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Kaosguards

 

DREAM FACTORY MUSIC INC le 26/02/2013

DREAM FACTORYInterview réalisée par mail avec Prout co-fondateur de l'association.

On continue notre tour des assos qui se défoncent pour faire vivre le "live"  à grands risques. C'est avec Julien alias Prout (pour les intimes) que nous évoquons les tenants et les aboutissants de ses activités. C'est avec sa lucidité, sa franchise et sa bonne humeur légendaire que nous allons évoquer de nombreux points.

 

1- DREAM FACTORY est une structure qui vient de se créer récemment, mais vous avez une expérience dans le milieu de l’organisation concert il me semble…

PRT : En effet, Dream Factory Music Inc. de son nom complet est l'effort de la réunion des deux représentants des associations Maleifice Propaganda (Zaake) et Favete Linguis (Prout). On a commencé en tant qu'organisateurs de concert amateurs en café concert (le T'es Rock Coco à Angers, on en a fait des folies là-bas). On y a pris goût alors on a décidé de se professionnaliser d'où la création de DF. On est deux potes à la base et vu qu'on avait l'habitude de travailler ensemble chacun sur la date de l'autre, on s'est dit que c'était aussi simple de « fusionner » nos activités. Après tout, à deux, on pèse plus lourd dans la balance. Travailler avec Zaake c'est pas toujours facile parce-que c'est un sale con mais bon, on s'en sort pas trop mal pour le moment. 

Pour répondre clairement à ta question ça fait bien six ans que j'organise des trucs dont certaines dates où j'ai travaillé avec KAOSGUARDS d'ailleurs.

A côté de ça on commence gentiment à faire un peu de booking par-ci par-là mais de manière ponctuelle seulement pour le moment.

 

2- Vous cantonnez-vous aux concerts uniquement métal ?

Pas que. DF est avant tout une association musicale. Bien entendu, on a un background metal,  et j'étais un sale con intolérant comme tous les metaleux de mon jeune âge. Puis j'ai découvert David Guetta et depuis j'ai eu envie de faire de l'electro. 

En vérité je ne suis intéressé que par les orga metal extrême, mais Zaake a proposé de diversifier nos activités et j'ai dit pourquoi pas ? Je m'en fous un peu en fait. 

Pour Zaake ça devient vraiment un boulot à part entière, moi je reste encore dans la zone « fun » donc s’il me propose un bon projet qui peut potentiellement me faire marrer ou nous permettre de ramener un peu de thune dans l’asso, pourquoi pas.

 

3- A l’heure de la crise mondiale, n’est ce pas un peu osé de se lancer dans l’organisation de concert quand on connaît l’état des portefeuilles qui se rétrécissent de plus en plus ?

Tu me lances sur un sujet qui m’agace ah ah. Je vais te donner mon point de vue même si ça dépasse un peu le cadre de la musique.

Perso la crise, j'y crois pas trop. Du moins je ne la vois pas. Depuis que je suis né j'ai rien vu changer par rapport à mon niveau de vie de petit français moyen. C'était plus ou moins la merde, c'est toujours la merde. Quand « la crise » est arrivée, ça a fait un gros boom médiatique mais à part dans la tête des gens rien n'a vraiment changé depuis 2007, année à laquelle j'ai commencé les orga metal « sérieusement » (j'avais fait quelques petites merdes avant) et année à laquelle cette crise s'est annoncée « avérée ». 

Alors oui, on est de plus en plus mal logés (on est de plus en plus nombreux aussi, rapport de cause à effet), oui, y'a de moins en moins de boulot (notre main-d’œuvre de pays riche coûte cher alors on délocalise, et on est de plus en plus nombreux pour des postes de moins en moins disponibles, toujours). 

Enfin crise de quoi ? Crise de croissance ? Ca veut dire que quoiqu'il arrive chaque année on fait mieux que l'année précédente en terme économique mais pas avec la même propension. Bref au final on est en crise que dalle. Ce truc là c'est inventé par les banksters pour nous mettre des plans d’austérité dans la gueule pour qu'ils continuent à se faire encore plus de fric ; qu'ils aillent crever (aller au diable c'est notre créneau). 

L'état a bien appris sa leçon d'histoire et il sait très bien que pour garder son porte-monnaie (nous) comme du bon bétail obéissant et éviter des révoltes, il nous faut juste un toit, de quoi bouffer, un accès aux loisirs (c'est la crise mais on a tous un écran HD 120cm et un iPhone 5, va dire aux pirates somaliens que c'est la crise chez toi) et surtout une bonne dose d'alcool et de drogue pour nous démotiver à vouloir changer le monde. Le tout, c'est de bien présenter son hypocrisie à ces sujets sous couvert de bienséance et c'est dans la poche, les moutons restent à leur place.

 

Je pense que le metal est justement une bonne échappatoire par rapport à cette soi-disant crise, se taper dessus c'est un peu notre manière à nous de faire un gros fukk au FMI. Le monde ne nous aime pas et on lui rend bien, on se bouge le cul de nous-même, sans sub à gogo, sans soutien des grands médias, mais pendant ce temps-là le Hellfest est le deuxième plus grand festival français. Le metal reste de toutes manières une scène de passionnés où chacun est plus ou moins acteur : je ne suis pas sûr que tous les fans de rap soient des rappeurs, par contre je suis sûr que les 3/4 des metaleux sont plus ou moins des zicos, tiennent un label indé, ont un webzine, organisent des machins etc. Bref, ce que je veux dire c'est que tant qu'il y aura des gens pour mettre 40€ dans un bar en une soirée, y'en aura toujours d'autres pour mettre 15€ dans une place de concert. 

 

Clairement je pense qu'il vaut mieux faire des études, travailler son anglais et se tirer dans un pays riche plutôt que de se lancer dans les orga, mais je ne m'en fais pas pour nous. Même si un jour ça devient vraiment la merde, on s'adaptera, comme on l'a toujours fait. Dream Factory c'est comme les piles duracel, on est fait pour durer. 

4- Une grosse date en forme de Black Fest se profile à Lyon, expliquez-nous la genèse de ce projet.

 

On est deux gros fans d'Anaal Nathrakh de la première heure et le projet de leur faire une date nous trottait dans la tête depuis longtemps. On a proposé d'abord une date, mais ça coûtait trop cher à rentabiliser alors on a calé deux autres dates et de fil en aiguille une tournée française s'est montée. Une de ces dates aura lieu à Lyon au CCO le samedi 9 mars. Vu que c'est une grosse salle, par soucis financier on s'est dit qu'il fallait bien aménager le line-up autour de AN pour rentabiliser notre soirée. Ensuite le reste de l'idée vient de chez vous, puisque c'est Evildead avec son premier Black Fest à Lyon qui nous a soufflé l'idée. Ce n'est bien entendu pas exactement dans le sens qu'il l'entendait mais on a fait avec les moyens du bord ah ah.

5- N’est ce pas compliqué au niveau de la logistique d’organiser des dates aux quatre coins de la France comme vous le faites ?

 

C'est super chiant en effet. 

Déjà le fait de ne pas être sur place fait qu'on doit déléguer la promo à d'autres. On a des bonnes teams locales, d'autres qu'on est en train de monter et petit à petit on s'en sort mieux à ce niveau-là.

Ensuite, ça nous fait des frais de déplacement en plus et la France n'est pas le meilleur pays du monde à ce sujet. Entre la scnf toujours en grève qui propose 10 000 tarifs dans tous les sens sans comprendre comment tu obtiens quoi, tel jour, et pourquoi, et le prix de l'essence taxée à 666%, en effet ça n’aide pas. Mais bon on se débrouille comme on peut. 

Enfin nos boulots respectifs ne nous permettent pas toujours non plus de sillonner les quatre coins de la France comme on le voudrait (ouai on est obligés de taffer à côté, comme tout le monde).

De plus en plus on ne se déplace pas tous les deux sur nos dates, on s'arrange entre nous. A force d'automatismes on n'a plus vraiment besoin d'être tous les deux sur place. Il nous faut juste des teams locales et pour ça on est bien fournis. On a de très bons potes partout en France, en qui on a confiance, et qui font du très bon boulot. Clairement sans eux on ne s'en sortirait pas et on ferait encore que du local, je ne crache pas dessus mais ce serait un peu frustrant pour nous aujourd'hui.

 

6- Vous êtes une associatif à but non lucratif. A terme souhaiter-vous en faire une activité professionnelle ?

Prout : Moi je me tate encore. Disons que je vis d'une autre passion et que celle-là est ma priorité professionnelle. Par contre garder un pied dans l'orga pourrait me permettre d'assurer plus ou moins mon avenir et puis j'aime ça, alors je ne lâche pas l'affaire. Mais clairement, c'est pas en organisant des concerts qu'on compte sans sortir. Par contre on aimerait bien que Zaake soit le premier salarié de DF, c’est pourquoi on diversifie à balle nos activités musicales. DF ça demande une personne à plein temps aujourd’hui et même de manière amateur me concernant, ça me prend énormément de temps également, au moment où ça prend le pas sur ton activité professionnelle principale, en effet ce serait cool d’en retirer un salaire. On n’y est pas encore…

 

7- Comment s’opère le choix des affiches ?

Prout : Y'a les choses qu'on aime, les idées qu'on trouve bonnes, les idées à la con qui nous font marrer, les bons plans, les potes qu'on soutient, bref le choix des affiches n'est pas unilatéral. J'ai envie de dire que c'est surtout une question de timing et de moyens. Je te ferais bien Iron Maiden demain, mais je doute que la banque me prête 2 millions d'euros comme ça, même si je suis sûr de les lui rendre le lendemain.

Par contre recevoir un mail groupé d’un groupe inconnu au bataillon qui nous "exige" une date avec 500€ de défraiements clairement on s’en fout royale. Mais quoiqu’il en soit, dès qu’on a un plateau ouvert on met TOUJOURS un groupe local ou de moindre mesure en soutien de notre scène, et même si on ne pourra jamais faire jouer tout le monde (on reçoit plusieurs demandes par jours), on garde sous le coude toutes les demandes de groupes. Par contre évidemment ça marche plus au copinage avec nous, service de proximité, on n’oublie jamais ceux qui nous ont aidé.

 

8- Certains groupes sont-ils plus faciles à gérer que d’autres pendant vos soirées ?

 

Prout : Pour moi le plus difficile aujourd'hui est d'organiser des petites dates. On croirait pas comme ça, mais les grosses dates dans les grosses salles c'est trop les vacances (et limite on se fait chier maintenant). Les gars sont pro et viennent avec tout leur matos, l'équipe technique est là et sait gérer son matos, la salle est toute équipée, tu viens avec le catering, ta bite et ton couteau et c'est bon, tout se gère de lui-même. Les petites dates c'est trop la galère. Tu cours après le matos, après les groupes, t'as pas de backstage pour entreposer du matos, aucun endroit pour faire la bouffe, tout sent la Roumanie et en plus de ça tu paumes quasi toujours de la thune (bah ouai 5€ c'est trop cher).

Bref, je préfère une belle tête d'affiche qui me coûte bien chère, mais qui fera venir du monde et qui saura bien faire ce pour quoi je l'ai embauchée. J'aurais moins l'impression d'avoir fait ça pour des clopinettes. Et mettre un petit groupe en ouverture de cette tête d'affiche, je pense à force que c'est un cadeau bien plus joli qu'un café-concert un mardi en campagne devant 20 personnes. Je ne renie pas mes origines, mais le constat est là.

Après le revers de la médaille avec les grosses pointures, c'est les fils de pute de tour-managers qui les suivent, là c'est parfois une autre paire de manche... Mais y'en a aussi des très biens et quand c'est le cas c'est un vrai plaisir, t'as plus qu'à picoler ta bière gratos en faisant tes entrées et draguer de la groupie ah ah.

9- Si un groupe passe au Hellfest, pensez-vous que c’est risqué pour vous de le faire tourner la même année dans vos manifestations ?

Prout : Au début je pensais que oui et n'importe-quelle annonce du Hellfest me faisait dresser les cheveux sur la tête. Mais aujourd'hui je remarque que pas tant que ça. Bien sûr, faire un concert à Nantes au mois de juin d'un groupe qui va jouer au Hellfest, ce serait un peu débile, mais dans l'ensemble, j'ai remarqué qu'il y avait deux façons d’apprécier les concerts : une version festival (plus festive donc) et une autre en salle, où la proximité et souvent le son de meilleur qualité font la différence. Et ce qu'il y a de bien, c'est que c'est le même public pour les deux. Bref, qu'un groupe soit annoncé au Hellfest aujourd'hui alors qu'on prépare une tournée demain, j'en ai quasi plus rien à foutre. Bon c'est sûr si on avait une exclue comme la première date française ou une date unique et que le HF nous coupe l'herbe sous le pied ça fait chier ; mais c'est très rare, et c'est le jeu. Je suis content d'avoir un Hellfest dans notre pays.

 

10- Quels sont les groupes que vous souhaiteriez faire jouer dans l’idéal ?

 

Prout : Des groupes qui blast à mort, où tu sens Satan vénère, qui te font pas chier quand tu les gères et qui rentabilisent ta soirée. S'ils peuvent avoir une bonne groupie-fan-base et raconter des blagues sur les juifs, c'est un plus.

 

11- Quels sont les régions qui selon vous sont les plus propices aux manifestations métal ?

Prout : Les trois villes que je trouve les plus prometteuses sont dans cet ordre : Nantes, Paris, Lyon. Après je sais que le style y joue pas mal. Faire du Grindcore à Nancy c'est gérable, à Lyon c'est une catastrophe (je sais, j'ai déjà essayé plusieurs fois). Nantes a la chance d'avoir la culture Hellfest plus une bonne salle de demi-mesure rock'n'roll (Le ferrailleur). Avec ces conditions-là, Nantes se place en pôle-position de mon point de vue. Paris juste c'est grand et dense, alors y'a du monde et du coup tous les profils, par contre n’importe-quelle salle de base te coûte un bras. Même si tu fais un concert de brasilian fart porn à Paris, chuis sûr que tu pourrais rameuter des fans avérés. 

 

12- Devant l’effondrement du marché du disque, pensez-vous que les groupes font demander des cachets plus conséquents pour « compenser » les pertes ?

Prout : Je ne suis pas sûr que ce soit plus les groupes qui demandent des cachés toujours de plus en plus élevés ou leurs managers / producteurs. Clairement, je ne suis pas sûr qu'il y a dix ans les groupes touchaient beaucoup plus d'argent qu'aujourd'hui sur leurs disques (mis à part les gros groupes forcément). Mais aujourd'hui ce qui sauve le metal c'est clairement les lives, déjà parce-que c'est plus dur à télécharger (bon ok t'as youteub mais tu sens pas la sueur de ton voisin de la même façon), et surtout parce-que ça leur fait une belle vitrine pour vendre du merch. Et le Metal étant quand même une scène TRES fortement basée sur l'apparence et un tant soit peu fétichiste (si peu), c'est une aubaine pour certains groupes (Kiss en première place...).

 

13- A vous de finir en beauté…

Prout :  Vous êtes les principaux acteurs de votre scène, tant que vous viendrez à nos concerts, on fera venir les groupes que vous aimez. 

Merci à toute l'équipe de Kaosguards pour nous avoir donné pour la première fois l'opportunité d'ouvrir notre gueule concernant Dream Factory.

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