style entre ces deux sorties, notamment des accents gothiques dans « Messe » qui n’étaient pas présents dans le premier EP. Comment percevez-vous cette évolution ?

Oui, le nouvel album est moins « frontal » que le premier, mais nous n'avons rien calculé, l'évolution s'est faite d'elle-même. On ne s'est pas dit, « tiens, tentons quelque chose de différent », c'est simplement que les nouveaux morceaux que nous avons composés nous ont amené ailleurs. Et puis, nous avions pas mal joué les premiers morceaux de « Libérez Barabbas », le besoin s'est fait naturellement sentir d'explorer d'autres horizons, d'élargir le spectre musical, mais toujours sous le signe du doom. Il y a aussi le fait que, sans être des musiciens accomplis, nous avons progressé techniquement, ce qui nous a permis d'aborder les compos d'une manière différente. L'évolution est aussi largement imputable à Jérôme et Jean-Christophe qui ont fait un très gros travail de production et d'arrangement sur l'album. En tant que réalisateur de l'album, Jérôme avait une vision très précise de la manière dont il voulait faire sonner « Messe pour un chien», des atmosphères qu'il voulait développer, et Jean-Christophe et lui ont su donner au disque cette empreinte sonore plus riche que celle du 1er ep par l'adjonction de claviers, d'ambiances... Je ne te cache pas que les plus « intégristes » du groupe, Stéphane et Rodolphe, étaient quelque peu sceptiques à l'idée d'introduire ces évolutions stylistiques mais au final, il faut bien reconnaître que tout le monde est très heureux du résultat. Et les critiques positives récoltées par l'album renforcent ce sentiment.

6. Beaucoup de groupes de metal français écrivent des textes en anglais, alors que vous écrivez exclusivement dans la langue de Molière. Pourquoi ce choix ?

Si tu nous entendais parler anglais, tu comprendrais pourquoi ! Non, en fait, chanter en français nous est naturel, tout simplement. S'exprimer dans sa langue maternelle, c'est une évidence, non ? Demanderait-on à un groupe anglais pourquoi il chante dans la langue de Shakespeare ? Ce qui nous semble étonnant, c'est qu'il n'y ait pas davantage de groupes français qui s'expriment en français. Dommage, car c’est une belle langue qui peut se prêter à des textes métal. Et le plus étrange, c'est que le choix du français gène davantage certains de nos compatriotes que les étrangers, qui trouvent ça « exotique », d'une certaine manière, plus original que si l'on avait choisi l'anglais. Mais c'est aussi une histoire de génération. Nous sommes tous largement quadras, nous avons grandi à une époque où le chant en français était « la norme » : TRUST, VULCAIN, BLASPHÈME, SORTILÈGE, ou les groupes punks / alternos que nous écoutions également, tels MÉTAL URBAIN, OBERKAMPF, BÉRURIERS NOIRS... Aujourd'hui, l'usage du français semble un peu connoté « old school », pour ne pas dire légèrement ringard. Pas de problème, on assume : ) Ceci dit, on n’en fait pas pour autant une croisade. Au final, quel que soit la langue que tu utilises, c'est la qualité de ta chanson qui prime : chante en ce que tu veux du moment que tu me refile ma dose de frissons. Certaines personnes nous disent aussi que chanter en français risque de nous fermer des portes, que c’est mauvais pour notre plan de carrière, mais tu sais quoi ? On n’a pas de plan de carrière : )

7. Et Barabbas, qui est-il, en fait ? Que représente-t-il pour vous ?

Barabbas est un personnage des Évangiles. C’est le bandit que la foule choisit de libérer à la place de Jésus. D’une certaine manière, Barabbas donc incarne la « malédiction » de l’être humain, toujours prompt à préférer le pire, à faire le mauvais choix. « Barabbas », c’est aussi un excellent péplum des années 60 qui montre le cheminement du personnage après sa libération et la crucifixion de Jésus. Barabbas va commencer à se poser des questions, à se demander pourquoi lui, le brigand, le voleur, le vaurien, a été libéré à la place d’un homme que certains considèrent comme le messie, le fils de Dieu. Et Barabbas va alors entamer un « chemin initiatique », une quête de rédemption, pour tenter de comprendre le sens de la seconde chance qu’on lui accorde. Bien entendu, ça finit plutôt mal pour lui (sinon, ce ne serait pas doom : ). Toute connotation religieuse mise à part, le destin de Barabbas reflète finalement celui de chaque être humain essayant de donner un sens à son existence sans trop savoir comment s’y prendre. C’est cette dimension « existentielle » qui nous a plu et nous semblait parfaitement coller à l’univers du doom. Et visiblement, nous ne sommes pas les seuls doomeux à y avoir songé, puisque nous avons découvert après notre création qu'il existait déjà un Barabbas en Allemagne, a priori toujours en activité, et un autre au Québec (apparemment plus en activité, lui), mais juré, craché, on n'était pas au courant. Récemment, nous avons également vu qu'un Barabbas irlandais avait vu le jour. À quand un festival doom avec uniquement des Barabbas à l’affiche ?

8. Dans le metal on aime bien les noms de sous-genres un peu farfelus, comme « pirate metal » pour ALESTORM, ou « doom nautique » pour AHAB. Pour vous j’avais trouvé le terme de « doom christique », que pensez-vous de ce choix ?

Ah ah, pas mal effectivement, mais je pense que ça nous correspondait davantage à l'époque du 1er ep dont les textes étaient très imprégnés de connotations religieuses, même si au fond, nous parlions de choses assez personnelles. Pas mal de gens ont d’ailleurs pensé que l’on était un groupe de « white doom » alors que nous avons toujours utilisé l’imagerie biblique et religieuse comme un réservoir de métaphores. Par exemple, un morceau comme « Quatre cavaliers», qui évoque l’Apocalypse, traite en fait de la vanité des possessions matérielles. De même, « Horizon Golgotha » utilise l’épisode de la crucifixion de Jésus pour évoquer l’intrusion de l’inéluctable dans ton existence, l’imminence du malheur auquel tu ne peux échapper. Ces métaphores sont toujours présentes sur « Messe pour un chien », le nouvel album, mais plus en arrière-plan, le sens des textes est plus immédiatement perceptible. Donc, pas sûr que nous méritions toujours l’appellation « doom christique », mais nous n’avons pas mieux à proposer : )

9. Pourquoi une telle omniprésence du religieux dans vos textes comme dans votre image ?

Le religieux est ancré dans le doom, cette vieille histoire de combat de la lumière contre les ténèbres… Le genre baigne dans cette imagerie : les croix arborées par les membres de BLACK SABBATH, la chasse aux sorcières sur la pochette du premier WITCHFINDER GENERAL, les noms mêmes de SAINT-VITUS ou CATHEDRAL, le look « robe de bure » de Messiah Marcolin dans CANDLEMASS… D’ailleurs, quand tu écoutes « Black sabbath », le 1er morceau du 1er album de BS (et donc, l’acte fondateur du doom), qu’entends-tu ? Un type terrorisé par un « great black satan with eyes of fire » qui implore « Oh please, God, help me ! » à la fin du morceau. Et puis, que tu sois croyant ou pas, l'histoire de Jésus, c'est quand même über doom : un type sympa dont le seul crime est de prêcher l'amour et qui meurt dans d'abominables souffrances, si ce n’est pas l’incarnation de la notion de destin funeste…

10. Metal et religion sont souvent présentés comme des ennemis naturels, avec beaucoup de clichés des deux côtés. L’image du métalleux sataniste buveur de sang est très présente chez les gens « lambda », comme l’est l’image du chrétien intégriste forcené chez les métalleux. En tant que groupe qui baigne dans une imagerie religieuse, pensez-vous que metal et religion sont conciliables ?

D'une certaine façon, le métal est une religion au premier sens du terme, un lien entre les individus. Il a ses rites, ses codes, ses idoles, il rassemble des gens de tous horizons dans ces « grandes messes » que sont les concerts et les festivals… De nombreux groupes de black métal se réclament ouvertement du satanisme, donc, d’une religion. À l’opposé du spectre, un groupe comme TROUBLE pioche parfois certaines de ses paroles dans la Bible. Religion, là encore. Et BARABBAS donne à fond dans la référence, puisque nous avons « créé » l’Église du Saint Riff Rédempteur (dont nous sommes, bien évidemment, les quatre Pères Éternels : ).

11. Dans votre dernier album, vous déclarez que « Judas est une femme ». Craignez-vous tant que ça les femmes ?

Tu les craindrais également si, comme nous, tu étais affligé d'un appendice pénien dérisoirement chétif ! D'ailleurs, notre détestation des femmes est à l'origine de la création de BARABBAS, car nous cherchions un prétexte pour nous éloigner de nos épouses et nous retrouver entre hommes dans un local exigu et faiblement éclairé pour laisser libre court à nos pulsions... musicales, évidemment. Non, en fait, « Judas » n'est pas, malgré son titre, un hymne misogyne ou une ode à la phallocratie. La chanson ne parle pas des femmes en général, mais d'une femme en particulier, celle qui a trahi le narrateur de la chanson. Qui est-elle ? Peut-être une amoureuse volage qui a brisé le cœur de l'un d'entre nous ? Peut-être une mère qui a « menti » à son enfant en lui faisant croire que, dans la vie, tout fini par s'arranger et s'achève par une happy end ? À l'auditeur de décider...

12. Vous avez tourné l’an dernier avec les Suédois de GOATESS. Je vous ai vus à ce moment-là, et vous semblez vraiment les apprécier ! Quel bilan faites-vous sur cette expérience ?

Bilan 100% positif, tant humainement que musicalement. Ces quatre dates (le SOMBRE NOVEMBRE TOUR) en compagnie de GOATESS nous ont permis de constater que l'on était mûrs pour passer du temps tous les quatre ensemble entassés dans un van délicatement parfumé d'effluves corporelles sans que cela nuise à notre entente : ) Également plaisant le fait de voir que le public répond positivement à BARABBAS, même si certaines dates ont moins fait le plein que d'autres, mais les réactions du public ont toujours été très positives. Musicalement, il y avait le plaisir de sentir de petites améliorations dans ton set, soir après soir, de prendre confiance en ton jeu, en la force du groupe sur scène. En plus, les mecs de GOATESS sont vraiment des types adorables, on a quasiment vécu 24 h / 24 dans des conditions assez « roots » et l'ambiance a toujours été chaleureuse, agréable, vraiment des mecs en or ! Quand tu songes que CHRITUS LINDERSSON, le chanteur, a joué dans SAINT-VITUS, COUNT RAVEN, TERRA FIRMA et joue aujourd'hui dans LORD VICAR, et que tu vois à quel point ce type est humble, simple, totalement dédié à son art, franchement, tu prends des leçons. Et puis, quelle claque de pouvoir assister chaque soir à leur concert, c'est vraiment l'un des plus grands groupes du genre actuellement. Le SOMBRE NOVEMBRE TOUR nous a également permis de rencontrer des formations françaises qui assuraient localement les premières parties et là encore, on a fait de belles découvertes musicales et humaines, qu'il s'agisse des FATHER MERRIN, de LYING FIGURE, JACKHAMMER, AKASAVA... Un beau démenti à tous ceux qui doutent de l'existence d'une scène doom stoner française.  


13. Quels sont vos plans pour l’avenir ?

L'avenir étant généralement un salaud qui prend un malin plaisir à décevoir tes espoirs, nous ne lui feront pas le plaisir de lui dévoiler nos plans ! Plus sérieusement, nous allons continuer à faire des concerts (une nouvelle tournée en préparation pour le mois de mai avec les excellents WITCHTHROAT SERPENT si tout se goupille bien) et, si les muses nous accordent toujours l'inspiration, à composer de nouveaux morceaux en vue d'un prochain album. À l'heure où j'écris ces lignes, nous sommes toujours à la recherche d'un label qui pourrait nous filer un coup de main pour une sortie de « Messe pour un chien » en vinyle, ou pour booster la distribution du cd. Mais chut, l'avenir nous écoute peut-être... J'enjoins tes lecteurs à retrouver notre actu sur notre page facebook « barabbas doom ».


14. Merci encore d’avoir répondu à nos questions ! Avez-vous un dernier message pour nos lecteurs ?

Merci à toi de nous avoir ouvert les colonnes de KAOSGUARDS et à tes lecteurs d'avoir eu la patience de lire nos élucubrations jusqu'au bout. On espère vous voir lors de notre prochaine messe sonique pour communier ensemble dans la paix et la joie du Saint Riff Rédempteur. Alors, comme le disait Maître Lee Dorian, « Doom on ! ».

 

 
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