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Kaosguards

 

Vincent Cavanagh d'ANATHEMA le 02/11/2014

Vincent CavanaghInterview réalisée avec Vincent Cavanagh.

ll est à peine 18h00 lorsque nous arrivons au Ninkasi Kao, salle lyonnaise de 600 places dans laquelle se produit ce soir ANATHEMA, et à guichet fermé s'il vous plait.
Paul Collis, le très sympathique tour manager, nous permet d'assister à la fin des balances du groupe : une version impeccable de « Untouchable part 2 » par le groupe au complet, puis « Lost song part 1 » interprétée sans John Douglas (percussions, claviers) ni Jamie Cavanagh (basse), et avec Danny (guitare, claviers, chant) à la basse !! Un moment rare, apprécié à sa juste valeur.

C'est ensuite Vinnie Cavanagh (chant, guitare), très aimable bien que pris par le temps (les balances de l'après midi ayant pris du retard, il est attendu pour manger), qui nous reçoit dans le magnifique tour-bus du groupe pour une interview en tête à tête.

Entretien exclusif avec un musicien passionné... et passionnant.

 

 

Kaosguards : Bonjour Vinnie. Ma première question concerne votre denier album « Distant Satellites ». Pourquoi avoir choisi ce titre ?
Vinnie Cavanagh : C'était à l'origine le titre de la chanson, mais le concept était si fort que nous avons décidé de l'utiliser comme titre pour l'album. Parce que ça représente, à un niveau humain, les Hommes comme des satellites en orbite les uns autour des autres. Et la Vie peut parfois intervenir sur la trajectoire de leur orbite et les envoyer dans une direction totalement différente. Et parfois on peut se sentir seul à cause de ça.
C'était également une chanson très forte pour nous, et même avant d'avoir le titre de cette chanson nous voulions que celle-ci soit le morceau-titre de l'album. C'est une chanson sur laquelle John (Douglas, ndlr) et moi nous travaillons depuis longtemps, depuis des années, et finalement elle a trouvé sa version définitive à la dernière minute dans le studio d'enregistrement.
Ca a toujours été une chanson importante, et dès que nous avons eu les paroles et le titre, ça a été une évidence que l'album devait s'appeler comme ça.

Kaosguards : Comment vous est venue l'idée de commencer l'album par 2 parties d'une même chanson (« Lost song part 1 & 2 ») ? Etait-ce une volonté de débuter ce nouvel album de la même manière que le précédent (qui commençait par « Untouchable part 1 & 2 », ndlr) ?
Vinnie Cavanagh : L'idée est venue assez rapidement. En fait cette chanson est née d'une improvisation autour du rythme de batterie, et c'est ce rythme qui a donné l'impulsion du morceau. Les 2 premières parties sont nées très rapidement et ont trouvé leur version définitive quasi immédiatement après. Ca a du nous prendre une quinzaine de minutes pour en venir à bout (!!!), ça s'est fait de manière très naturelle. Et on s'est tout de suite dis qu'elles seraient parfaites pour ouvrir l'album. On ne tenait pas spécialement à faire une référence à « Weather systems », ça s'est fait comme ça.

Kaosguards : C'est vrai qu'elles fonctionnent très bien en ouverture du cd, mais pourquoi avoir choisi de placer la 3ème et dernière partie plus loin (5ème position) ?
Vinnie Cavanagh : A la base il ne devait y avoir que 2 parties à la chanson, mais quelques jours plus tard, en rejouant le morceau, une autre improvisation a pris forme, toujours sur ce même rythme de batterie, et a donné quelque chose de complètement différent. Et comme les chansons sont « connectées » par ce rythme, nous avons décidé d'en faire un « Lost song part 3 » et de l'inclure sur le cd, mais un peu plus loin.

Kaosguards : Le morceau « Anathema » est une très belle chanson et un magnifique hommage au groupe. D'où vous est venue l'idée de composer un morceau s'appelant « Anathema » ? Est-ce parce que c'est votre dixième album ?
Vinnie Cavanagh : Non, ce n'était pas une décision planifiée ou réfléchie pour notre dixième album, ou autre. Tout d'abord, la musique de cette chanson nous a rappelé certaines ambiances que nous aimions composer par le passé, plus sombres. Et feeling très typique d'Anathema a inspiré Danny pour les paroles. Une fois encore, tout a coulé de source et s'est passé rapidement. Ca a été une des chansons les plus faciles à composer.

Kaosguards : Les paroles de cet album parlent beaucoup d'amour et de sentiments (même si c'est parfois de manière métaphorique, comme sur « Anathema », justement). Y a t'il une raison particulière à ça ?
Vinnie Cavanagh : C'est Danny qui écrit les paroles, et il écrit ce qu'il ressent de manière très honnête. Il n'écrit pas des textes de « fiction », et tout ce que l'auditeur entend est réel, nous est arrivé aux uns ou aux autres.

Kaosguards : C'est vrai que les paroles sont très concrètes, et finalement assez directes.
Vinnie Cavanagh : Oui, mais chacun peut se les approprier à sa manière par rapport à sa propre vie. C'est quelque chose d'important pour nous.

Kaosguards : Comme je l'ai écrit dans ma chronique de l'album, on peut avoir l'impression que celui-ci est une synthèse de la carrière du groupe (« Lost song 1, 2 et 3 » pour le présent, « Anathema », « Dusk » et « Ariel » pour le passé, et « Firelight », « Distant satellites » et « Take shelter » pour le probable futur, plus orienté électro et expérimental). Es tu d'accord avec cette analyse ?
Vinnie Cavanagh : Oui, c'est possible, même si je ne pousse pas l'analyse aussi loin. Ce n'est pas parce qu'il y a des morceaux électros à la fin de l'album que le prochain sera électro (sourire).

Kaosguards : Je vous ai vu à Lyon en 2012, et vous étiez très enthousiastes du recrutement de Daniel Cardoso, qui officiait à l'époque aux claviers. Et je vous ai revus sur scène il y a un mois au Raismes Fest où Daniel jouait cette fois-ci de la batterie et John (Douglas, batteur historique du groupe) des percussions. Pourquoi ont-ils échangé leur rôles, et qui joue de la batterie sur le cd ?
Vinnie Cavanagh : C'est Daniel qui joue de la batterie sur tout le cd, sauf sur Distant Satellites où c'est John qui s'en charge.
John est une personne très importante dans le groupe, tant humainement qu'au niveau de la composition ou des arrangements. C'est un multi-instrumentiste de talent. Daniel est un batteur plus moderne, plus technique, si tu veux, alors que John est plus groovy. Ils ont un feeling différent, et la musique que nous avons composé ces derniers temps convient mieux au style de Daniel, avec ses rythmes plus saccadés.

Kaosguards : Quand je vous ai vu au RaismesFest, je me suis dis que John était peut être un peu « sous employé » à ne jouer que des percussions, sauf sur « Distant Satellites » où la complémentarité des deux est parfaitement utilisée. Est-ce quelque chose que vous allez développer à l'avenir ?
Vinnie Cavanagh : En fait, nous sommes déjà en train d'étendre son domaine d'intervention en concert. Ce que tu as vu était un kit acoustique, mais il dispose maintenant d'un kit complet de percussions électroniques. C'est quelque chose que nous allons continuer à augmenter afin qu'il puisse apporter sa touche personnelle aux morceaux, par exemple en lui laissant la possibilité de jouer d'autres instruments. Et puis maintenant, Daniel et John échangent également leur rôle pendant le concert : Daniel passe aux claviers et John redevient batteur principal du groupe pour quelques chansons (cf live report ici). Parce que sur certaines chansons, on a besoin du style de John à la batterie, particulièrement sur les chansons qu'il a composées. Sans compter que l'apport de Daniel aux claviers sur ces morceaux est appréciable.

Kaosguards : Quels sont les plans pour la suite ? Avez vous déjà commencé à composer de nouvelles chansons ?
Vinnie Cavanagh : Oui, nous avons déjà commencé, on n'arrête jamais vraiment. Pas grand chose de concret pour le moment, juste des tonnes d'idées. Dans l'immédiat on planifie des concerts pour l'année prochaine. Une annonce vient d'ailleurs d'être faite aujourd'hui même : nous allons donner quelques concerts dans des cathédrales en Angleterre, de vraies belles cathédrales, avec un son grandiose (ndlr : ça risque d'être somptueux!!).

Kaosguards : Whoua ! Et penses-tu que vous pourriez faire ça en France également. Nous avons plein de cathédrales ici !
Vinnie Cavanagh : Oui, on pourrait sûrement jouer quelque part, au moins à Paris.

Kaosguards : Notre Dame ?
Vinnie Cavanagh : Non, pas Notre Dame. Ils ne font pas de concerts dedans, pas de ce genre là en tous cas. Mais on peut le faire à Saint Eustache (église située dans le 1er arrondissement, ndlr), ou dans une plus petite, peut être dans le quartier latin. Mais si on veut faire un concert dans une grande, je pense que Saint Eustache serait la meilleure possibilité. Mais ce serait une super idée ! (ndlr : C'est clair!)

Kaosguards : Quelques questions plus générales pour finir. Quels sont tes groupes favoris ?
Vinnie Cavanagh : Je n'ai pas vraiment de groupe favori, mais plutôt des musiciens. Si on parle de groupes, je citerais les Beatles, Radiohead, And you will know us by the trail of dead, Mogwaï,...

Kaosguards : Et tes musiciens favoris ?
Vinnie Cavanagh : Mes musiciens favoris ? Clint Mansell, Jóhann Jóhannsson, Jon Hopkins, Bob Dylan, Jeff Buckley,...

Kaosguards : Votre musique est devenue plus abordable ces derniers temps, et...
Vinnie Cavanagh : (coupant la question) Oui, mais c'est vrai depuis « A fine day to exit » (6ème album du groupe sorti en 2001, ndlr), voire même depuis « Judgement » (5ème album sorti en 1999, ndlr).

Kaosguards : Je suis d'accord avec ça, mais je me demandais si tu savais pourquoi le grand public ne vous connait pas plus, alors que votre musique pourrait plaire au public de Radiohead dont on parlait à l'instant ?
Vinnie Cavanagh : Ca vient surement du fait qu'on a commencé en faisant du metal. Mais notre image a évolué avec le temps et nous gagnons un public de plus en plus varié (le public nombreux et hétéroclite du soir confirmera cette affirmation, ndlr).
Quand nous avons commencé le groupe, nous n'étions que des enfants, et nous avions besoin d'exprimer notre agressivité et d'expérimenter afin d'affiner notre style. Mais nous avons toujours eu une facette expérimentale et progressive, et notre musique est devenue plus honnête grâce à ça.
Quand tu es en enfant au nord de l'Angleterre, tu es obligé de te construire des défenses psychologiques, et écouter « The wall » des Pink Floyd (dans lequel Roger Waters, le bassiste compositeur, expose sa façon de voir le monde de la musique et se sent isolé du monde derrière « le mur ») m'a fait comprendre qu'il est important de s'ouvrir à sa musique, d'en trouver l'essence. Pas besoin de sons de cloches, d'arrangements grandiloquents, ou de sons électroniques pour faire une bonne chanson. Tout ce dont tu as besoin est d'une guitare ou d'un piano et de ta voix. C'est tout ce dont on a besoin pour toucher quelqu'un, et pour exprimer un sentiment pur. Et une fois qu'on a réalisé cela, on a fait évoluer notre musique en ce sens.

Kaosguards : C'est la qualité qui compte, pas la quantité.
Vinnie Cavanagh : Oui, même si ça sonne cliché.

Kaosguards : J'ai l'impression que beaucoup d'artistes commencent en voulant toujours jouer plus vite, plus fort, plus technique.
Vinnie Cavanagh : Mais c'est ce que tu veux quand tu es jeune ! Tu veux que ça joue fort, tu veux que ça claque, tu veux que ça bouge !

Kaosguards : Une dernière question, plus personnelle : est-ce facile de jouer ensemble entre frères (le frère jumeau de Vinnie, Jamie, joue de la basse, et Danny, leur frère ainé, joue de la guitare, ndlr).
Vinnie Cavanagh : Oui, en réalité c'est assez facile. Parce que nous sommes proches les uns des autres, et qu'Anathema est notre seconde maison. Nous sommes devenu une grande famille !
Vega

Un grand merci à Roger pour l'accréditation, à Paul pour son accueil chaleureux et à Vinnie pour sa gentillesse  et sa disponibilité.

La chronique de ce concert est d'ores et déjà disponible ici.

 
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