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La saga BATHORY par BrocasHelm

QUORTHONKAOSGUARDS et son chroniqueur BrocasHelm (surtout) propose de revenir sur une légende fondatrice du black métal: BATHORY. Honni en son temps, toute la sphère métallique s'accorde à dire désormais que le regretté Quorthon fut un précurseur qui marquera à jamais notre musique préferée. Installez-vous tranquillement dans votre fauteuil et partez pour le grand Nord grâce au travail colossal de  notre conteur Sarthois...

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiche technique:

Origine: Vällingby, Suède

Années d'activité: 1983 – 2004

Styles associés: Black metal, viking metal, speed metal, thrash metal

Membres:

Thomas "Quorthon" Forsberg (chant, guitare, multi-instrumentaliste, 1983 – 2004)
Fredrik Melander (basse, 1983 – 1984)
Jonas Åkerlund (batterie, 1983 – 1984)
Stefan Larsson (batterie, 1984 – 1987)
Rickard Bergman (basse, 1984 – 1985)
Andreas Johansson (basse, 1985 – 1987)
Paul Lundburg (batterie, 1987 – 1988)
Vvornth (batterie, 1988 – 1991 et 1994 – 2001)
Kothaar (basse, 1988 – 1991 et 1994 – 2001)

Discographie studio:

1984: Bathory
1985: The Return of Darkness and Evil
1987: Under the Sign of the Black Mark
1988: Blood Fire Death
1990: Hammerheart
1991: Twilight of the Gods
1994: Requiem
1995: Octagon
1996: Blood on Ice
2001: Destroyer of Worlds
2002: Nordland
2003: Nordland II

Sous le nom de Quorthon:

1994: Album
1997: When Our Day is Through
1997: Purity of Essence


Introduction

    Beaucoup de groupes de légende ont contribué à la création d'un nouveau genre de metal, voire plusieurs, mais peu, au final, peuvent se vanter d'être considérés comme les inventeurs de deux genres, dont l'un des plus en vogue, le black metal, ainsi que le viking metal, moins connu mais fort d'un public fidèle. Au-delà de cela, Bathory est avant tout l'oeuvre de Thomas Forsberg, dit Quorthon, personnalité solitaire, énigmatique, et musicien complet qui explora tout au long de sa carrière des styles musicaux et des univers très différents.
Les origines (1983 – 1984)

    Bathory est un groupe suédois formé à Vällingby en 1983 par Thomas "Quorthon" Forsberg au chant et à la guitare, Fredrik Melander à la basse, et Jonas Åkerlund à la batterie. Détail amusant, s'il est plus connu sous le nom de Quorthon, Thomas Forsberg, qui n'avait que 17 ans à l'époque, se faisait dans les premières années appeler Ace, en hommage au guitariste de KISS Ace Frehley.

    Le nom du groupe est bien sûr une référence à la célèbre comtesse hongroise Erzsébet Bathory, une dame du XVIe siècle qui, selon la légende, était férue de magie noire et prenait régulièrement des bains dans du sang de vierges pour préserver sa beauté. Les premières idées de nom pour le groupe comprenaient Nosferatu, Natas, Mephisto, Elizabeth Bathory et Countess Bathory.


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    En 1983, le label indépendant Tyfon Grammofon, géré par Börje Forsberg, le père de Quorthon, se prépare à publier une compil de groupes locaux intitulée Scandinavian Metal Attack. Profitant de l'annulation de dernière minute de l'un des groupes, Quorthon propose à son père de remplir le créneau libre. Ce dernier accepte, et Bathory enregistre son premier single, "Sacrifice" pour cette compil qui sortira en mars 1984. Malgré un enregistrement à l'arrache, le public se prend d'intérêt pour ce morceau à la sonorité âpre et à l'agressivité punk sans concession. Inondé de courrier de fans, Börje Forsberg demande au fiston de produire un album entier. Ses copains ayant déménagé, Quorthon recrute Rickard Bergman à la basse et Stefan Larsson, du groupe Obsklass, à la batterie. Vous avez sûrement entendu parler de Jonas Åkerlund depuis son départ du groupe, puisqu'il est devenu un réalisateur de clips renommé, son premier coup d'éclat étant "Bewitched" de Candlemass.
http://www.youtube.com/watch?v=Dc-yiNGYOoA

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    En mai 1984 sort donc l'album éponyme du groupe. À l'image du single "Sacrifice", Bathory est un album de speed metal âpre et vicieux, un genre de Motörhead démoniaque qui aurait été passé au hachoir à viande. Profitant pleinement de la mauvaise qualité de leur enregistrement, le groupe pousse à fond les limites de l'acceptable avec une basse grésillante, des larsens incessants, des solos de guitare stridents, et des vocalises éraillées braillant des blasphèmes avec un débit de mitraillette. Beaucoup d'auditeurs de l'époque on critiqué l'album comme étant une copie de ce que faisaient les Britanniques de Venom, chose que Quorthon a niée, déclarant ne pas connaître ce groupe et citant plutôt comme influences Motörhead, Black Sabbath, et le groupe de punk hardcore GBH. Forts de leur succès inattendu, Bathory consolident leur image de démons infernaux du metal par des concerts riches en pentagrammes et décorations morbides, vêtements cloutés, et crachements de feu. Cette attitude scénique, ces thèmes sataniques, et cette production lo-fi ont eu une telle influence sur la scène black metal qui s'est formée à la fin des années 80 que Bathory est considéré aujourd'hui comme l'un des premiers vrais albums de black metal.

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Aux origines du black metal (1984 – 1986)

    Le groupe bien lancé, il est maintenant temps d'offrir une suite à leur premier album. Bergman étant parti, c'est Andreas Johansson qui prend le rôle de bassiste, et qui fournira également au groupe les photographies qui composent la pochette de l'album.

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    The Return... sortira donc le 27 mai 1985, cette fois-ci sous le label punk new-yorkais Combat Records, montrant le début d'une reconnaissance internationale, bien que toujours underground. Si la qualité d'enregistrement s'est nettement améliorée par rapport au premier opus, la recette de base reste inchangée: production lo-fi, distorsions élevées, vocalises éraillées et thèmes sataniques sont toujours de la partie et forment désormais l'identité de Bathory. Allant même plus loin, le groupe utilise les plus grands moyens à leur disposition pour créer un son encore plus abrasif et démoniaque, et si l'on trouve encore dans The Return... des riffs percutants et des solos endiablés très speed metal, l'album met surtout en évidence des compos où allers-retours incessants de guitare aiguë, blasts métronomiques de batterie, basse quasi inaudible et chant encore plus écorché et malsain contribuent à créer une atmosphère froide et dérangeante, où il n'est plus question de rigoler. Dans les thématiques également, on assiste à la maturation d'un groupe qui devient sérieux, l'album tournant entièrement autour de la nature du mal et des ténèbres. Le titre complet, révélé sur la dernière piste, est d'ailleurs The Return of Darkness and Evil. Plus encore que le premier album, cet album aura profondément marqué toute une génération de métalleux scandinaves, qui reprendront cette musique d'un nouveau genre, glaciale et maléfique, pour créer la célèbre scène black metal. Deathcrush, du groupe pionnier du black norvégien Mayhem, sortira deux ans plus tard, en 1987.
http://www.youtube.com/watch?v=JACuBe_MUgM
    1985 marque également l'année où Quorthon décide de cesser définitivement toute représentation live, considérant que l'organisation de concerts demandait trop d'efforts par rapport à ce que ça lui rapportait. Cette attitude de repli a donné à Quorthon une image de loup solitaire un brin mégalo, qui deviendra par la suite assez courante dans le milieu, avec par exemple Gaahl (Gorgoroth, God Seed, Wardruna) ou Varg Vikernes (Burzum), et a enveloppé le groupe d'une aura de mystère qui a sans doute contribué à son statut de groupe culte.

    Le groupe se séparant de nouveau (Johansson ayant même été remercié en plein milieu de l'enregistrement de The Return...), Quorthon s'efforcera de constituer un line-up stable, sans jamais y parvenir. Carsten Nielsen, du groupe danois Artillery, et Christian Dudeck de Sodom ont été approchés, sans succès. C'est finalement Paul Pålle Lundberg, batteur des groupes Salamander et Destitute, qui se mettra derrière les fûts le temps d'enregistrer le troisième album, Quorthon assurant lui-même la basse en plus de la guitare et du chant, faute d'avoir trouvé un bassiste.


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    Under the Sign of the Black Mark sort le 11 mai 1987 chez New Renaissance Records, un label américain qui fut, pour l'anecdote, fondé par Ann Boleyn, chanteuse du groupe de speed metal Hellion. La pochette est signée du peintre suédois Gunnar Silins, qui a pris comme modèle pour le Diable le culturiste Leif Ehrnborg. On remarque par ce choix la transition d'une esthétique sombre et dépouillée vers une imagerie plus charismatique. Cet album est unanimement considéré comme l'un des meilleurs de Bathory, et comme un album essentiel dans l'histoire du black metal. Non content de reprendre et de raffiner la recette de l'album précédent avec une qualité de production nettement supérieure (on pense tout de suite au très bourrin "Massacre"), Quorthon insuffle à une partie des chansons des sonorités empruntées au heavy épique américain, on peut penser par exemple à Manilla Road, avec un tempo ralenti, des rythmiques martiales, voir même l'inclusion de choeurs comme sur "13 Candles". L'ambiance est toujours aussi malsaine, mais les thèmes abordés commencent à se diversifier : si "Woman of Dark Desires" fait, sans surprise, référence à l'inspiratrice du groupe  Erzsébet Bathory, on voit apparaître des références à la mythologie nordique avec le titre "Equimanthorn" qui évoque Sleipnir, l'étalon à huit pattes chevauché par Odin. Mais le titre le plus mémorable de l'album reste "Enter the Eternal Fire", première épopée du groupe qui, en sept minutes, raconte un drame Faustien sur des riffs d'une lenteur lancinante et une atmosphère à la fois angoissante et grandiose.

http://www.youtube.com/watch?v=WRltxvRBbrg

    Under the Sign of the Black Mark est donc un album charnière dans la progression musicale du groupe : s'il est toujours fidèle à l'esprit black metal démoniaque des débuts, il laisse entrevoir une complexité dans l'écriture qui annonce la transition vers l'esprit plus guerrier et héroïque que l'on retrouve dans les trois prochains albums.

La trilogie nordique (1988 – 1991)

    Peu de temps après la sortie d'Under the Sign of the Black Mark, Quorthon exprime sa lassitude envers le satanisme, qu'il estime virer hors de contrôle. Il évoque quelques incidents particulièrement stressants, où des fanatiques de Bathory lui envoyaient par la poste des animaux morts accompagnés de lettres écrites avec du sang. Il déclarera au final que le satanisme n'avait jamais été à prendre au sérieux et n'est qu'un sous-produit du christianisme. Cependant, toujours aussi peu fan des hommes en faux-cols, il continuera de s'opposer au christianisme, mais d'une manière plus intelligente.

    Il change alors toute la thématique de son groupe et consacre les trois albums suivants au culte de la civilisation nordique et de sa mythologie. Il en résulte trois albums majeurs dans l'histoire des musiques extrêmes car fondateurs d'un tout nouveau genre, le viking metal. Mais commençons par le commencement : ses collègues l'ayant de nouveau lâché (ou est-ce lui qui les a virés ?), Quorthon crédite la batterie et la basse à deux mystérieux personnages connus uniquement sous le nom de Vvornth et Kothaar. Le secret persistant sur leurs identités, ainsi que leur fidélité inhabituelle pour Bathory – ils sont crédités sur six albums, alors que la réputation de Quorthon comme d'un artiste autoritaire ne laissant que très peu de marge de manoeurve à ses musiciens encourageait un turnover constant – laissent à penser que derrière ces pseudonymes se cachent en réalité une multitude de musiciens de session, Quorthon étant alors l'unique membre réel de Bathory.

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    Le premier album de Bathory "mark II" sort en octobre 1988 sur Under One Flag Records et s'intitule Blood Fire Death. Cet album présente plusieurs références culturelles étonnamment pointues : la pochette est un détail de la toile Åsgårdsreien (1872) du peintre norvégien Peter Nicolai Arbo, représentant la Chasse Sauvage, un mythe que l'on retrouve dans plusieurs civilisations européennes, selon lequel une chevauchée de spectres armés traversant le ciel serait un présage de guerre ou de catastrophe ; le titre "For All Those Who Died" est tiré d'un poème d'Erica Jong ; quant à "A Fine Day to Die", les trois premiers couplets sont tirés du livre Le Roi en Jaune de Robert W. Chambers, écrivain américain qui fut, avec H.P. Lovecraft, l'un des maîtres du fantastique et de l'horreur.

    Musicalement, Blood Fire Death peut être considéré comme un album expérimental. Ayant un concept mais pas encore vraiment d'idée sur comment l'exécuter, Quorthon se tâte, et présente dans cet album des compositions black metal tantôt emmenées par des riffs heavy prenants ("For All Those Who Died") tantôt ultra-bourrines, comme "Dies Irae", plus rapide et noir encore que ce qu'il faisait à l'époque de Tne Return..., et contenant aussi quelques petites références démoniaques dissimulées dans les textes. Mais ce sont vraiment les morceaux d'ouverture et de fermeture de cet album qui resteront dans les annales, à savoir "A Fine Day to Die" et "Blood Fire Death". Le premier, introduit par des choeurs apocalyptiques suivis d'une section acoustique aux voix planantes, empruntées au chant traditionnel nordique, assène un riff lancinant à mid-tempo soutenu par une batterie martiale, reprenant ainsi tous les ingrédients qui avaient fait de "Enter the Eternal Fire" un titre mémorable du précédent album, en y ajoutant des choeurs féminins éthérés. "Blood Fire Death", quant à lui, impressionne avec ses dix minutes de heavy/black épique, où les choeurs féminins sont ici omniprésents et contribuent grandement à instaurer une ambiance grandiose et menaçante, évoquant la rencontre des Dieux sous un ciel oragé, avant la bataille. On trouve aussi dans ce morceau un interlude acoustique doom du plus bel effet, ainsi que des vocalises qui, pour la première fois, tendent vers plus de clarté, même si Quorthon préserve son timbre éraillé si particulier, notamment dans le refrain qui fait beaucoup plus cri de guerre que chant.

http://www.youtube.com/watch?v=0ZYa5-LWAYQ

    Si Blood Fire Death est donc un album plutôt expérimental, qui tend encore énormément vers le black metal, sa chanson-titre, avec toutes ses qualités, peut être considérée comme la première chanson du style qu'il créera avec ses deux prochains albums, que l'on viendra à nommer viking metal.  

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    Sa suite, Hammerheart, sortira en avril 1990 sur le label allemand Noise Records. De nouveau, l'artwork est un emprunt à une toile, ici Les Funérailles d'un Viking (1893) du peintre britannique Sir Frank Dicksee. Si Blood Fire Death voyait la naissance du viking metal, on assiste ici de manière impressionnante à son adolescence : se détournant désormais totalement du black metal et de son esprit démoniaque, Hammerheart reprend et sublime ce qui avait fait le succès des morceaux les plus marquants de son prédécesseur – la lenteur et la lourdeur guerrière des riffs et de la batterie, inspirées du heavy épique de Manilla Road et du doom épique de Candlemass, l'omniprésence des choeurs féminins, l'inclusion de chants chamaniques tirés des traditions nordiques  – tout en développant des idées qu'il n'avait alors qu'esquissées, comme l'usage de la voix claire – désormais exclusive – l'usage de synthétiseurs suffisamment discrets pour réhausser le côté épique sans se mettre en travers de la puissance "metal", ou de longs interludes acoustiques contemplatifs, annonciateurs du genre qu'on allait par la suite appeler pagan metal. Le tout au service, cette fois-ci exclusivement, de récits héroïques de l'Antiquité scandinave. En résumé, Hammerheart est une réussite totale, un album dont toutes les chansons se fondent l'une dans l'autre pour plonger l'auditeur dans une transe mystique et à le faire voyager, le temps d'une heure, dans un autre pays dans un autre temps.  

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    Pour l'anecdote, le caractère épique et martial de l'album lui a valu d'être comparé avec le groupe de heavy metal new-yorkais Manowar, lui aussi connu pour son utilisation de l'imagerie nordique, dans un style cependant beaucoup plus machiste et cliché. Quorthon a toujours nié tout lien avec les Américains. Hammerheart fut aussi l'occasion du premier et dernier clip de Bathory, pour le titre "One Rode to Asa Bay". Désirant un court-métrage racontant la christianisation des Scandinaves par les missionnaires venus d'Europe, Quorthon finance de sa poche 60 heures de film qui ont été tournées sur la côté près de Stockholm. Cependant, après un différent avec le réalisateur, Quorthon se retrouve avec seulement 18 minutes, les bandes restant étant vraisemblablement perdues. Le clip de dix minutes est quand même monté et présenté au public, mais il ne correspond pas à la vision qu'en avait Quorthon qui, écoeuré, cessera l'aventure de la vidéo musicale. Le clip est néanmoins diffusé dans l'émission Headbangers Ball et reçoit un bon accueil, qui permet d'introduire le groupe au public américain.

http://www.youtube.com/watch?v=hDpc-831GPs

    C'est vers cette époque que Quorthon crée son propre label, Black Mark Productions, qui est encore en activité aujourd'hui et produit des groupes tels qu'Apostasy, Agressor, Cemetary, ou Corporal Punishment. Et c'est bien sûr sous ce dernier que sortiront tous les albums suivants de Bathory, à commencer par Twilight of the Gods, épisode final de la trilogie nordique, sorti en juin 1991.

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    Et pour un chapitre final, quelle réussite ! Bien que Twilight of the Gods soit l'album le moins "metal" que Bathory ait pu sortir, il achève avec maestra ce que Hammerheart avait commencé. Toujours inspiré du heavy/doom épique, Quorthon ajoute à ses influences la musique classique et l'opéra, plus particulièrement Le Crépuscule des Dieux (1876) de Richard Wagner, dont il emprunte le titre. L'oeuvre de Wagner est le chapitre final d'un cycle de quatre opéras basés sur la mythologie nordique, et dont le titre fait référence au Ragnarök, le mythe de la fin du monde et de la dernière guerre des Dieux chez les Vikings. Il était donc tout naturel que Quorthon s'en inspire à son tour pour conclure sa trilogie.
    
    Musicalement, cet album est comme je le disais le moins "metal", dans le sens où si on a toujours droit à de beaux solos de guitare, la six-cordes se fait extrêmement discrète dans cet album, laissant la batterie et la basse donner la rythmique à une partie mélodique composée essentiellement d'instruments acoustiques, d'arrangements orchestraux, et de choeurs. On pourrait presque penser à la description à du metal symphonique, cependant il n'y a pas dans cet album la grandiloquence ou le lyrisme qui caractérisent le symphonique, scène qui émergera plus tard dans les années 90 avec des groupes comme Nightwish. Non, Twilight s'avère beaucoup plus sobre dans son approche, en misant principalement sur une lenteur constante et une ambiance mystique, aérienne, même la voix de Quorthon semblant se fondre dans tous ces choeurs planants. Il n'est même pas vraiment possible de discerner un morceau marquant dans cet album, tant les compos se fondent entre elles, alternant entre rythmiques épiques, choeurs, bridges délicieusement métallisés, et longs interludes acoustiques, à la manière des mouvements d'une unique symphonie. Car au final c'est à ça, plus qu'à un album de metal au sens traditionnel du terme, que ressemble l'album, un tout cohérent, complexe et parfaitement maîtrisé, qui se termine de manière magistrale par un "Hammerheart" entièrement acoustique, donnant la part belle aux violons, qui remasterise Les Planètes de Gustav Holst (1916) pour en faire le point final de sa saga nordique. Cet album, comme son précédent, sont la preuve concrète que le metal peut être autre chose que de l'alcool, de la drogue et des clichés, comme on le pensait à l'époque lorsque le grunge balaya le glam metal des ondes. Il est seulement dommage que, si l'album reçut une reconnaissance méritée des érudits qui s'en inspirèrent largement pour perpétrer la scène viking metal, puis pagan, il resta largement inconnu du grand public, sûrement à cause, en partie, de l'attitude d'hermite de Quorthon qui n'encourage pas la promotion. C'est d'ailleurs contre toute attente qu'après la sortie de ce chef d'oeuvre, Quorthon, alors au sommet de son art mais fatigué, décide de raccrocher la gratte et de prendre des vacances à durée indéterminée.

https://www.youtube.com/watch?v=pX1Swx9MJv8

Changement de style et projet solo (1994 – 1997)

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    Après la sortie de Twilight of the Gods, Quorthon, en panne d'inspiration, décide de partir sur une note triomphante et annonce la fin de Bathory. Craignant peut-être qu'il se laisse couler dans la douce torpeur de la retraite, son agent lui suggère alors de tenter ce que beaucoup d'autres icônes du metal telles que Rob Halford ou Bruce Dickinson commençaient à faire à cette époque : l'aventure solo. Rapidement séduit par l'idée de casser l'image d'hermite viking sataniste mangeur d'enfants qu'il avait à l'époque dans les médias rock mainstream, Quorthon se prend au jeu et compose une vingtaine de morceaux riches en guitare, ne s'imposant aucun style en particulier et s'inspirant autant des Beatles avec lesquels il a grandi que du blues, du punk, du heavy... dix de ces compos seront préservées lorsqu'il entrera en studio, qui constitueront donc son premier album solo, sorti en 1994.  

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    Simplement intitulé Album, cet effort solo surprend à bien des égards car il représente une rupture totale avec la musique de Bathory : si on reconnaît l'identité vocale de Quorthon, qui chante principalement sur un ton clair et brut similaire à Hammerheart, on a surtout affaire à un heavy rock de son temps, bien saturé et au rythme lourd, manifestement composé autour de jams de guitare tant cet instrument est mis en avant. Encore plus surprenant, l'alternance de rock burné et de morceaux planants révèle des influences évidentes du grunge de Seattle, à mi-chemin entre Soundgarden et Alice in Chains, Quorthon adoptant même une voix aérienne et mélancolique rappelant le regretté Layne Staley. On ressent à l'écoute la volonté évidente de Quorthon de casser avec toutes ses oeuvres précédentes tant le son et l'esprit de cet album sont à l'opposé total du black/viking. De ce fait, si les amateurs de bons solos de six-cordes devraient y jeter une oreille d'urgence, les fans de Bathory seront restés perplexes, et cet album ne connaîtra qu'un succès confidentiel, suffisant toutefois pour remotiver Quorthon qui, la même année, ressuscite Bathory.

https://www.youtube.com/watch?v=TKv9khk-HmU

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    Requiem sort donc en novembre 1994 sous le nom de Bathory, et de nouveau, la volonté de Quorthon de surprendre son auditoire fait des ravages : ici point de mythologie nordique, de choeurs apocalyptiques ou de batterie martiale, Requiem est un album de pur thrash metal à l'américaine, aux allers-retours syncopés à grande vitesse et aux solos stridents, sur lesquels Quorthon applique une voix déchirée rappelant ses premiers albums. On sent des inspirations de Slayer, de Possessed, de Testament, mais malheureusement sans jamais arriver à les égaler : la production très DIY, rappelant encore une fois ses premiers albums, donne un son épuré qui plaira aux amateurs du genre mais fait également que l'ensemble des compos sonne très âpre, et chacune d'entre elles peine à se démarque. Reste qu'il s'agit d'un album de thrash sans concessions bien bourrin, mais à réserver aux thrasheurs inconditionnels ou aux fans absolus de Bathory, car Requiem évoque, au final, plus un délire récréatif, une expérimentation de genre, qu'un véritable album de Bathory.   

https://www.youtube.com/watch?v=VbiWus8Q3yA

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    Sa suite, Octagon, sort en octobre 1995, et continue d'explorer les influences thrash old school présentes dans Requiem. On reste dans un thrash sans concessions à l'atmosphère sombre et sanglante plus réussie qu'avec son prédécesseur, grâce à une production améliorée qui apporte un son encore plus massif et écrasant, évoquant le thrash allemand et flirtant par moments avec le death metal (le titre "Sociopath" en particulier est un exercice de blast beat), le punk hardcore ("Grey", morceau d'une minute, très simple, direct et cru), et même le sludge ("Schizianity" qui conjugue un tempo doom avec une intensité hardcore), tout en parsemant ses compos de solos rock'n roll groovy qui contrastent avec la violence extrême de la rythmique. Le chant se montre aussi plus varié, et on assiste au retour du chant clair dans des passages très Hetfieldiens comme le titre "Century", qui évoque aussi Metallica dans son tempo moyen (quoique c'est loin d'être son meilleur timbre de voix, on le trouverait même agaçant par moments). Dans l'ensemble, un album plus brutal que son prédécesseur mais aussi plus maîtrisé et plus varié, explorant différents styles de thrash. Malheureusement, ce n'est toujours pas une franche réussite, la faute notamment à une production qui, bien qu'améliorée, reste volontairement très austère, et certains morceaux partent trop facilement dans une bouillie chaotique et/ou sont noyés sous une caisse claire omniprésente. Reste certains morceaux plutôt intéressants, et surtout le fait que Quorthon semble s'être amusé à l'enregistrer sans trop se prendre la tête, en puisant dans le metal extrême de ses débuts, et ce retour aux sources est finalement assez sympathique pour les fans absolus du groupe. Et c'est d'ailleurs en hommage à ses idoles de jeunesse que Quorthon termine cet album avec "Deuce", reprise percutante d'un classique de KISS !

https://www.youtube.com/watch?v=GoJQY_vlixg

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    Blood On Ice, sorti en mai 1996, présente un retour inattendu et en grandes pompes au style viking, changeant même pour l'occasion le logo du groupe pour des caractères de style runique. Serait-ce là le retour tant attendu des grandes épopées nordiques qui firent la légende de Bathory à la fin des années 80 ? Pas tout à fait. La genèse de cet album est plus ancienne que ça.

    Blood On Ice fut en majorité composé à la fin des années 80, les masters furent même enregistrés pendant l'été 1989. Quorthon voulait à l'époque composer un concept-album sur une histoire de son invention mais écrite dans le style des Sagas, les poèmes épiques nordiques. Cependant, craignant que le style de l'album, totalement différent de ce qu'il avait fait jusqu'alors, ne soit pas bien reçu par son public, il l'abandonna en faveur du plus incisif Hammerheart qu'il sortit en 1990. Il mentionna plus tard cette histoire en interview, et de nombreux fans manifestèrent alors leur intérêt pour cet album perdu. C'est donc en 1995 que, cédant enfin à la demande générale, il remixa et remasterisa ses bandes avec du matériel plus perfectionné et s'offrit les services de l'illustrateur suédois Kristian Wåhlin, qui signera également les pochettes de la saga Nordland et travailla aussi notamment avec Dissection et Ensiferum. Écrit donc à la manière d'un poème épique, Blood On Ice nous conte l'épopée d'un jeune garçon, unique survivant du massacre de son village, qui après avoir survécu quinze ans dans la forêt, rencontre un vieil homme qui lui révèle qu'il est l'élu des Dieux, choisi pour brandi l'épée magique Tyrfing dans une guerre imminente. Ce conte original mélange différents concepts et motifs de la mythologie viking, tels l'épée Tyrfing, l'étalon à huit pattes Sleipnir, les corbeaux d'Odin, le Valhalla...

    https://www.youtube.com/watch?v=yCUx5WKIZ1E    

    On comprend à l'écoute les craintes de Quorthon, car le son n'a vraiment pas grand chose à voir avec ce qu'il faisait à l'époque. Si Hammerheart coupait complètement avec le black metal, il conservait quand même une certaine agressivité, notamment par ses influences doom épique et la voix éraillée de Quorthon. Blood On Ice, cependant, épouse pleinement le heavy héroïque aux accents Manowariens, au son léché et aux mélodies accrocheuses, accompagnées d'une voix méconnaissable, ayant perdu toute son agressivité et se faisant à la fois douce et profonde, une voix de conteur qui sied parfaitement au thème de l'album. Chaque chanson développe un chapitre de l'histoire et a une écriture adaptée, alternant entre des compos à la lenteur grandiose, des hymnes power metal, des ballades acoustiques et des passages narratifs. Cet album très attendu par les fans fut donc une réussite, il reçut un excellent accueil critique, et motiva sans doutes Quorthon à revenir, cinq ans plus tard, au viking metal.

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    Mais avant ce retour en 2001, Quorthon sort un nouveau projet solo en 1997. D'abord promu par un EP intitulé When Our Day is Through, qui contient les titres "When Our Day is Through", "An Inch Above the Ground", "Cherrybutt & Firefly" et "I've Had It Coming My Way", l'album complet, baptisé Purity of Essence, est un double-album tentant de capter l'essence du rock et démontrant le talent de Quorthon dans toute une gamme d'influences non-metal. Si on y retrouve les compos grungie à haute teneur en six-cordes de l'album de 1994, celles-ci partagent cette fois la galette avec des morceaux punk old-school et des ballades pop-rock britannique sucrées, Quorthon ayant cité les Sex Pistols et les Beatles comme influences principales sur cet album. Un album de rock aux styles et aux humeurs très variés, où Quorthon montre qu'il n'est pas qu'un barbare chevelu, révélant même une sensibilité derrière sa carapace de cuir noir dans des ballades acoustiques mélancoliques comme "Fade Away" ou "Daddy's Girl". Le second CD se montre moins varié et tape plus dans le grunge du premier album, avec toutefois quelques saveurs de rock'n roll américain bien distillées et même des expérimentations folk sudistes, notamment avec "Just the Same". Encore plus varié et expérimental que son prédecesseur, Purity of Essence voit très large et s'essaye avec bonheur à tous les genres de rock. Si les puristes de Bathory pourraient lever un sourcil dubitatif, l'écoute de cet album est vivement conseillée pour y découvrir une facette méconnue de l'une des icônes du metal. Quant aux fans de rock allergiques au metal, je ne peux que vous conseiller d'écouter cet album également, il est très accessibles et fera sûrement tomber beaucoup de préjugés sur les "zombies gothiques" chevelus !

https://www.youtube.com/watch?v=95zrEajBHFE

Retour et la saga inachevée (2001 – 2004)

    Bathory aura finalement suivi le destin de beaucoup de groupes de metal des années 80 tels que Judas Priest ou Iron Maiden, qui après des années 90 moins éclatantes et plus propices aux expérimentations et projets dérivés, reviennent en force dans les années 2000. Et pour son entrée dans le XXIe siècle, Quorthon promet d'envoyer du lourd, avec un retour en force du metal nordique.

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    Destroyer of Worlds, le dixième album studio, sort donc en octobre 2001. Le titre est tiré de la célèbre citation: "I am become death, destroyer of worlds" (je suis devenu la mort, le destructeur des mondes) du physicien américain J. Robert Oppenheimer, à propos de sa plus tristement célèbre invention, la bombe atomique.

    En tant que dixième album et en tant qu'entrée dans les années 2000, Destroyer of Worlds se conçoit comme un album-résumé, faisant le pont entre le style viking metal de la fin des années 80 et le thrash bourrin des années 90. L'album frappe dès le départ par une production massive et d'excellente qualité, et les compos de style "viking", si elles présentent toujours quelques caractéristiques spécifiques comme le beat de batterie sourd, les choeurs omniprésents ou les interventions acoustiques, se font beaucoup moins héroïques qu'à l'accoutumée et deviennent au contraire écrasantes et menaçantes, plus proches d'un heavy-doom dramatique, qui ne parle d'ailleurs pas beaucoup de vikings. On y trouve des moments d'anthologie comme un "Pestilence" dont l'instrumentation aurait pu avoir été écrite par Candlemass, ou un "Destroyer of Worlds" apocalyptique, mené par une batterie métronome et un riff à la fois simple et accrocheur pour une ambiance d'holocauste nucléaire réussie.

https://www.youtube.com/watch?v=BUgvIAg2xXY

    On y trouve aussi des morceaux de thrash hargneux comme "109" et "Death From Above" qui montrent une inspiration évidente de la scène germanique, parfois même du punk ("Liberty & Justice") mais qui ne sont pas, malgré une production nettement meilleure que dans Requiem ou Octagon, les compos les plus intéressantes de l'album, car assez classiques, et la voix "énervée" de Quorthon peut lasser à la longue. On trouve aussi des surprises en fin d'album, comme "Kill Kill Kill" qui fait un clin d'oeil à la période black metal du groupe par sa ligne de guitare distordue en tremollo-picking, "Krom" qui se lance dans un trip stoner-rock à la Corrosion Of Confirmity, ou "Sudden Death", morceau hybride entre un esprit rock'n roll à la Motörhead et une rythmique hachée façon indus., ou encore "White Bones" qui nous gratifie d'un bridge bluesy totalement inattendu et du plus bel effet. En résumé, Destroyer of Worlds est un très bon album qui annonce un retour aux affaires pour Bathory, bien que les très nombreuses prises de risques qu'il contient lui confèrent un côté "fourre-tout" qui peut gêner.

    C'est un Quorthon remotivé et en pleine montée d'inspiration qui envisage alors la création d'un ambitieux opéra metal en quatre actes sur le thème des vikings, à l'image du colossal Anneau de Nibelung de Wagner, composé entre 1848 et 1874, et dont le quatrième et dernier opéra, Le Crépuscule des Dieux, fut l'inspiration de l'album Twilight of the Gods.

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    Le premier volume de la saga intitulée Nordland paraît en novembre 2002. Le style viking metal dont Bathory avait été l'initiateur avec Hammerheart et Twilight of the Gods, et le pagan nordique qui en est dérivé, s'étaient bien implantés sur la scène metal européenne à la fin des années 90 / début 2000, avec des groupes comme Enslaved, Tyr, ou Ensiferum pour la branche pagan. Nordland s'inscrit donc parfaitement dans ce style désormais développé et codifié, et en respecte tous les codes, cherchant même à en suivre la modernisation par un aspect pagan encore plus présent, à grands renforts de synthés, trompettes et guimbardes. L'effet de surprise n'est plus, et l'album n'est pas aussi marquant que Hammerheart le fut à l'époque, on lui reproche même de se reposer sur ses lauriers, se contentant de suivre le cours d'un style qu'il a lui-même initié sans chercher à le faire évoluer ni à s'en démarquer. En bref, si les fans de l'époque viking ont reproché à Quorthon ses expérimentations dans les années 90, on lui reproche ici de faire trop classique !

https://www.youtube.com/watch?v=xwtk5C0P4QA

    Sans entrer dans ce débat, on constate par contre aisément que cet album ne déploie pas vraiment la puissance guerrière des compos d'antan, et se montre au contraire beaucoup plus posé et méditatif, reflétant un Quorthon plus mature. On y trouve toujours quelques moments de bravoure, comme "Broken Sword", épique et rageur à souhaits, mais les titres sont dans l'ensemble plutôt calmes et mettent particulièrement l'accent sur le folk médiéval, et évoquent plus la nature et la beauté des paysages scandinaves que les guerres païennes (Nordland étant d'ailleurs le nom d'une région de Norvège réputée pour ses paysages côtiers).

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    Le second tome, sorti six mois plus tard, en mars 2003, s'inscrit dans la continuité du style mais corrige quelques défauts de son prédécesseur. Si l'on pouvait reprocher à Nordland d'être trop contemplatif, pour ne pas dire chiant, Nordland II explore un son plus bombastique, multipliant les violons et arrangements symphoniques mêlés aux choeurs pour des effets explosifs, et remettant à l'honneur la double pédale sur des compos d'inspiration très power metal, à la Blind Guardian, comme "Death and Resurrection of a Northern Son", compo la plus mémorable de l'album. Le début de l'album est quand même assez hésitant, mais après avoir atteint sa vitesse de croisière, il révèle un viking metal plus rentre-dedans, plus martial, grâce à l'inspiration power metal, parfois même thrash ("Flash Of The Silverhammer") tout en conservant l'orientation pagan du premier volet. On n'échappe pas à l'impression de déjà-entendu, mais les morceaux, s'ils ne sont pas des plus originaux, se montrent suffisamment efficaces et entraînants.

https://www.youtube.com/watch?v=MmScK5YLRQ4

    Les troisième et quatrième volets de cette saga ne verront malheureusement jamais le jour. Quorthon décède d'une crise cardiaque, chez lui, le 3 juin 2004, à l'âge de 38 ans. Il repose désormais au cimetière de Sandsborgs, à Stockholm.


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L'héritage de Bathory

    Si Bathory n'a jamais joui d'un statut de superstar internationale, son inspiration et son héritage sont aujourd'hui reconnus et toujous bien vivaces. Il est vrai que Quorthon a connu une sérieuse perte de vitesse dans les dix dernières années de sa carrière. On lui reprochait dans les années 90 d'avoir perdu ce qui faisait son identité musicale, et de se perdre dans des projets expérimentaux beaucoup trop différents les uns des autres pour réunir un public fidèle. Si son retour au viking metal dans les années 2000 a été salué, il faut admettre que Nordland fut une oeuvre très classique, et que Bathory n'a jamais plus atteint le niveau de ses albums les plus novateurs dans les années 80. Cela ne devrait pas, cependant, nous faire oublier que les oeuvres de jeunesse de Quorthon sont de celles qui contribuèrent à changer radicalement le visage du metal aujourd'hui.

    Oeuvres d'une jeunesse fougueuse nourrie au rock/metal des années 70 et cherchant à faire toujours plus provocant et jusqu'au-boutiste que ses ancêtres, les trois premiers albums de Bathory développaient un speed metal très primaire et écorché, à la sonorité extrême et voué sans aucunes nuances à l'adoration du Diable. Si cette vénération du mal peut facilement être interprétée comme une naïveté adolescente (c'est d'ailleurs l'interprétation de Quorthon lui-même), l'association de cette thématique avec une musique très crue inspirera beaucoup de jeunes Scandinaves, et il ne faudra que quelques années avant qu'apparaissent les Mayhem, Immortal, ou Gorgoroth, instigateurs de l'un des genres les plus représentés aujourd'hui. Bathory est donc considéré comme faisant partie de la "première vague de black metal" avec Venom, Celtic Frost, Mercyful Fate, Hellhammer ou Tormentor.

    Le nouveau style créé sur Hammerheart, le viking metal, s'est développé dans les années 90, représenté notamment par Enslaved, Windir (Norvège) et Tyr (Îles Féroé) qui perpétuent la tradition d'une musique lente et majestueuse issue du black metal et inspirée de l'histoire nordique. Si le viking metal "pur" demeure un style "de niche" peu développé hors de la Scandinavie, on peut observer, à partir des années 90, un regain d'intérêt pour les vikings dans le metal. Le thème n'est certes pas nouveau – Led Zeppelin en parlait déjà dans "Immigrant Song" – mais jamais auparavant nous n'avions eu autant de formations se réclamant des guerriers du Nord, du death metal (Unleashed, Amon Amarth) jusqu'au heavy/doom (Grand Magus), en passant bien sûr par le pagan metal, riche de groupes vikings comme Ensiferum ou Turisas.

    En parlant de ce dernier, Bathory n'est pas à l'origine du pagan metal: l'utilisation d'arrangements folk dans le hard rock date déjà des années 70, avec Led Zeppelin, Uriah Heep ou Jethro Tull, et le folk metal tel qu'on le connaît aujourd'hui a été codifié par les Britanniques de Skyclad en 1991, époque où Bathory s'inspirait plus de la musique classique. Cependant, il est indéniable que Bathory a eu une influence sur les formations pagan nordiques tant on y retrouve des thèmes et des motifs instrumentaux communs: on peut penser par exemple à Ensiferum dont les premières démos puisaient dans un black/viking rappelant fortement l'époque Blood Fire Death / Hammerheart, ou en prenant un exemple de chez nous (cocorico !) les Bretons de Belenos qui utilisent dans leur black celtique des chants profonds incantatoires déjà utilisés à merveille par Quorthon.

    L'héritage de Bathory perdure aujourd'hui à travers ces trois styles, différents mais étroitement liés, qui utilisent des codes communs explorés par Quorthon dans les années 80. Mais Bathory, c'était aussi une personnalité énigmatique et fascinante, à laquelle nombre d'acteurs de la scène metal ont rendu hommage. Sans entrer dans les détails à évoquer les compils, les tribute bands, ou tout simplement le label Black Mark qu'il a créé avec son père Börje Forsberg et qui continue de tourner aujourd'hui, je vous propose de conclure ce dossier sur deux sorties hommages à découvrir car très différentes l'une de l'autre dans leur style et dans leur manière de saluer la mémoire de Quorthon.

Jennie Tebler

http://www.youtube.com/watch?v=Fm7Cv2UHHuY

    Ce nom ne dira probablement rien à la plupart des gens, sauf aux fans hardcore de Bathory qui savent peut-être que Jennie Tebler est la petite soeur de Quorthon ! Désirant se lancer dans la musique à son tour, la jeune femme avait commencé, en 2004, un projet commun avec son frère appelé Silverwing, qui verrait donc Jennie au chant et Quorthon à l'instrumentation. Le projet d'album fut malheureusement annulé après le décès de Quorthon, le duo n'ayant eu le temps d'enregistrer que la chanson titre, "Silverwing", avant la tragédie. Jennie sortira tout de même ce morceau en 2005 sous forme de single, accompagné d'une reprise de "Song to Hall Up High" de l'album Hammerheart chanté en duo avec son frère.

    Musicalement, "Silverwing" opère dans un style encore une fois nouveau pour Quorthon, puisqu'il s'agit de pop-metal aux accents gothiques, très similaire à des groupes comme Within Temptation ou Amaranthe, et, disons-le franchement, pas excessivement intéressant. La reprise de "Song to Hall Up High" se révèle plus intéressante à écouter, l'inclusion d'une voix féminine donnant une fraîcheur nouvelle au morceau. À écouter donc surtout pour l'intérêt historique. Après la sortie de ce single, Jennie poursuivra son chemin en fondant le groupe Out Of Oblivion, qui après un unique album en 2008 ne fait plus du tout parler de lui...




Twilight Of The Gods

Fiche technique:


Origine: internationale

Années d'activité: 2010 – présent

Styles associés: Heavy metal

Membres:

Alan Averill (chant)
Frode Glesnes (basse)
Nick Barker (batterie)
Patrik Lindgren (guitare)
Rune Eriksen (guitare)

Discographie studio:

2013: Fire on the Mountain

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    Twilight Of The Gods est un supergroupe formé en 2010, à l'origine comme un tribute band de Bathory. On peut dire que le casting de cette formation a de quoi vendre du rêve, car on y retrouve Nick Barker (Cradle Of Filth, Dimmu Borgir) à la batterie, Frode Glesnes (Einherjer) à la basse, Patrik Lindgren (Thryfing) et Rune Eriskon (Mayhem) aux guitares, et Alan Averill (Primordial) au chant. D'abord formé pour une série de concerts hommages lors du Heidenfest European Tour 2010, le groupe – nommé d'après l'un des plus célèbres albums de Bathory, bien sûr – se rend compte que la magie opère entre eux et décide, trois ans plus tard, de sortir une production originale très attendue, baptisée Fire on the Mountain.

    Chose étonnante, les musiciens sont tous issus du black metal, mais décident ici de s'essayer à du 100% heavy metal années 80. L'imagerie nordique, les sonorités épiques à mid-tempo et les choeurs païens rendent hommage à l'oeuvre de Quorthon et rappellent plus particulièrement Blood On Ice dans son caractère héroïque et galvanisant. Mais le groupe va au-delà du simple hommage et ne cherche pas une copie conforme de style, les gars balancent joyeusement là-dedans du Manowar, du Judas Priest ou du Dio. Du heavy épique dans ce qu'il a de plus basique, de plus brut, de plus viril et, disons-le franchement, de plus cliché, mais joué avec un tel plaisir communicatif, une telle bonne humeur évidente de la part de musiciens plus à l'aise dans des univers plus sombres et plus sérieux, et qui là se paient du bon temps à jouer les hardos old-school, qu'on ne peut qu'adhérer, et on se retrouve rapidement à scander des "woohoohoohoo" à tue-tête avec le sourire.

    Il me paraissait donc intéressant de finir sur ce groupe qui dépasse le simple hommage à Bathory et va jusqu'à rendre hommage aux influences de Bathory et du viking metal avec énergie et simplicité. De quoi finir cet article dans la bonne humeur ! 

 
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