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Kaosguards

 

MICHAEL WEIKATH (Helloween) le 03/05/2013

MICHAEL WEIKATHNous avons rencontré Michael Weikath de HELLOWEEN à l'occasion de leur passage à Paris le 8 avril dernier. Loquace malgré une fatigue évidente, le guitariste nous livre une interview très personnelle où il évoque son rapport aux fans de métal, à la France, sa supposée rivalité avec GAMMA RAY, et sa vision de la société moderne dont il déplore le pessimisme.

 

 

 

 

1- Bienvenue Michael, et merci d'avoir accepté cette interview pour Kaosguards ! Comment ça va ce soir ?

Je ne sais pas vraiment, je suis arrivé et tout à coup j'ai ressenti une grande fatigue. C'était en début d'après-midi, je ne sais pas pourquoi, j'avais tout ce qu'il me fallait, j'ai pris une bonne omelette, un Coca, plusieurs cafés, puis je me suis reposé dans le bus, mais avant tout j'ai fait le tour des lieux. C'est une salle culte, en quelques sortes. Ça me fait très plaisir de la voir, d'y être, et je pense que c'est un bon endroit pour donner un concert.

 

2- C'est l'une des plus anciennes salles de concert à Paris.

C'est ce que j'ai entendu, oui. Et il me semble aussi que l'album de DEEP PURPLE "Live at the Olympia" a été enregistré ici.

 

3- Qu'est-ce que ça fait de jouer dans cette salle ?

Nous avons fait le soundcheck tout à l'heure, et ça a l'air vraiment pas mal. Ça me rappelle les salles de concert anglaises que vous avez, enfin je veux dire, qu'ils ont en Angleterre et en Ecosse. Partout là-bas on trouve ces salles de style ancien, c'est un peu du même genre. Et je pense que c'est un très bon endroit pour se représenter dans une ville comme Paris. Avec la musique qu'on fait, et le... le niveau d'expertise, je dirais, qu'on a à jouer dans un groupe depuis des décennies, à faire des tournées dans des camions comme celui-ci (nous nous trouvons dans l'aire de chargement, près des camions de tournée, NdlR), on est toujours heureux d'arriver dans un endroit comme ici. Et au niveau du son, et bien nous pourrions pousser un peu plus fort, mais... il ne vaut mieux pas, parce qu'on ne sait jamais ce qui peut se passer, mais le son est très bon, et on a toujours un très bon feeling à jouer dans une salle comme celle-là.

 

4- Quel genre de public est le public français ?

Et bien ça dépend, parce que les dernières fois que nous avons joué à l'Elysée-Montmartre, il y avait des vieux, des jeunes, des filles, des gars, et je dirais que c'était plutôt un public métal. Des gens vraiment sympas, qui ne représentent pas nécessairement les fans français en général. C'est peut-être juste la façon dont on vit ce genre de musique ici, mais la première fois que nous sommes venus, nous avons joué à La Locomotive, et c'était un public plutôt punk et thrash, et alors qu'on était sur des morceaux rapides, ils se sont mis à pogoter et à se taper dessus. C'était étrange parce que je n'ai peut-être croisé le regard que d'une ou deux personnes pendant ce concert, notre premier concert en France, et tous les autres étaient occupés à se taper dessus et à faire les fous, et on a même eu du sang sur la scène. C'était assez brutal et je pense que c'est vraiment un tout autre public.

 

5- Les fans de thrash peuvent être un peu brutaux...

Oui, peut-être, mais c'est leur façon de s'exprimer. On jouait sur un genre que peut-être ce type de public ne comprenait pas. On savait ce qu'ils voulaient, mais on voulait exprimer quelque chose de différent avec notre musique. Et ça, quelque part, c'était étrange, parce qu'il y a eu d'autres fois, pendant qu'on jouait... des fois quand tu joues quelque chose de rapide, les gens ne comprennent pas, ou ils n'aiment pas la mélodie que tu fais, ou la composition, ou peut-être qu'ils veulent quelque chose de moins mélodique. Et bien ce sont des moments comme ça qui te font réfléchir à ce que tu fais, et c'est ce qui est arrivé avec les albums "Keeper of the Seven Keys". Je me rappelle encore quand nous sommes venus avec le premier "Keeper", j'avais un vinyle sous le bras que nous avons joué à des journalistes, parce que comme il n'y avait pas de cassettes et que la promotion avait été un peu bâclée, certaines équipes de rédaction n'avaient jamais entendu l'album avant. Donc on a lancé l'écoute, et je me souviens de deux types, qui se moquaient tout le long, et qui y allaient de leurs commentaires du genre: "Ils ont tourné commercial, c'est de la merde !" Quand un morceau rapide arrivait, ils écoutaient attentivement, et quand on passait à quelque chose comme "Future World", ils le descendaient. Et j'avais compris un peu de leur français parce que j'avais étudié cette langue à l'école, avec un peu d'espagnol aussi, et j'ai dû comprendre environ un dixième de ce qu'ils disaient, et c'était du genre: "C'est pas bien, ils doivent revenir à ce qu'ils faisaient avant..." ou "Musique de lopettes", ou des choses comme ça. C'était assez bizarre aussi. Mais c'était juste ces deux types, à-côté il y avait un autre type qui m'a dit qu'il était un grand fan de QUEENSRYCHE et qu'il avait beaucoup aimé le premier "Keeper".

Et puis quand Deris a rejoint le groupe, on est venus jouer dans une salle dont je ne me rappelle plus le nom, un minuscule club dans une zone résidentielle, près d'un centre commercial. On y a joué pour "Master of the Rings", et on a tout de suite su que quelque chose n'allait pas. On remercie encore les quelques 300 fans qui étaient là, mais peut-être que la programmation n'avait pas été bien faite, peut-être que l'annonce du concert avait été faite trop tard. Le booking est passé par une agence, ils ont peut-être regardé les chartes et comparé les offres, toujours est-il qu'on s'est retrouvés à jouer là-bas. Et c'était bizarre, d'arriver là après les shows qu'on avait fait avec l'ancien line-up. Peut-être a-t-il fallu beaucoup de temps pour accepter le changement...

Et, tu sais, la France est un très grand pays, et les goûts musicaux ici sont très variés. J'ai toujours suivi les artistes français à la télé, et j'ai toujours été un fan de la chanson française des années 60 et 70. La France était vraiment dominante à l'époque en Europe, en matière d'écriture musicale. Aujourd'hui, dans les médias allemands, on entend rarement parler des grands artistes d'ici, je ne sais pas pourquoi. Je pense qu'ils font toujours de très bons disques. Par exemple, je viens de m'offrir les plus récents Salvatore Adamo, qui est très intéressant parce que, pour ce qui est de l'écriture, ce type a toujours quelque chose. Il a fait d'excellents disques qui ne sont pas du heavy métal, mais qui montrent une très bonne écriture. Donc bien sûr il y a de grands groupes et de petits groupes, et puis vous avez aussi une communauté métal très variée, comme les thrasheux, on ceux qui sont plutôt EUROPE et BON JOVI, ou encore les fans de HELLOWEEN et GAMMA RAY. Je ne sais pas dans quelle mesure ces communautés s'étendent ou déclinent, ou restent telles quelles, parce qu'on ne me dit rien. Je n'ai pas beaucoup de fans français qui m'écrivent et me disent ce qui se passe par ici.

 

6- Ce que tu as dit à propos de la réaction de ces deux types sur le premier "Keeper", qu'ils ont aimé les morceaux rapides et rejeté les morceaux comme "Future World"; c'est intéressant parce que, tout au long de votre carrière, vous avez essayé beaucoup de choses différentes, et toujours voulu surprendre vos fans. Je pense par exemple à l'un de mes morceaux préférés, "Mrs God" (de "Keeper of the Seven Keys: The Legacy", NdlR)...

Qui aurait pu facilement être mal interprété par ces deux types.

 

7- C'est ce que je crois aussi. Ce qui est marquant, c'est que malgré cet aspect expérimental, vous êtes toujours considérés comme le groupe pionnier du power métal. Quel est ton sentiment par rapport à l'étiquette "power métal" ?

Je sais que les autres membres du groupe ont une opinion là-dessus. Même Kai Hansen a une opinion personnelle, il a dit: "On fait quelque chose, si tu veux coller l'étiquette power métal dessus, peu importe." Le groupe de power métal typique donne plus dans le "vrai" métal, genre MANOWAR, qui parle beaucoup de "faux" métal, et nous on fait un mélange de vrai et de faux métal. En tant que groupe, on a une certaine amplitude musicale, instrumentale, que l'on peut utiliser, et c'est une chance. Autrement, ce serait plutôt redondant de toujours faire la même chose. Et tu ne peux pas vraiment évoluer si tu ne peux pas tenter quelque chose comme par exemple "Mrs God". Il y a toujours un côté pop commercial là-dedans que nous avons voulu préserver avec l'arrivée de Deris. Il nous semblait évident que l'ancien HELLOWEEN ne fonctionnait plus, il a fallu changer, et... Deris est arrivé, et il est aussi connu pour son travail avec PINK CREAM 69, donc bien sûr il avait quelques compos rock commerciales que je voulais incorporer dans HELLOWEEN, parce que j'aimais son écriture. Et peut-être qu'il a fallu du temps aux fans les plus stricts pour comprendre. Ce n'est pas que nous voulions apprendre aux gens ce qu'ils doivent écouter ou accepter, je pense qu'il ne faut pas faire ça, il faut voir ça comme une interaction entre ce que tu fais, ce que tu présentes, et ce qu'ils aiment. Mais il faut faire attention à ce que tu fais et comment tu le fais, et c'est pour ça que nous sommes revenus à... bien, en gros, un groupe de rock, heavy métal, power métal, tout ça va ensemble et les gens ne nous condamnent pas comme traîtres au métal ou quoi que ce soit. Quand le mini-album est sorti ("Helloween", sorti en 1985, NdlR), des fans de death métal d'Hambourg nous ont traités de traîtres. Ils étaient très déçus, car ils pensaient que nous allions faire du death métal, et le mini-album était déjà trop ringard pour eux. Et puis concernant "Walls of Jericho", certains nous ont dit: "Je ne veux vraiment pas en parler, vous nous avez tous trahis."

 

8- Penses-tu que les fans de métal en général sont fermés ?

Non, il y a ceux qui sont fermés et ceux qui ne le sont pas. J'ai déjà parlé des différentes communautés dans le milieu, et... quoi qu'il en soit, je comprends ces gens aussi, parce que j'ai été comme eux. Quand "Long Live Rock'n Roll" de RAINBOW est sorti, j'ai dit à tous mes amis que cet album n'était pas assez heavy, que c'était trop commercial, qu'il y avait trop de passages romantiques, que la guitare ne sonnait pas du tout heavy, que c'était trop doux. Et donc il y avait une époque où je n'aimais pas "Long Live Rock'n Roll" de RAINBOW. Mais ça m'a pris du temps et, au fil des semaines et des mois, j'ai vu la valeur de cet album, et l'énorme impact qu'il a eu, et maintenant c'est un classique de RAINBOW. Si je les comparais avec nous, cet album serait "Keeper of the Seven Keys", et "Rising" serait "Walls of Jericho". Et parce que j'ai grandi avec "Rising", "Long Live Rock'n Roll" m'a semblé comme un pas vers le commercial, et ensuite ils ont sorti "Difficult to Cure" où ils voulaient ressembler à FOREIGNER, parce qu'ils voulaient suivre le succès du premier album de FOREIGNER. Et j'ai l'impression que quand le guitariste de SPOOKY TOOTH a fondé FOREIGNER et sorti un premier album, très pop, qui est devenu un hit, peut-être que Blackmore a voulu suivre, parce qu'il ne voyait pas l'intérêt de rester avec DEEP PURPLE quand tout à coup ce groupe sort de nulle part et a un succès immense. Il s'est peut-être dit, "Mais moi aussi je veux le faire !" Je ne sais pas, mais à-côté il y a toujours la signature d'un artiste, qui ne peut jamais échapper à son art. Et c'est valable pour nous aussi. On ne peut pas partir pour aller essayer des compos à la SHAKIRA avec Deris qui chanterait "Wherever, Whenever", je ne pense pas que ça fonctionne. Là je comprendrais les fans de heavy métal fermés d'esprit qui nous diraient que là nous sommes allés trop loin.

 

9- Donc vous pouvez essayer des choses, mais pas pour autant changer complètement de style ?

Même si je pense que l'on pourrait, je ne crois pas que ce soit la bonne chose à faire.

 

10- Parlons maintenant de votre nouvel album, "Straight Out of Hell". Vous êtes en tournée depuis environ un mois maintenant, quel a été l'accueil des fans pour ce nouvel album ?

Plutôt bon, je pense. Il faut garder en tête qu'il y a d'autres groupes qui veulent donner des concerts, et il n'y a pas beaucoup de fans qui viennent les voir, soit parce qu'ils ont fait un album moins bon que ce que les fans espéraient, ou alors les fans veulent économiser pour quand JUDAS PRIEST ou HELLOWEEN viendra. C'est possible, tout le monde n'a pas l'argent pour aller tous les groupes qu'ils aiment. Ce que je pense, et ce que j'espère, c'est que "Straight Out of Hell" a satisfait beaucoup de nos fans, et c'est pour ça qu'ils viennent. Tu sais, quand tu annonces un concert et que tu vois les ventes, et ensuite tu arrives et tu joues, et tu vois que même si les temps sont durs, il y a tellement de gens présents, et bien là tu peux dire que ça a marché, que ça a été un succès. Tout le monde avait l'air content. On ne peut jamais savoir si les gens sont vraiment contents ou pas, mais ils en avaient l'air, et on a eu de bons retours après. On a joué dans des endroits où il faisait vraiment froid, et il y avait des fans qui nous attendaient, alors j'essayais d'y aller, signer des autographes et poser pour des photos, même si je ressemblais à un Schtroumpf avec mon bonnet de laine et tout. Mais j'y allais quand même, signer des autographes et faire des photos, tant que je pouvais. Parfois ce n'est pas possible, parce qu'il fait -14°C et tu te dis qu'ils attendent depuis des heures dans le froid, pour un autographe et des photos... on essaye d'éviter le contact avec des gens qui pourraient avoir des maladies, parce que comme tu le sais on a un planning de tournée très strict, et on a dû annuler le concert à Istanbul parce qu'Andi Deris et Kai Hansen avaient tous les deux attrapé la même infection de la gorge. On a dû faire une pause pour pouvoir faire le concert de Sofia, parce que Deris a consulté un médecin en Turquie qui lui a déconseillé de chanter ou même de parler dans son état. Que s'il voulait chanter il devrait attendre au moins une semaine, et donc on a annulé Istanbul, et voilà, ce sont des choses qui arrivent. D'habitude, je fais toujours très attention à ne pas m'exposer au froid ou aux maladies, et c'est dur parce que les gens peuvent facilement avoir un rhume, vu qu'ils sont restés dans le froid pendant des heures pour un autographe ; sauf ceux qui ont une pile de CD et dans ce cas c'est trente autographes. Et donc j'essaie de leur faire plaisir autant que possible, et ils m'ont dit "Super concert, super setlist, on a adoré !" Et des fois "Pourquoi vous n'avez pas joué celle-ci ou celle-là ?" mais dans l'ensemble tout le monde avait l'air vraiment content. Et on a un très bon ingé son, un très bon ingé lumières, donc quand on joue bien, on joue bien. On a un manager de tournée qui n'hésite pas à venir nous voir après un concert pour nous dire qu'on a fait de la merde ce soir, mais ça n'est pas arrivé depuis un bon moment. Et donc je crois qu'il est satisfait aussi, parce qu'il est toujours vigilant, il a envie de nous dire que c'était très bon, que le show était formidable, mais il ne le dit jamais pour nous faire plaisir. Il ne le dirait pas si ce n'était pas le cas.

 

11- Pour revenir à l'album, on a déjà dû vous dire que "Straight Out of Hell" était considéré comme plus joyeux que "7 Sinners"...

Ou moins négatif, moins mélancolique, plus positif.

 

12- Je ressens également cet album comme un retour au speed métal des années 80, alors que "7 Sinners" était beaucoup plus lourd...

Absolument.

 

13- C'était la direction que vous vouliez prendre ?

Dans un sens, oui, en fait c'était une idée de notre producteur (Charlie Bauerfeind, NdlR). Il faut voir dans quel contexte l'album s'est fait, il y avait toutes ces rumeurs sur la fin du monde le 21 décembre, comme quoi une planète allait nous percuter ou quelque chose comme ça, donc on a pris le titre "Straight Out of Hell", et il devait y avoir entre parenthèses ou entre guillemets, "We Survived 2012". On a finalement coupé la dernière partie, mais c'était l'idée derrière "Straight Out of Hell", parce que si le monde avait pris fin, l'album ne serait sans doute pas sorti. Si deux ou trois choses étaient restées intactes après une collision planétaire, je ne pense vraiment pas qu'il reste des distributeurs pour sortir le CD et permettre aux gens de l'écouter. Donc en ce sens, on a, si on veut, survécu à l'enfer. On est sortis de l'enfer.

Et il y avait cette notion que tout cela aurait pu arriver, parce que les médias l'ont propagé d'une manière incroyable. De toutes les alertes aux catastrophes c'était la plus crédible et la plus intriguante, parce qu'on ne savait pas ce qui allait arriver, à part que les gouvernements américains et russes nous déclaraient tous deux que rien n'allait arriver, gardez votre calme s'il vous plaît, on vous dit que rien ne se passera. Ce fut l'un de ces moments dans le temps que je prends de manière positive, parce que c'est un moment où les Américains et les Russes étaient sur la même longueur d'ondes.

Et à partir de cette idée, notre producteur ne ressentait pas l'envie de faire quelque chose de sombre et de mélancolique, il voulait être positif, aussi parce qu'il avait été impliqué dans quelques productions, avec d'autres groupes ou labels, qui lui demandaient des choses sombres et sérieuses, et peut-être qu'il en a eu assez, quand il nous a dit: "Vous savez, je n'ai pas envie de faire de ça en ce moment, je veux produire quelque chose de positif, qui reviendrait aux vieilles valeurs de HELLOWEEN, une grosse production, des choeurs, une instrumentation avec un super son..." et c'est ce qu'on a fait. Et tout le monde s'est dit la même chose, qu'on allait contre le courant. C'était une époque où l'espoir, et les sentiments s'éteignaient, c'était déjà tellement sombre ! Tout le monde pensait qu'à un moment, le 21... moi-même j'ai attendu que quelque chose se passe ce soir-là. Et ça a gâché les espoirs de tellement de gens quant à leurs vies, leur avenir, parce que certains croyaient réellement que quelque chose allait se produire. Du coup, la prochaine fois que j'entends une prédiction sur la fin du monde, je n'y croirai pas. Parce que cette fois-là ça paraissait tellement plausible, qu'il fallait quand même lui accorder un minimum de mérite, on ne savait pas quoi penser, et aussi, ce que je me demande, qui a lancé ça ? Et comment cela s'est-il propagé sur le Net ? Ça a été implanté dans l'esprit des gens, et en fait c'était l'extrême inverse d'un message heureux, divin ou quelque chose comme ça. Et ça se mélangeait avec ce qu'on peut lire dans la Bible. On dit que tout est écrit dans la Bible, le retour du Christ, tout ça, et si quelque chose s'était produit, ça aurait peut-être été ça.

 

14- Dirais-tu que le message que vous voulez transmettre avec cet album serait d'arrêter de croire aux catastrophes comme ça et d'être optimiste ?

Oui. On était arrivés à un point où nous n'avions pas envie de suivre cette tendance générale à être négatif. On a fait quelques albums plus méchants, comme "7 Sinners", parce qu'à ce moment-là on en avait envie. On venait de faire "Unarmed", et quelques personnes n'ont pas été très satisfaites de ce disque parce que c'était clairement l'un de ces changements créatifs que les fans de heavy métal les plus étroits d'esprit n'allaient pas vraiment apprécier. On a voulu aller à l'encontre de ça avec "7 Sinners", et avec "Straight Out of Hell", on voulait aller à l'encontre de cette idée de fin du monde et de ce désespoir général. Il n'y a que peu d'espoir que l'on peut donner ou prendre aux gens. Avec "7 Sinners" nous n'avons pas pris d'espoir, on voulait juste se moquer des films du style de Saw. Donc on a pris quelques photos cruelles qui pouvaient être mal comprises, et mal interprétées, mais c'était seulement pour s'amuser. On a peut-être été un peu loin, et peut-être que des parents se sont dits qu'avec ces images dans la pochette, ils n'allaient pas autoriser leurs enfants de dix ans à acheter le CD, pour ne pas qu'ils voient de telles images. Et, je crois que parfois on a une réputation à tenir, on peut casser cette réputation et choquer les gens, mais on a toujours une responsabilité, une limite à ne pas dépasser. Et donc avec "7 Sinners" et les images qu'il contenait, on était peut-être à la limite. Tu pourrais te dire, mais qu'est-ce qui leur prend ? Je veux dire, RAMMSTEIN est plus méchant, plus dangereux, que nous avec nos quelques photos, mais je peux comprendre les parents qui interdiraient à leurs enfants d'acheter l'album.

 

15- Vous avez eu des ennuis avec la censure ?

Non, je n'ai pas de problème avec la censure, parce qu'il y a beaucoup de pays où la censure existe, par exemple en Corée du Sud, et même en Allemagne on a eu beaucoup de censure après la guerre, quand il y avait les trois zones d'influence sur Berlin et tout ça. Il y avait les Américains, les Anglais et les Français, qui essayaient de contrôler ce qui se passait en Allemagne, donc il y a eu une forme de censure jusqu'en 1990. Tout a été reconsidéré quand le Mur de Berlin est tombé, et après l'unification de l'Allemagne certaines choses ont été retirées de la loi martiale qui était en fait en vigueur jusque récemment. Et puis il y avait le problème des chaînes de télé privées et jusqu'où elles pouvaient aller, parce que les trois zones d'influence n'autorisaient pas officiellement les chaînes de télé et les stations de radio privées, il y avait des vides juridiques, et donc il devait y avoir des changements dans la Constitution – qui en fait n'existe pas. Parce que la Grundgesetz, en Allemagne, est plutôt... un ensemble statique de lois mises en place après la guerre pour faire office de Constitution. Donc ce n'est pas très clair et tout n'est pas pris en compte. Il nous manque une nouvelle Constitution pour toute l'Allemagne sur le modèle de ce que vous avez en France. Avant, nous n'avions rien de cela, parce qu'avant nous avions les rois, le clergé, le Saint Empire Romain de la Nation Allemande, avec l'Empereur et les gens comme ça. Et puis il y a eu la République de Weimar, et les lois de la République de Weimar n'ont pas su empêcher l'arrivée au pouvoir d'Hitler. Donc ce que vous avez dans votre Constitution peut vous protéger contre les choses comme ça. Sans une bonne Constitution, quelqu'un peut exploiter les vides et ériger des choses dont vous ne voulez pas. Comme un Premier Ministre avec une petite amie de quinze ans par exemple, c'est drôle, ça fait rire les gens, il y a une vidéo sur YouTube et tout le monde se marre. Ou il pourrait se déclarer Poutine II. Ça s'est fait dans d'autres pays. Pour l'instant je ne pense pas qu'il y ait de risque, mais parfois je me dis que je suis heureux que rien de plus grave ne se passe sur la scène politique ici. Mais... Cameron est venu après Blair, et qui sera le prochain, que va-t-il faire ? Qui sera le prochain président des Etats Unis, que voudra-t-il ? Qui succédera à Poutine ? Et donc c'est bien d'avoir des lois en place, et c'est même bénéfique à toute l'humanité, parce que si quelqu'un devient dangereux, comme par exemple en Corée du Nord, où il menace tout le monde, et on ne sait jamais s'il faut prendre ça au sérieux ou pas, si c'est juste un jeu de pouvoir, si il y aura des morts, ou si tout va se régler de manière civilisée. Les Français sont connus pour avoir eu très tôt une forme de démocratie, instaurée après la Révolution, et elle a été rendue possible par la violence. Peut-être était-ce nécessaire, comme on nous l'apprend, ou peut-être étaient-ce juste des fans de thrash, on ne sait jamais ! Mais je ne veux pas faire de comparaisons, c'est juste en général. Quand tu me demandes à propos de "Straight Out of Hell", pourquoi il est plus positif, et bien on veut juste réagir à ce qui se passe en ce moment, avec nos sentiments de musiciens, ou avec ce qu'on voudrait voir changer. On souhaite être plus positifs pour l'instant.

 

16- Vous allez jouer avec GAMMA RAY ce soir. Lorsque vous étiez têtes d'affiche au Hellfest 2008, le concert était intitulé "HELLOWEEN VS GAMMA RAY". À l'époque, les gens s'attendaient à voir les deux groupes sur la même scène, à faire un show commun. Penses-tu que cela sera possible à l'avenir ?

Je ne pense pas, parce que ce serait dévier de ce que nous devons faire en tant que groupes. Nous avons chacun nos carrières. Si nous jouons ce genre de jeu, ça ne nous aidera pas pour l'instant, et en fait je ne suis pas sûr que ça marche. En France peut-être, parce que GAMMA RAY a beaucoup plus de fans en France que dans d'autres pays. Et donc ta question n'est pas complètement infondée, mais tu dois comprendre que la situation est différente dans d'autres pays. Tout ça c'est surtout le fruit de rumeurs, en fait ce n'était pas "HELLOWEEN VS GAMMA RAY" mais "HELLOWEEN, invité spécial GAMMA RAY". C'est comme ça qu'on l'a annoncé aux médias, et ils l'ont transformé en cette idée de duel. J'ai entendu des questions, de gens qui demandaient si on allait jouer l'un contre l'autre, et bien non.

 

17- C'est ce que tout le monde pensait à l'époque, qu'il y aurait une sorte de Metal Battle.

Oui, mais tout ça provient des rumeurs et des souhaits, c'est une sorte de résultat d'une démocratie des métalleux. Et c'est très intéressant parce qu'il y a un élan dans ce pays qu'on ne peut pas vraiment suivre de l'extérieur. On ne sait pas vraiment ce qui se passe dans la tête des gens ici, ça va par vagues, et souvent c'est en français. Et personne ne vient ensuite nous dire, "J'ai lu sur les forums français qu'ils parlent d'un duel entre les deux groupes," et du coup tu me poses cette question, et il y avait quelques personnes dans le public la dernière fois qui m'ont dit la même chose, ils s'attendaient à une Metal Battle. À la limite on ferait ça uniquement pour les fans français, parce que dans d'autres pays ils ne voient pas ça comme ça. Tout le monde est satisfait de notre façon de tourner, et voilà. GAMMA RAY ne vend pas autant de disques que nous dans beaucoup de pays, et ici c'est différent, donc il y a quelque chose chez GAMMA RAY que les Français aiment, et il faut garder ça en tête. Il n'y a pas du tout de conflit entre nous, il faut prendre ça à l'humour, et ce concept de duel risque d'être difficile à appliquer dans d'autres pays où ils se demanderaient pourquoi nous faisons ça. Ce serait comme mettre en compétition l'ancien et le nouveau SAVATAGE – enfin ce ne serait plus possible car le guitariste est décédé, mais s'ils prenaient quelqu'un d'utre – ou l'ancien et le nouveau DEEP PURPLE, si Ritchie Blackmore acceptait de le faire. Nous ne voyons pas l'intérêt, nous ne faisons pas de duel. S'ils font un bon show et sont au top, on arrive, on joue notre musique et on fait un bon show aussi, et les fans sont contents. C'est comme ça qu'il faut voir les choses. On a eu la même chose avec STRATOVARIUS, une sorte de duel de groupes, parce qu'il y avait des fans pour dire que STRATOVARIUS était nettement mieux que nous, d'autres qui disaient oui mais HELLOWEEN a l'ambiance, l'écriture, et ils sont à l'origine de la musique que STRATOVARIUS ne fait que copier, bla, bla, bla... Donc on a pensé que ce serait intéressant de faire une tournée commune, et on a passé un très bon moment, ce sont des types très sympas et des musiciens très talentueux. On était pas très sûrs que ça allait le faire à la première rencontre, et eux pensaient la même chose, mais plus tard on a trouvé qu'on avait des personnalités similaires. C'est comme une dimension parallèle, tu as ce groupe et dans l'autre monde tu as ce groupe.

 

18- Tu penses donc qu'on devrait plus se concentrer sur les similitudes plutôt que sur le conflit ?

Oui, l'idée du Battle n'était vraiment pas intentionnelle, ça je te le garantis. Il y a une époque où on ne pouvait pas se voir (avec GAMMA RAY), mais c'était au début. Maintenant, on s'amuse bien ensemble !

 

19- Dernière question, vous êtes sur l'affiche du Hellfest de nouveau cette année. Que penses-tu de ce festival ?

C'est l'un des plus attendus par les fans, j'ai l'impression qu'ils le voient comme quelque chose de très spécial. Et un grand moment à vivre. C'est comme le Graspop ou le Bang Your Head, chaque festival a sa personnalité. J'espère juste que le temps sera au rendez-vous !   

 

BrocasHelm     


 
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