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Kaosguards

 

HELLFEST, le 20-21-22/06/2014 à Clisson

Comme chaque année depuis 2006, le Festival de l'Enfer vient poser ses scènes et ses chapiteaux sur les terres de la belle cité médiévale de Clisson. On nous a promis cette année un fest encore plus grand, encore plus fort, encore plus légendaire ! Pari tenu ? Dans l'ensemble, il faut bien avouer que oui, l'affiche absolument énorme conjuguée à l'ambiance unique du Hellfest ont contribué à faire de cette édition 2014 un cru exceptionnel. Même si l'ensemble a été difficile à (sur)vivre à cause de conditions climatiques caniculaires (l'inverse des années précédentes, donc) et à cause de certains choix de l'orga pas toujours judicieux...

 

C'est donc chargés comme des mulets, les bras endoloris par le transport de tentes et de lourdes glacières pleines de houblon que nous nous présentons à l'entrée du camping le jeudi à 13h30. Nouveauté cette année, en réponse aux nombreuses plaintes de pickpockets et de squatteurs des années précédentes, le camping n'ouvre qu'à 14h et la pose bracelets est obligatoire avant d'y pénétrer. L'intention était louable, mais le résultat, il faut bien l'avouer, a surtout été un embouteillage monstre sous un soleil de plomb, à tel point que des membres de l'orga ont dû lancer des bouteilles d'eau dans la foule ! 16H, le bracelet enfin posé, on se retrouve directement à l'espace Extreme Market, qui, encore une nouveauté, a été déplacé depuis le site même jusqu'à l'entrée du camping, transformée pour le coup en grande place goudronnée et décorée baptisée Hell City. Le travail de déco et d'ambiance est impressionnant, mais on ne peut s'empêcher de trouver à l'ensemble un côté Disneyland qui donne un petit pincement au coeur aux puristes. D'autant que les boutiques entourant le Market lui-même ne présentaient pas un très grand intérêt, entre le stand Doc Martens et le stand Spotify...

 

Mais quoi qu'on en pense, c'est toujours très sympathique, contrairement à la nouveauté qui deviendra la bête noire de la majorité des festivaliers : la passerelle ! Une gigantesque passerelle à grimper pour accéder au camping lui-même, très peu pratique, vous vous en doutez, quand on est chargé comme une mule ou rond comme un ballon. L'orga aurait eu, d'après ce que j'ai entendu, l'obligation par la ville d'installer un système permettant de dégager la route en contrebas, mais une passerelle aussi immense était-elle vraiment un choix judicieux ? D'autant que la route était si peu empruntée, une barrière façon SNCF aurait peut-être été suffisante... quand au camping lui-même, force est de constater avec amertume que l'orga n'a pas pris la peine de l'agrandir bien qu'elle ait augmenté la jauge. Résultat : un camping bondé le jeudi avant même la tombée de la nuit, avec des festivaliers réduits à s'installer sur le bord, voire au milieu, des allées ! Gros carton rouge pour l'orga sur ce point-là, d'autant que la sécurité laissait encore à désirer, car si des barrières ont bien été rajoutées par rapport à l'an dernier, elles ont été facilement contournées ou arrachées, et une sécu en sous-effectifs ne pouvait naturellement pas tout surveiller. Néanmoins, nous avons réussi tant bien que mal à nous installer confortablement et à nous détendre en ce premier soir pour prendre des forces pour ce long et éprouvant week-end.

 

Vendredi 20 juin

 

Gueule de bois du vendredi matin, week-end qui commence bien ! Le soleil tape déjà très fort lorsqu'on se dirige vers le site pour les premiers concerts. Malheureusement, l'ouverture du site, toujours aussi lente et bouchonnée le vendredi matin, nous aura fait rater les premières prestations. C'est finalement devant NIGHTMARE qu'on arrive et on profite de ce heavy bien carré d'un groupe français qui a déjà de la bouteille, avec un chanteur très en voie qui nous régale de son look et de ses mimiques rappelant fortement le regretté Ronnie James Dio. Malheureusement, une demi-heure passe très vite, et j'en profite pour passer un petit coup de gueule sur la programmation de nos groupes nationaux, car je trouve dommage que des groupes méritants comme NIGHTMARE n'aient qu'une petite demi-heure le matin alors que les créneaux les plus intéressants sont toujours pris par des groupes vus et revus comme MASS HYSTERIA ou DAGOBA. À quand une vraie revalorisation d'une scène française dynamique et bien plus riche que les trois ou quatre groupes sans cesse mis en avant ?

 

Bref, on se dirige vers la Valley pour le prochain show, et si j'avais pas mal critiqué la gestion du son l'an dernier, beaucoup trop portée sur les basses, je dois dire que cela convenait à merveille au doom de brontosaures des Britanniques de CONAN, aussi massif et barbare que le personnage éponyme, tout en étant d'une lenteur implacable. On ressort de sous le chapiteau avec l'impression de s'être fait piétiner par un troupeau de céphalopodes, et on se dit qu'après toutes ces métaphores jurassiques, une petite pause restauration est bien méritée !

 

J'en profite pour évoquer brièvement la nouvelle configuration du site, globalement similaire à l'an dernier à quelques détails près: l'espace devant les mainstages a été agrandi (très appréciable), et un grand espace bars et restaurants "vikings" entourant un coin ombragé très sympathique se trouve en face, juste avant la grande roue. Car oui, il y a une grande roue. J'étais très dubitatif au début, mais cette nouvelle attraction semble avoir été appréciée des festivaliers, malgré un prix (5€) un peu élevé. Un autre espace de restauration avec des stands de types et de qualité très variables se était aménagé près de l'entrée, autour d'une grande place pavée. Certes, c'était agréable de marcher sur du dur de temps en temps, mais le problème des pavés, c'est qu'avec le soleil, ça reflète... quelques parasols en plus n'auraient pas été de trop. Les chapiteaux n'ont pas été agrandis, ce qui est dommage car ils étaient vite pleins lors des gros concerts, et même avant, leur ombre ayant été très appréciée au plus chaud de l'après-midi. La Warzone aussi aurait gagné à être modifiée, car elle était toujours aussi difficile d'accès lors des fortes affluences. Quant aux points d'eau, ils étaient à l'origine en nombre relativement suffisant, mais avec la chaleur infernale du week-end, ils n'auront pas résisté aux assauts des festivaliers et tomberont en panne les uns après les autres. Clairement un manque de prévoyance de l'orga à ce niveau-là...

 

Nous revenons aux prestations dans l'après-midi et allons nous abriter sous la Temple pour le concert de GEHENNA, qui fut terriblement ennuyeux. GEHENNA s'était forgé une identité bien à lui sur la scène black metal des années 90 par son black lent et soigné, soutenu par des orgues funestes omniprésents. Mais ça, c'était avant. Le GEHENNA qui s'est présenté à nous n'avait plus grand chose d'original et se contentait de jouer un black metal très basique et sans âme. On s'ennuie ferme et on reste assis à l'ombre en attendant la suite. Dommage.

 

LOUDBLAST est une référence du death metal français et assure toujours ses shows d'une manière carrée et pro. N'étant pas fan du groupe, je n'écoute que d'une oreille distraite, mais force est de constater que les Lillois savent tenir la scène et motiver leur public. Je constate d'ailleurs à ce moment-là que, si quelques concerts ont quand même eu des problèmes de son pendant le week-end, la qualité sonore a été améliorée par rapport à l'an dernier, notamment sous la Altar/Temple qui en avait bien besoin.

 

Après une petite sieste à l'ombre, on se déplace maintenant vers la Valley pour un groupe très attendu, les Allemands de KADAVAR. Groupe appartenant au mouvement 70s revival, avec les Américains de RIVAL SONS ou les Suédois de BLUES PILLS (également à l'affiche du festival), KADAVAR officie dans un heavy-blues à la croisée du stoner, du space rock d'un HAWKWIND, et du rock hippie qui aurait eu tout à fait sa place sur l'affiche de Woodstock. Hirsutes et vêtus de simples chemises à carreaux, les Teutons restent dans un jeu de scène très sobre et laissent leurs lignes rythmiques saturées et leurs solos psychédéliques transporter le public. Une très belle prestation.

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Le soleil commence à baisser et la chaleur devient un peu plus supportable, et on revient au niveau des Mainstages pour la soirée très chargée qui s'annonce, avec la tête d'affiche la plus attendue du week-end. Mais en attendant, c'est ROB ZOMBIE qui mène la danse, pour une prestation plus que mitigée. Un son très mauvais pour ceux qui ont le malheur de se trouver loin, des morceaux parfois méconnaissables (j'ai eu du mal à reconnaître "Living Dead Girl"), une prestation scénique trop "à la cool" pour un groupe qui s'est surtout fait connaître par ses shows délirants (il faut dire que jouer en plein jour ne les a pas aidés...), bref, le concert a surtout été sauvé par un Rob très en forme et un brin pompette qui danse comme s'il avait le diable aux fesses et qui motive ses troupes, et par un John 5 toujours aussi classe et virtuose. On retiendra aussi la bonne barre de rire à voir les zicos porter à tour de rôle une tête de cheval en latex à la fin de leur set, qui a laissé place à un medley "Am I Evil?/Enter Sandman/School's Out" histoire de conclure vite fait bien fait. C'était rigolo, il y avait un peu de bonne humeur, mais le manque d'implication du groupe s'est fait durement ressentir. Ah, sinon pendant le concert il y avait des filles qui dansaient sur un char d'assaut. Prestation sympa mais plutôt anecdotique. Par contre, le char est resté garé derrière la régie son de la MS2 et a constitué pendant tout le week-end un point de repère plutôt original !

 

Tout le contraire des Brésiliens de SEPULTURA qui, loin des frous-frous et de la salsa qu'on nous vend depuis quelques temps avec la coupe du monde, auront fait trembler les plaines clissonnaises de leurs percussions tribales. C'est un Derrick Green bestial et toujours aussi impressionnant qui mène la danse, alternant avec brio entre chant et percus, tandis que fusent les riffs mémorables de "Bloody Roots" ou "Refuse/Resist" avec une intensité et une clarté admirables, du moins là où je me trouvais (des gens plus en arrière n'avaient pas la même qualité de son...). Un concert prenant et une heure très vite passée.

 

L'impatience gagne le public alors que la star du jour a une petite demi-heure de retard. On attend comme on peut en admirant les décors bleus arctiques rappelant la pochette de l'album "Seventh Son of a Seventh Son" sur lequel est basée leur dernière tournée. Enfin, une vidéo d'introduction apparaît sur l'écran géant, montrant des icebergs (décalage total avec la météo du jour!) sur fond de musique épique, et après l'intro immédiatement reconnaissable de "Moonchild" sur laquelle le public s'enflamme déjà, IRON MAIDEN apparaît enfin, après tant d'années d'attente, ils sont au Hellfest ! Le spectacle et la setlist présentés ce soir étaient sensiblement identiques à leur concert à Bercy en 2013, mais l'ambiance, l'énergie qui s'en dégageaient, étaient incomparables ! Le groupe a bien compris qu'ils étaient attendus comme le messie et ont décidé de mettre le feu au festival, n'épargnant aucun effet de scène, la pyrotechnie (moins prenante en journée, hélas) comme les nombreuses apparitions d'Eddie, avec une mention spéciale pour l'impressionnante statue qui apparaît sur scène lors du morceau "Seventh Son of a Seventh Son", que Bruce interprète vêtu d'une cape vampirique du plus bel effet. Tiens, parlons-en, de Bruce ! Très complice, le maître de cérémonie se met le public dans la poche dès le début par ses nombreuses interventions dans un Français admirable, racontant des petites blagues, commentant en direct le match France-Suisse qui avait lieu au même moment (oui oui, il annonçait les buts même au milieu d'un morceau !) et poussant bien sûr son célèbre "Scream for me Hellfest !" Un frontman très proche de son public, une interprétation vocale sans failles, un son excellent (à quelques petits soucis ponctuels près...), un spectacle visuel autant que sonore, de l'énergie à revendre, bref, la tête d'affiche idéale ! Mon seul regret aura été que la setlist a été retouchée pour l'occasion, le très bon "Afraid to Shoot Strangers" disparaissant au profit d'un "Revelation" plus punchy et fédérateur. Mais dans l'ensemble, il faut bien admettre que ce fut l'une des meilleures têtes d'affiche que le festival ait connu, n'en déplaise aux quelques puristes qui cracheraient sur le côté "mainstream" de la chose !

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La nuit est maintenant tombée et si on ne peut pas dire que le festival désemplit, au moins on se marche moins dessus (un problème tout le long du week-end, trop de monde...) pour le concert de SLAYER. Cela fait un peu plus d'un an que Jeff Hanneman nous a quittés, et le groupe s'est embarqué dans une tournée hommage en restant fidèle à lui-même: éclairage très sombre, ambiance froide, communication minimaliste, la lumière reste centrée sur un Tom Araya plutôt en voix tandis que fusent les riffs acérés et les solos stridents que tous les festivaliers connaissent par coeur. "War Ensemble", "Raining Blood", "Disciple" et j'en passe, tous les grands classiques ont été joués, pour finir sur un "Angel Of Death" durant lequel se dressera en arrière plan le célèbre logo de Hanneman portant la mention "Still Reigning". Un hommage sobre, à l'image de la prestation générale, froide, classique, mais efficace.

 

On revient à quelque chose de plus joyeux pour le dernier concert de la journée (car la fatigue se fait ressentir, mine de rien), avec les Suédois déjantés de SABATON. Fidèles à eux-mêmes, ils débarquent en bondissant dans leurs treillis sur fond de "Final Countdown" et envoient toute leur énergie, tandis que leur frontman, l'inénarrable Joakim Brodén, assure le spectacle à lui tout seul, capable de courir le 100 mètres sur scène tout en tenant la note haute et de débiter conneries sur conneries à un niveau qui rivalise avec Tobias Sammet d'EDGUY (et c'est pas peu dire) ! En vrac, on a eu droit à un gros délire sur les Village People qui s'est soldée par une reprise de YMCA, une démonstration d'abdos, et à un cours de guitare plutôt chaotique. Le spectacle comique était là, Joakim répétant à l'envi combien il était heureux de nous voir devant la scène à une heure aussi tardive (le site s'était vidé après SLAYER, mais beaucoup d'irréductibles sont restés !), mais on peut regretter trop de bla-bla pour un concert de trois quarts d'heure. Heureusement que la prestation musicale tenait la route, des titres comme "Primo Victoria" ou "Swedish Pagans" se montrant toujours aussi redoutables en live. La seule faiblesse venait des titres tirés de "Heroes", l'album le plus récent, qui ne semblent pas encore tout à fait rodés au live, notamment "To Hell and Back" qui avait un rendu un peu hésitant.

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Et voilà déjà une première grosse journée de concerts qui se termine !

 

Samedi 21 juin

 

Samedi, on a fait nos fainéants. La chaleur mêlée à trop de concerts et trop d'apéros la veille ont eu raison de notre motivation le matin, c'est donc après un gros barbecue posé qu'on débarque sur le site à 16h pour SKYCLAD. Une prestation qui a souffert du monde massé sous la Temple et de la trop grande proximité avec la Valley où passait WITCH MOUNTAIN au même moment. Le folk des Anglais, au son déjà problématique (le folk est ce qui donne le plus de difficultés aux techniciens, les instruments acoustiques étant très difficiles à équilibrer avec le reste) était à peine discernable sous les échos de grattes saturées du groupe de doom d'à-côté. Dommage. Au fait, il est toujours appréciable d'avoir de la déco de scène, mais l'énorme 666 au-dessus de la Temple n'était peut-être pas des plus judicieux, car s'il était dans le ton avec des groupes de black, il ne collait pas du tout à l'univers des groupes de pagan/folk qui se produisaient sur la même scène. La chanteuse d'ELUVEITIE s'en est plaint plus tard dans la soirée. Déco à revoir, donc.

 

EXTREME n'aura pas suscité un très grand intérêt, une prestation mollassonne qui aura achevé d'endormir des festivaliers déjà rendus bien amorphes par la chaleur. Une petite sieste donc, avant de retourner à l'ombre de la Temple pour SHINING.

 

Niklas n'en avait un peu rien à foutre, et ça se ressentait dans son jeu de scène, mais bon, la grosse ambiance n'a jamais été le point fort de SHINING... bien au contraire ! La prestation était tout de même carrée et les mélodies toujours aussi envoûtantes, quoique l'ambiance froide et délétère des albums se traduit mal sur scène, et encore moins en festival. Néanmoins, on essaye de se prendre au jeu, on ferme les yeux et... quoi ? Plus de musique ? Ah ben oui, ils sont partis un quart d'heure avant la fin. Et voilà, c'est plié !

 

Retour rapide au niveau des Mainstages pour prendre de quoi se désaltérer, on reste juste assez longtemps devant STATUS QUO pour entendre le célébrissime "In The Army Now" qui sera repris par une bonne partie du public, faisant désormais partie de ces titres fédérateurs et intergénérationnels comme le "Final Countdown" d'EUROPE en 2009. Mais il faut déjà y aller pour être bien placés sous la Valley pour la claque de la journée.

 

Ayant dû annuler leur concert à la dernière minute l'an dernier pour raisons familiales, CLUTCH a promis de revenir cette année en meilleure forme, et ils n'ont pas triché sur la marchandise ! Les Américains ont fait vibrer un chapiteau bondé sous leur rock'n roll endiablé aux accents stoner, la voix de crooner années 50 de Neil Fallon résonnant à merveille. Le son était excellent et puissant, et l'ambiance enflammée ! Une heure de show parfaitement maîtrisé, on repart en ayant des "Bang bang bang bang" dans la tête pendant des heures encore !

 

On se pose avec un casse-croûte en attendant DEEP PURPLE, et SOULFLY investit la scène. Le problème du groupe de Max, c'est qu'il ressemble toujours énormément à du SEPULTURA, il fait des reprises de SEPULTURA, mais la comparaison avec la puissance du set de son ancien groupe la veille ne tient pas. On ne retrouve pas le peps de la veille, et le concert passe et se termine sans enflammer plus que ça.

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C'est l'heure de DEEP PURPLE ! La foule s'amasse pour l'un des concerts les plus attendus du week-end. Baba-cools, les Anglais arrivent en t-shirt, Ian Gillian portant une paire de lunettes de soleil à monture violette du plus bel effet, et se lancent avec le sourire dans un set bien rétro dans une ambiance de fin d'années 60, tout en improvisation, se décidant à jouer de temps en temps quelques grands classiques tels que "Hush", "Lazy", "Smoke on the Water" (évidemment...) ou "Black Night". Il y a eu beaucoup de déçus qui voulaient entendre un "Highway Star" ou un "Child In Time", et les mauvaises langues diront que les très nombreux jams étaient là pour permettre à Ian Gillian de préserver sa voix (pas mauvaise au demeurant, il a clairement perdu de la puissance mais il tient toujours la forme). Pour ma part, je dirai que les vieux routards ont offert non pas un set, mais une leçon de rock années 60, sans complexes, sans poudre aux yeux, sans chercher à épater, juste cinq potes qui se font plaisir sur scène et qui laissent parler leurs instruments, juste pour le plaisir de jouer. Et leur bonne humeur et leur plaisir ont été très communicatifs.

 

AEROSMITH, par contre, quand on parle de poudre aux yeux et d'épate... il faut dire pour être honnête qu'on était mal placés, la foule tellement compacte qu'elle en devenait étouffante ne nous a laissés guère d'autre choix que de nous mettre bien en arrière, là où le son ne portait pas du tout ! Un comble quand même d'avoir mis le son aussi peu fort pour une tête d'affiche, il fallait tendre l'oreille pour distinguer les morceaux ! On n'entend donc quasiment rien, déjà c'est mal parti, et on regarde sur l'écran géant un Steven Tyler arborant désormais une magnifique moustache digne d'un acteur de cinéma adulte des années 70 s'époumonner et donner dans la surenchère à chaque tournant, et vas-y que je me mets à quatre pattes et que je me serre la poitrine pendant une ballade pour montrer combien je souffre... aucune spontanéité, le show était à l'américaine, hyper rodé et sans âme, à l'image de celui de GUNS'N'ROSES en 2012 et de DEF LEPPARD en 2013... mais au moins, avec eux, on entendait ce qui se passait. Grosse déception donc, je ne reste pas bien longtemps et me dirige vers la Valley, où déjà beaucoup de monde attend la mascotte du festival.

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Les "Philou !" fusent de plus en plus alors que monte sur scène à cette heure tardive notre PHIL ANSELMO national, grand amoureux du Hellfest, grand pote de Ben, et connu pour squatter les côtés de scène à quasiment chaque concert pendant les trois jours et pour remplacer des annulations au pied levé (son exploit de 2013, où il a avait jammé avec les membres de DOWN pendant une heure pour remplacer CLUTCH). Autant dire qu'il débarquait là en terrain conquis ! Le voilà donc avec un nouveau groupe de musiciens, qui se sont baptisés THE ILLEGALS, pour défendre son album solo "Walk Through Exits Only", sorti en 2013. L'album étant d'une rare violence, sorte de hardcore viscéral mêlé de rythmique sludge grasse et chaotique, la prestation se devait d'envoyer la purée à grands coups de saturation d'enceintes et de stroboscopes, Phil se déchirant littéralement la gorge au milieu de tout ce bordel, s'accordant quand même des petites pauses entre les morceaux pour déblatérer ses "anselmogélismes" sur le metal en général, sur PANTERA, sur la vie, et sur... je ne sais pas trop, en fait, ça partait dans tous les sens, et vu son élocution, il n'avait pas sucé que de la glace ! Mais même si la philo de comptoir peut devenir lourdingue, on lui pardonne, car dans le fond, on l'aime notre Philou ! Le concert s'est terminé par des reprises de PANTERA, que je n'ai pas vues, le mauvais mélange fatigue/gros son/stroboscopes m'ayant forcé à battre en retraite vers le camping. À demain pour de nouvelles aventures !

 

Dimanche 22 juin

 

Allez, c'est le dernier jour, on se motive ! Sur le site dès 10h30, et pour le petit déjeuner, on a une bonne dose de rock psyché old-school, d'abord avec un YEAR OF THE GOAT des plus sympathiques, une bonne ambiance groovy à souhaits qui évoque quelque peu les instants les plus pop de BLUE ÖYSTER CULT. Mais surtout, la grosse révélation arrive avec BLUES PILLS ! Une rythmique bluesy lourde évoquant du BLACK SABBATH ou du LED ZEPPELIN à la sauce psychédélique, accompagnée d'une impressionnante vocaliste, petit bout de femme en robe noire capable de faire planer de sa voix résonnante comme de pousser des cris rauques à réveiller les plus barbares des barbus. L'impression de voir JEFFERSON AIRPLANE en version saturée, un véritable bon dans le passé, donc. Du très lourd.

 

Retour au camping, de gros nuages noirs s'amassent dans le ciel, on se dit qu'un petit orage nous soulagera de toute cette chaleur... que nenni ! Quatre gouttes plus tard, les nuages disparaissent comme par enchantement et c'est le retour du soleil implacable. Oh qu'on a souffert cette après-midi là, avec tous les points d'eau qui tombaient en rideau les uns après les autres... par contre pour le concert de CROWBAR, la chaleur était parfaitement dans le ton, et les gars ont balancé leur gros sludge marécageux, Kirk Windstein très en forme saluant une foule déjà bien compacte venue attendre BLACK SABBATH.

 

POWERWOLF aura été l'attraction de l'après-midi. Dans un décor de cathédrale et grimés en habits sacerdotaux et corpse-paints, les loups-garous arméniens se donnent à fond et se marrent de leur propre mise en scène outrancière, tout en balançant les compos les plus accrocheuses de leur répertoire de power metal symphonique, telles que "Sacred & Wild", "We Drink Your Blood", jusqu'à des morceaux au titre délicieusement débile comme "Resurrection By Erection". Le chanteur, dont le physique n'est pas sans rappeler Attila le Hun, se met le public dans la poche avec son humour bas du front tout à fait dans le ton du festival, à parler de bites et de bières. Un show très énergique avec une très bonne ambiance où le public a participé avec grand plaisir.

 

On atteint le point le plus difficile de l'après-midi, où le soleil cognant nous force à faire des allers-retours constants entre les concerts et les points d'eau/bars. On ne verra donc que quelques bribes de SEETHER, un rock alternatif années 90 pas franchement emballant ; d'ANGRA, le groupe de power brésilien qui attaque direct avec un "Angels Cry" qui met tout de suite dans l'ambiance. Très en forme, ils feront le maximum pour remotiver un public en souffrance ; et d'ALTER BRIDGE, qui est plus dans le ton du climat ensoleillé avec son hard rock de routard américain, invitation à se poser, à boire un coup et à profiter du moment.

 

Allez, ANNIHILATOR arrive, on se motive et on regarde en entier ! Par rapport à leur concert au Motocultor l'an dernier, le groupe a apporté un peu de variété et remanié sa setlist. Bon, on retrouve toujours "Smear Campaign" et "No Way Out" du dernier album, les classiques "King Of The Kill" et "Set The World on Fire", mais grande nouveauté, "Alison Hell" est joué en milieu de set pour laisser la place à des morceaux moins connus et moins fédérateurs pour conclure. Pourquoi pas, bien que je regrette la disparition de "Fun Palace". Le son est bon, mais je n'arrive pas à me mettre dedans autant que je l'aurais voulu, je me sens moins transporté par leur son que par le passé, peut-être encore une fois à cause de la chaleur qui démotive.

 

Une foule compacte se masse ensuite en direction de la Warzone et, miracle, il y a des arroseurs ! C'est donc un peu plus rafraîchis qu'on assiste au show de MAD SIN. Présence complètement improbable sur la sène punk/hardcore, les Allemands, fils de l'union cauchemardesque de Grease et de Evil Dead, sortent tout leur attirail de rockabilly, bananes de rigueur et contrebasse géante, pour nous plonger dans une version fantasmée et complètement démente des années 50. Ces mecs savent assurer un show en toutes circonstances, et même une petite ballade gentillette comme "Nine Lives" devient avec eux un événement. Une performance qui se conclura comme elle avait commencé, tout en excès, avec solo de contrebasse et tirs de feux de bengale au milieu du pit. Comme Marty McFly aurait pu le dire à Marvin Gaye, ça c'est un bon vieux rock bien rétro !

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Pause ! On se trouve une place sous les arbres et on regarde les Mainstages de loin, histoire de récupérer pour la dernière tête d'affiche du week-end, en espérant ne pas être déçus ! La double pédale sourde et implacable de BEHEMOTH vrombit jusqu'ici, mais le concert souffre d'être en plein jour, la mise en scène d'habitude sombre et infernale retombant donc à plat. C'est là qu'on se rend compte de l'intérêt des chapiteaux, finalement, surtout pour les groupes de black dont l'ambiance est préservée par l'obscurité et l'intimité d'un espace clos.

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SOUNDGARDEN fut l'un des groupes très attendus de cette édition, et c'est en toute simplicité que les porte-étendards du heavy rock de Seattle investissent la scène et font cracher les guitares saturées. Ça bouge, ça groove, l'ambiance est à la cool, on fait un grand pas dans le post-hippie des années 90, et la bande à Chris Cornell prouvera aux néophytes qu'ils ne sont pas que "le groupe qui a fait Black Hole Sun" (même s'ils l'ont jouée, évidemment), et qu'ils ont de bons gros morceaux bien burnés à leur répertoire comme le très entraînant "Rusty Cage". C'est pendant ce concert, cependant, que le drame frappe l'orga: il n'y a plus de bières ! J'exagère un peu, mais les tireuses tombaient en carafe les unes après les autres, une première dans l'histoire du fest ! Heureusement qu'il restait le bon muscadet local pour se sustenter...

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Autre performance très attendue, celle, exceptionnelle, d'un EMPEROR reformé. Un concert qui en surprendra plus d'un, peu de monde s'attendant à voir Ihsahn débarquer en chemise et arborant une paire de lunettes d'un chic incontestable. Si le concert a été en majorité très apprécié par les fans qui étaient si impatients d'entendre des titres comme "I Am The Black Wizards" en live, j'ai pu ressentir la déception d'une partie du public qui s'attendait à un show monumental pour le retour d'une des grandes légendes du black metal. Ihsahn a en fait mentionné ce fait en interview quelques jours plus tard, déclarant qu'un concert "à la roots" sans artifices ni effets de scène leur paraissait le plus approprié pour rendre hommage à une carrière qui a démarré à l'arrache en bricolant des pochettes d'albums dans la chambre de Samoth. Et finalement, on ne peut que saluer cette philosophie, car jouer sa musique avec énergie et conviction en se foutant pas mal de la tronche qu'on a, n'est-ce pas là le véritable "esprit metal" ?

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Il aura fallu deux ans après la "fausse promesse" (l'annulation de 2012 où ils ont été remplacés par Ozzy & Friends) pour que BLACK SABBATH vienne enfin célébrer sa messe à Clisson. Avec MAIDEN ce fut la tête d'affiche la plus attendue, et pour cause, on accueille le groupe qui est à l'origine du heavy metal ! Pour l'événement, les principales craintes se portaient sur la performance vocale d'Ozzy, connue pour être plutôt aléatoire. Et bien même si c'était loin d'être du grand art, nous avons été rassurés, car après un "War Pigs" vocalement massacré en ouverture, le Prince des Ténèbres semble s'être assez échauffé et poursuit le concert en chantant (à peu près) juste. Très en forme, Tony Iommi nous a gratifiés de sa prestance impériale et de ses solos endiablés, tandis que fusent les classiques parmi les classiques, c'est-à-dire le best of des quatre premiers albums. Le groupe se risquera à une petite touche de modernité en jouant "God is Dead?" issu de leur dernier album solo, 13, sorti l'année dernière, un morceau solide, mais au vu de l'absence de réaction du public, pas sûr que beaucoup de gens l'aient écouté. Dommage, c'est un bon album. Beaucoup diront que c'était un concert calibré et sans spontanéité, comme AEROSMITH, et je serai le premier à admettre qu'Ozzy était chiant à répéter "I can't fucking hear you!" toutes les cinq minutes (ce n'est PAS une exagération), mais voir ce petit bonhomme âgé courir sur scène avec un air béat en contrast total avec le stoïcisme de Tony Iommi faisait tout le sel de cette performance.

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On regrettera cependant l'absence de Bill Ward, boudé par le reste du groupe en faveur d'un plus jeune. C'est donc l'Américain Tommy Clufetos, 34 ans et batteur d'Ozzy dans son projet solo qui opère derrière les fûts, et bien qu'il ait fait un boulot plus qu'admirable, ce n'est pas vraiment le line-up originel, et l'impression de manque se fait ressentir. Le choix de mise en scène avait également de quoi faire lever un sourcil, un écran géant diffusant des images glauques et sexuelles sous un effet stroboscopique, tel un mauvais trip de LSD, un décor plutôt étrange pour un groupe qui n'avait jamais été aussi explicite auparavant. Au moins, ça aura fait l'objet de nombreuses blagues ! On repart finalement de ce concert contents, certes ce n'était pas le meilleur concert du fest, mais on pourra dire qu'on a vu BLACK SABBATH, et que c'était pas mal ! Hé, mais attendez, il reste un concert avant la fin !

 

Le dernier concert du Hellfest a toujours une ambiance particulière, un je ne sais quoi d'à la fois nostalgique et électrisant, comme une dernière communion entre métalleux de tous les pays avant de se dire à l'année prochaine et retourner à nos vies normales. L'an dernier, cette communion a pris la forme d'une cérémonie impie célébrée sous la pleine lune par GHOST. Cette année, c'est dans la folie furieuse de la Warzone qu'elle a eu lieu, menée par des TURBONEGRO gonflés à bloc et prêts à faire danser un public déchaîné ! Pour un groupe dont j'ignorais l'existence il y a deux ans (hérétique, je sais...) je suis impressionné par le statut culte qu'ils ont et par l'incroyable soutien non seulement de la Turbojugend, très présente cette année, mais aussi du public tout entier venu hurler au son de leur punk-rock vicelard des "I Got Erection!" à réveiller tout le département Loire-Atlantique ! Le tout bien sûr sous les tirs d'un canon en forme de pénis cracheur de confettis pour bien achever l'ambiance festive sans limites de cette fin de fest ! C'est sous une ovation générale que le groupe quitte la scène et souhaite une bonne nuit à un public électrisé qui n'aura plus qu'à combattre la tristesse de départ à grands coups de houblon et de joutes de caddies jusqu'au petit matin, où des gueules de déterrés reprendront péniblement la route de la maison. Même un mois après, alors que j'écris ces lignes, je me sens encore nostalgique. Je crois qu'il est grand temps de conclure ce report avant de me mettre à chialer !

 

L'événement fut donc cette année à la hauteur de ce qui était promis, avec l'affiche la plus épique de l'histoire du festival qui nous a offerts des concerts d'anthologie. Ce ne fut cependant pas la meilleure édition, la faute à une surestimation des capacités du site par rapport à la jauge qui ont entraîné des erreurs de logistique diverses (sécu dépassée, points d'eau en panne, camping et site surpeuplés...) et à des choix malheureux (bondieuserie de passerelle !!) qui, sans aller jusqu'à gâcher le plaisir, auront légèrement assombri l'expérience. Il est plus difficile de profiter d'un fest quand on doit chercher ses potes à l'autre bout du camping et quand on se marche dessus devant les têtes d'affiche. Néanmoins, l'ambiance Hellfest était toujours au rendez-vous pour faire de cet événement un incontournable pour les métalleux en vacances ! Merci Hellfest pour cette affiche de folie, et... à l'année prochaine ?

 

BrocasHelm

 

Merci à Ozirith.com pour les photos !

 
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