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MOTOCULTOR le 16,17,18 Août à Saint-Nolff (56)

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Parfois considéré comme le petit frère du HELLFEST, le MOTOCULTOR gagne petit à petit en popularité, ce qui lui a permis cette année de s'implanter sur le site de Kerboulard, un terrain spécialement conçu pour l'organisation de festivals. Ce sera peut-être la fin des années d'errance et des nombreuses difficultés que ce festival a surmontées depuis sa création en 2007 (voir à ce sujet l'interview d'Yves Tattevin, membre de l'orga).

Puisque l'on parle de difficultés, abordons tout de suite les questions pratiques, en commençant par les quelques couacs qui ont entaché le week-end. Les collectionneurs ont regretté le retour aux bracelets en papier cette année, apparemment pour des raisons budgétaires. La distribution d'un programme officiel périmé de plusieurs mois aura semé une certaine confusion, d'autant que le running-order a encore été (légèrement) modifié à l'improviste dès le vendredi. On s'étonne également de la vente de deux tickets différents pour la restauration et les boissons, qui a sûrement une bonne raison, mais qui a été vue par les festivaliers comme une complication peu nécessaire. Passant ces détails, c'est surtout la non-possibilité pour les détenteurs de pass une journée de quitter le site qui aura provoqué le plus de grogne sur les réseaux sociaux, et d'après des témoignages, dissuadé beaucoup de venir. Espérons qu'à l'avenir le festival s'alignera sur le HELLFEST sur ce point-là pour le confort de son public.

Au-delà de ces points noirs, l'évènement se professionnalise de plus en plus, et cette édition représente un grand pas en avant par rapport à 2012: bénévoles mieux organisés, sécurité plus rigoureuse, installations sanitaires de bien meilleure qualité, tout a été mis en oeuvre pour bien accueillir les festivaliers. L'espace concerts s'est agrandi cette année et accueille un espace marché plus étendu et avec un grand choix d'articles. Tous les points positifs des éditions précédentes qui font la force du MOTOCULTOR se retrouvent également cette année: un événement à taille humaine, une ambiance conviviale, un esprit très porté sur l'auto-dérision, et une bonne qualité sonore. Malgré les défauts listés plus haut, tout était donc réuni pour que le week-end se déroule bien. Allons maintenant voir ce qu'il s'est passé sur les deux scènes, la Dave MuStage et la Suppositor Stage !

 

Vendredi 16 août


L'ouverture revient aux STICKY BOYS, formation française de hard rock festif dont les compos évoquent le Sunset Strip des années 80. On ne s'étonnerait pas, à ce moment-là, de trinquer avec Vince Neil ou de croiser Bret Michaels en décapotable. Un concert dont je ne profiterai malheureusement que de loin, bloqué dans la file d'attente à l'entrée, mais qui met déjà de bonne humeur pour la suite, malgré les discours un peu trop fréquents du chanteur qui cassent le rythme.

C'est ensuite aux Bretons de BELENOS de changer totalement d'atmosphère et de nous emmener dans de froides forêts avec un black/pagan celtique alternant entre attaque frontale à coups de trémolos et de double pédale et longs choeurs aériens, tels des incantations druidiques, pour un ensemble très prenant.

Une petite pause avant de revenir à 16h pour constater le bazar monstre que mettra ANGELUS APATRIDA. On sait à quel point le "thrash revival" a le vent en poupe ces dernières années, et les Espagnols ne vont pas nous contredire avec leur son à base de riffs bourrins, de solos explosifs et de bonne humeur digne des vétérans de la Bay Area tels qu'EXODUS ou DEATH ANGEL. Le public ne s'y trompera pas et honorera le groupe de walls of death et de mosh pits à n'en plus finir.

SVART CROWN enchaîne pour ne pas faire retomber la poussière si vite, mais si beaucoup de festivaliers ont apprécié ce groupe français, je n'ai personnellement pas adhéré à leur brutal death un brin monotone.

Même constat pour ENDSTILLE, qui a misé gros sur l'ambiance avec maquillage, clous, vêtements ensanglantés et attitude glaciale, mais dont la setlist manquait de variété, rendant le concert répétitif à partir du troisième morceau.

Il est 19h25 quand l'un des groupes très attendus du week-end, CRUCIFIED BARBARA, monte sur scène. Acclamées et visiblement ravies de jouer au "Motoculture" (sic), les quatre charmantes Suédoises vont, en une heure, prouver qu'elles sont les dignes héritières de GIRLSCHOOL en balançant un heavy délicieusement rétro, rebelle et fort en gueule, se payant même le luxe d'une reprise réussie de "Killed By Death" de MOTÖRHEAD. Un show qui remporte l'approbation générale et qui comptera sans aucun doutes parmi les moments forts du week-end.

Tout comme BELENOS nous avait fait voyager sur les terres des druides, ENSLAVED nous entraîne cette fois-ci dans le Nord glacial avec un show inspiré et solennel, malgré une tendance à s'essouffler sur la fin: les derniers morceaux de la setlist, revenant sur leurs débuts black métal, se sont révélés moins prenants que le reste.

La soirée s'annonce folklorique, puisque les Gaulois d'ELUVEITIE succèdent immédiatement aux Vikings d'ENSLAVED. Un show à l'énergie très communicative, les circle pits et farandoles s'enchaînant à n'en plus finir dans le public où il fait vite très chaud malgré la nuit tombée ! La voix du chanteur est assez surprenante, un timbre plutôt hardcore qui ne s'accorde peut-être pas très bien avec le son pagan du groupe. On regrettera que la chanteuse n'ait pas été plus mise en avant. Au final, de l'énergie à revendre et des reprises de chants populaires bretons ont donné un show agréable mais sans grandes surprises pour les connaisseurs du groupe.

Les fans de DEVILDRIVER ne semblent pas connaître la fatigue qui me prend à cette heure de la nuit tant le concert aura été brutal sur les premiers rangs. Tellement brutal, en fait, que Dez Fafara se sentira obligé d'interrompre le show en plein milieu pour rappeler à l'ordre certains festivaliers trop violents. Comme quoi, on peut être le frontman d'un groupe de death/groove bourrin et sans concessions, et se soucier quand même de ses fans. La grande classe.

 

Samedi 17 août

La journée commence pour moi avec EXCREMENTORY GRINDFUCKERS. Ce groupe allemand de grindcore parodique délivre une performance totalement barrée, sautant joyeusement à deux pieds dans tous les clichés du genre et créant une atmosphère décalée, comme l'avait fait par exemple le rappeur MC CIRCULAIRE en 2011. Chaque édition a au moins un groupe pour représenter "l'esprit Motocultor", misant tout sur l'humour potache, et les Allemands ont très bien rempli ce rôle cette année, finissant leur set par une reprise très personnelle du "Final Countdown" de EUROPE, sobrement intitulée... "The Final Grinddown".

Une après-midi lourde et une programmation pas vraiment de mon goût ont fait que je ne suis retourné sur l'aire des concerts qu'en soirée. Il est 20h quand arrive THE EXPLOITED. Annulés l'an dernier, les punks font leur séance de rattrapage et se démènent comme des beaux diables sur scène malgré la pluie qui s'abattra par intermittences tout le long du concert. La chevelure toujours aussi flamboyante, Wattie Buchan fait bouger les festivaliers mouillés à coups de "Fuck the U.S.A." et autres hymnes fédératrices, très peu subtiles, mais toujours très efficaces.

Avec son chanteur à la prestance biblique et ses danseuses, ORPHANED LAND aura fait sensation. Venant tout droit d'Israël, ce groupe propose sûrement l'un des sons les plus originaux de ces dernières années, mélangeant du death/doom avec des influences folk orientales très présentes et ensorcelantes. Une vraie bouffée d'air frais et un groupe à découvrir pour ceux qui cherchent des nouveautés.

Retour maintenant au joyeux bordel décalé avec cette fois des gars de chez nous: BANANE METALIK, formation dite de "gore'n roll", comprenez par là un rockabilly déjanté aux textes chargés de clichés de cinéma d'horreur, dans la droite lignée de MAD SIN, version Cocorico. La fête bat son plein sur le devant de scène, même si, comme avec DEVILDRIVER, quelques débordements pousseront le groupe à couper la musique quelques minutes pour calmer le jeu.

Tête d'affiche du festival, ANNIHILATOR débarque à minuit pour envoyer son speed/thrash redoutable. La setlist est plus ou moins semblable à celle du Wacken, avec ajout d'un morceau, "Ultra-Motion". Les autres morceaux comprennent "No Way Out" et "Smear Campaign", deux extraits de leur dernier album "Feast", et une majorité de classiques de leur quatre premiers albums, avec "Fun Palace", "King Of The Kill", "Alison Hell"... le tout pour un show d'une heure, toujours très efficace, mais sans grande surprise par rapport à leur concert du Wacken.

 

Dimanche 18 août

C'est à midi, sous un soleil pesant, que monte sur scène REGARDE LES HOMMES TOMBER, une formation française qui distille une atmosphère lourde en associant la noirceur et la violence du black métal avec la lenteur et l'intensité du sludge. Le résultat est saisissant pour qui aime les groupes à ambiance, mais peut-être pas vraiment adapté à un festival plein air.

Je pensais plaisanter sur la non-venue de EYEHATEGOD, mais compte tenu des récents événements, je m'abstiendrai. Je dirai donc simplement qu'un membre de l'orga nous informe juste avant le concert de JUMPING JACK qu'en raison d'une erreur sur leur planning de tournée, EYEHATEGOD n'a pas pu rejoindre Saint-Nolff, et annule donc sa prestation. Condoléances aux proches du batteur Joey LaCaze, décédé le 23 août.

Les Nantais de JUMPING JACK arrivent alors sur scène, avec un rock stoner ensoleillé sentant bon les chemises à carreaux, les semi-remorques et le Jack Daniels. Il est clair que ce groupe de chez nous a très bien réussi à reproduire un son de l'Amérique profonde, le résultat est bluffant. Ayant un peu plus de temps que prévu, ils s'offrent une petite reprise des DOORS pour appuyer encore plus le côté "classic rock", mais cette initiative sera entachée par quelques problèmes techniques.

Reformé cette année pour une tournée exceptionnelle, le groupe français THE OLD DEAD TREE investit la scène. Leur musique est particulière, un son death/doom progressif aux accents gothiques. Je n'ai malheureusement pas adhéré tant que ça à leurs longues compos au rythme délibérément lent.

Retour sur le site des concerts à 20h pour les très attendus MOONSPELL. Leur death mélodique ténébreux fait mouche alors que le soleil se couche, et un courant d'air froid semble parcourir le site. Parcourant leur large discographie, de "Wolfheart" à "Night Eternal", le groupe nous offre une ambiance lourde et vampirique qui conquiert les festivaliers.

Ceux-ci se montreront bien moins conquis par la tête d'affiche, THERION. Passant après EXODUS et DYING FETUS (que je n'ai pu voir), le groupe peine à maintenir l'intérêt d'un public fatigué, et le site se vide à vue d'oeil. Dommage, car même si le spectacle était plutôt minimaliste, limitations techniques obligent, leurs compos heavy atmosphériques de haute volée, servies par pas moins de trois voix (une masculine, deux féminines) valaient le détour et se prêtaient tout à fait à l'ambiance nocturne de la clôture du festival. Pour ceux qui sont restés devant, quelques surprises sont venues s'ajouter au show, comme une farandole que l'une des chanteuses n'a pas manqué de remarquer, ou une reprise de "Poupée de cire, poupée de son", issue des "Fleurs du Mal", leur album de reprises de chansons françaises.

Ainsi s'achève donc cette sixième édition du Motocultor avec un bilan globalement positif, même si beaucoup de chemin reste à faire pour corriger tous les défauts et professionnaliser le festival. À l'heure où j'écris ces lignes, l'avenir du festival est encore incertain, la commune de Saint-Nolff n'ayant pas encore donné son accord pour l'édition 2014. Reste à espérer que l'orga saura se faire adopter par les nolfféens pour acquérir enfin une stabilité qui lui permettra de pérenniser et développer ce festival au fort potentiel.


BrocasHelm

 

 
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