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BEN BARBAUD, organisateur du Hellfest le 23/05/2008

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1)Salut Ben, tout d’abord merci de nous avoir accordé cette interview dans un planning qui doit pour toi être surchargé ?

On commence à être épuisé donc c’est une bonne pression !! On est préoccupé par le temps qu’il va faire et si cela va se passer sans anicroches. On est aussi pressés de savoir si les festivaliers vont répondre présents. Ce n’est plus pareil que lorsque je’étais plus jeune ou je n’arivais pas à faire la part des choses entre anxiété et impatience ; aujourd’hui c’est plus cool. On est désormais huit salariés à plein temps, j’ai des gens professionnels qui m’ont rejoint, cela va faciliter les choses.


2)Comment se présente cette nouvelle édition du Hellfest ?

En préparation y’a pas trop de galères, c’est plutôt généralement le jour « J » . Les premiers échos de la vente de places sont encourageants et même en augmentation par rapport à l’année dernière. La réputation du fest commence à grossir , nous ne sommes pas à la hauteur des manifestations Allemandes. Il faut laisser du temps au temps. Je ne pense pas que nous arrivions un jour à les concurrencer car nous sommes en France ne l’oublions pas, mais les choses progressent lentement…


3)A quels critères de choix la sélection des groupes est-elle soumise ? Leur notoriété, leur discographie ou les cachets demandés ?

C’est un tout en fait, nous bossons différemment des structures comme le Grasspop par exemple qui s’appuie sur les grosses locomotives. Nous essayons de faire découvrir d’autres styles de musiques moins connus, notre rôle est très complémentaire. Le public s’y retrouve en programmant des choses un peu plus surprenantes qui donne sa spécifité au Hellfest. Evidemment, les cachets rentrent en ligne de compte car des groupes « pètent » plus haut que leurs culs (ndlr : des noms , des noms…) et tant qu’ils trouveront des pigeons prêts à leur donner des cachets de fous, ils continueront.

Mais en tout cas, ça ne fonctionnera pas comme cela avec nous car il est hors de question que je mette le budget de mon festival dans des choix surréalistes. On marche aussi au coup de cœur en dépit de la popularité du moment des groupes, on essaie de surprendre les gens. En équipe, on décide de l’affiche ; je ne suis pas un tyran, tout le monde a droit à la parole dans la diversité de nos goûts. Nous sommes ouverts à plein de sons et on tente d’équilibrer au maximum les styles pour qu’ils aient chacun une place égale. De ce fait on ratisse large.


4)Avez-vous mis en place un « comité » de sélection des groupes susceptibles d’étre à l’affiche ?

On écoute toute l’actualité et les groupes qui sont émergeants , innovants et intéressants seront privilégiés.On veut faire du développement pour une partie en tout cas. 


5)Vous avez commençé par une manifestation hardcore, pour vous transformer en festival beaucoup plus orienté metal et indé avec le « Fury Fest » qui est maintenant devenu le Hellfest. Comment en est-tu arrivé à évoluer à chaque étape de la sorte ?

Au début de mon « aventure » le hardcore était simplement la musique que j’aimais et que j’écoutais !!! Ensuite nos intérêts musicaux ont évolué et il fallait s’ouvrir à d’autres courants pour grandir. Je n’avais pas une grande culture musicale au niveau métal, et par nécessité on doit s’ouvrir à d’autres choses. Je suis payé pour faire ce job donc je dois m’imprégner de l’air du temps et être le plus efficace possible.

Le métal comprend de nombreux styles et procure une palette plus large. En tout cas si j’avais voulu être millionnaire, je me serais tourné vers la variet, j’auarais touché sans doute plus de subventions et eu plus de suivi médiatique!! Maintenant je ne veux pas m’ouvrir à l’infini et je reste dans un créneau rock. Nous souhaitons que le Hellfest devienne au delà de la musique un rassemblement de personnes durant trois jours qui viennent écouter de la bonne musique. On ne veut pas que des cloisonnements se forment et les black metalleux, les coreux et les punks doivent vivrent en bonne intelligence.

Pour changer les mentalités il faut des évènements de ce genre pour casser les poncifs, utopiste peut être mais c’est notre souhait. On a la chance de pouvoir organiser un tel truc, car en France entre les problèmes avec les mairies et les bâtons systématiques dans les roues, les choses ne sont pas simples.


6)Sais-tu approximativement combien de personnes te faut-il pour que ton festival soit rentable ?

Hereusement on budgétise tout cela, on n’est pas suicidaire. Avec une enveloppe de deux millions d’euros pas question de faire de l’approximatif !!! Nous prendrons des risques par rapport à l ‘année dernière car il ne faut pas se le cacher les gens ont été déçus en 2007. L’accueil, la logistique, la technique n’était pas à la hauteur, nous en sommes conscients et il fallait que l’on s’entoure de gens pros ; il était nécéssaire de sortir le chéquier.

Des gens comme Roger Weissier (Base Productions) ont contribué à crédibiliser notre démarche, mais ces personnes ont un coût et  les crédits ne sont pas élastiques. Quand on sort d’une édition 2006, criblés de dettes parce que cela n’a pas marché, on se doit de remonter une affiche 2007 « béton » sinon les gens vont voir ailleurs. En France, les gens voudraient avoir la meilleure orga avec les meilleurs groupes pour 50 euros !! Ce n’est pas possible, soit je reçois des subventions, soit je gagne au loto sinon je ne rentre pas dans les « clous ». Donc cela implique des frais supplémentaires, tout en sachant que les cachets groupes ne représentent qu’un tiers des dépenses, les deux autres tiers eux étant dédiés à l’installation pure. Pendant un mois, les ouvriers montent les scènes, il faut nourrir et faire dormir ces gens. Louer les terrains aux agriculteurs, gérer les déchets (40 tonnes !!) car les métalleux ne font pas de tri sélectif (rires !!). 300.000 euros seront dépensés pour l’accueil des festivaliers, nous avons donc loué plus de champs, repositionné les scènes, engagé plus de personnel de sécurité ; cela peut se faire cette année à contrario du passé car nous avions des dettes. On peut accueillir 14.000 personnes maximum ; il faudra arriver à faire 12.000 personnes pour renatbiliser à zéro.

Tu te doutes que la marge de manœuvre est serrée mais on ne pouvait rééditer la situation de l’année dernière qui certes proposait une affiche de malades mais avec une organisation pas à la hauteur. De plus les conditions climatiques ont amplifié les problèmes apportant mauvaise humeur et des critiques faciles. Il est plus aisé d’attendre deux heures sous le soleil, tu es plus indulgent c’est indéniable. Je n’ai pas les contacts pour faire le festoche à Marseille donc en tant que natif de Nantes je le fais dans ma région et il n’y fait pas beau tout le temps, vous le savez !!

J ‘aurais pu choisir la solution de facilité qui consistait à dire je fais venir Iron Maiden pour faire rentrer plus de gens au détriment de la qualité de la capacité d’accueil. Si l’édition 2008 fonctionne cela m’encougera à prendre plus de risques l’année suivante. Maiden je les connais je suis en contact avec eux je sais combien ils prennent , je suis prêt à payer. Mais comprenez que quand vous faites des concerts dans des petites salles vous pouvez perdre 300 ou 500 euros, là moi en cas de plantage cela se chiffre en centaine de milliers d’euros.


7)Qu’aimes-tu le plus dans ce métier et que détestes-tu le plus ?

Ce que je j’apprécie le plus et c’est spécifique au Hellfest c’est que c’est un festival qui repose énormément sur les bénévoles alors que certains ont, soit des subventions de fous qui leur permettent d’avoir entre 40 et 50 % de subventions ou que d’autres sont des professionnels du spectacle qui voguent d’un projet à l’autre. Si j’avais de telles conditions je pourrais sortir le chéquier et foutre des chiottes avec des robinets en or (rires !) mais c’est pas mon cas ; moi je fais gaffe car cela engage trop de gens dans la galère.

Cette aventure humaine est chouette, tout le monde se serre les coudes pour que tout soit impeccable. J’ai vu des gars qui l’année dernière se sont mis en quatre pour que l’on ouvre dans les temps, alors que l’on ne savait même pas si on n’allait pas annuler les concerts. Le directeur des Eurockéennes qui était présent sur le site m’a dit que pour sa part au vu des conditions météorologiques il annulerait, mais nous avons tenu bon !!  Je suis entouré de gens qui certes sont salariés, mais sont aussi de vrais copains qui se dépensent sans compter. Ce sont pourtant des contrats « précaires » que je leur propose ; des smicards ou des CNE qui se déchirent de cette façon, c’est super appréciable !!! Je trouve que la vrai richesse, elle est là…une confiance sans borne et un dévouement qui me fait dépasser le côté « être fan » d’un groupe.

Ce que je déteste le plus : les relations avec les groupes sont strictement professionnels, les gars font leur set , je leur paie leurs cachets  et ils me serrent la main en me disant « A dans un an ou deux ! », cela s’arrrête là ! La majeure partie est comme cela, sauf certains qui se rendent encore compte de la chance qu’ils ont d’évouluer devant un public acquis à leur cause. Et oui, c’est un milieu bourré d’enc…..s sans scrupules et qui naviguent dans ce monde de requins. Ton innocence  du début fait vite place à une attitude qui tend à devenir comme eux sinon les mecs te marchent sur les pieds et te bouffent littéralement, faut être à leur diapason. Si les mecs ne sont pas contents, faut leur dire si ça ne vous convient pas dégagez, pas de chèque et pis c’est tout ! Parce que l’argent est le nerf de la guerre, faut pas se leurrer. Malgré le fait que l’on soit des passionnés de musique, on doit réagir comme cela et faire comme tout le monde. Il y a plus souvent des groupes avec qui tu as envie de te « bastonner » plutôt que l’inverse, bien souvent ils sont mal entourés pas les managers et autres acteurs de la scène.

Des fois, il y en a qui sont déconnectés de la réalité, qui vivent à Hollywood Boulevard complètement dans un autre monde que celui qu’on leur propose au Hellfest. Moi je dois prendre tous les risques et si cela ne marche pas c’est moi qui trinque. Et pourquoi ce serait nous qui devrions jouer à lea roulette Russe à chaque fois, ils devraient se poser la question un peu : si les concerts ne fonctionnent pas, soit c’est parce qu’ils m’ont demandé trop d’argent, soit c’est qu’ils sont complètement « has been ». Des fois il faut s’imposer et comme je fais 1m60 et que j’ai pas la carrure d’un « molosse » c’est compliqué ; pour l’anecdote la première fois que j’ai vu Kerry King de Slayer, il m’a pris pour un bénévole et m’a demandé d’aller chercher du Coca donc tu vois le truc (rires). C’est pas grave, je ne lui en veux pas, j’ai pas trop le profil du métier mais c’est comme ça. Mais y’a quand même de belles rencontres avec des gens vrais. Il y en a certains qui se sont fait bouffer par les putes, la drogue, l’acool et qui n’ont plus la vraie musique en tête ; les petit jeunes eux, à contrario, ont les crocs et c’est ceux là qu’on essaie de programmer. Que fera t’on quand les Maiden ou les Metallica ne seront plus là ?

Et bien nous, on prépare la relève. Il faut que des gens comme vous ou nous, mettent ces groupes là en avant car il ne faut pas compter sur les grands médias pour les mettre à l’actualité. Il ne faut pas que le métal devienne une musique élitiste ou même de philosophes (rires), mais que tout cela reste populaire.


8)La France, et ce n’est un secret pour personne, a dû mal à remplir quelquefois les salles de concert. Penses-tu être à l’abri de ce genre de phénomènes du fait de ta spécificité ?

On n’est jamais à l’abri de faire une affiche qui ne plaît pas. Pleins de facteurs entrent en jeu, comme la non disponiblité des groupes, le manque d’actu qui font que ta programation ne marchera pas. Le Wacken par exemple lui est exempt de ce risque, car quoi qu’il y ait comme groupes, sa notoriété fait que c’est le passage obligé pour tout métallos qui se respecte. Nous n’en sommes pas encore à ce stade et les gens ne nous signeront pas un chèque en « blanc ». Il faut cravacher pour se démarquer des autres. Nous attirons pas mal d’Anglais qui grâce à l’Eurostar peuvent venir chez nous, un billet sur cinq vendu l’est au Royaume Uni. Les Espagnols constituent aussi un bon contingent. La multiplicité des festivals fait que les gens ne pourront pas aller partout et qu’à un moment il faudra être au dessus du lot.


9)Tu as dû rencontrer pas mal d’embûches pour monter ce genre de projet. J’ai entendu parlé d’une pétition d’un collectif Clissonais contre le Hellfest ?

Ces personnes là  se ridiculisent eux-mêmes. Les éditions précédentes ont démontré que tous les festivaliers se sont comportés comme il faut. Je connais tout le monde à Clisson, j’y suis né, ma mère est le seul médecin de la ville donc je suis connu comme le « loup blanc ». Moi ça me fait de la pub plus qu’autre chose, le journal régional en parle, Ouest France également. Leur accusation que le Hellfest véhicule des idées néo-nazies, est ridicule puisque 150 billets ont été vendus en Israël, 50 au Maroc ! Ils ne sont même pas dix à avoir signé la pétition anti-Hellfest. Ils ont monté un « pseudo » collectif pour dissimuler leur côté « chrétiens sectaires » avec le « Cercle des trois provinces » qui m’a envoyé des messages du style : « Monsieur Barbaud vous aurez à répondre de vos actes devant dieu etc...

Ce « buzz » risque de me faire vendre plus de billets… Par contre il existe en France un certain nombre d’organismes nuisibles pour les manifestions de rock, mais les pouvoirs publics connaissent les enjeux économiques, culturels et savent que ces événements sont nécéssaires. Ils ne se risquent pas à porter plainte car cela serait pure diffamation et la préfecture, les gendarmes savent très bien ce qui se passe au Hellfest. Les forces de l’ordre ont été surpris du peu d’interventions qu’il y a eu à faire au regard du nombre de personnes accueillis. Arrêtons les amalgames, moi je ne vais pas considérer que tous les prêtres sont pédophiles parce que il y a eu des évènements de ce genre avérés. Et je ne vais pas distribuer des tracts en ville pour véhiculer ces rumeurs. Je ne me le permets pas donc eux ils doivent en faire autant. On est dans un pays laïque et chacun a le droit de dire ce qu’il veut sur la religion du moment que ce n’est diffamatoire.


10Je pense que lorsque tu regardes derrière toi, tu dois être fier du chemin parcouru… ?

Tu m’aurais dit il y a quelques années, que je monterais un tel festival je t’aurais pris pour un fou ! Monter un truc comme ça dans ma ville avec mes potes et de cette ampleur c’était impossible à prévoir. J’en tire un vraie fierté même si je regrette qu’en 2005 j’ai cédé les droits à des aigres fins qui ont mis à mort le Furyfest, je regrette de ne pas avoir été à la hauteur l’année dernière sur l’organisation.

Nous sommes des passionnés qui essayons de faire au mieux ; on a apppris sur le tas et on peut faire des conneries comme tout le monde. Sur un petit concert quand tu fais une bévue, c’est pas très grave mais quand cela engage 15.000 pékins là c’est pas la même histoire. Le but de cette année, c’était de s’entourer de pros qui connaissent ce métier qui font de la promo, j’ai des interviews dans Télérama, Métro, 20 Minutes, France Inter, cela est dû à ce travail de communication hyper important.


11)Aller, pour le mot de la fin, donne nous envie d’aller à ton festival…

On ne manipule les gens pour les forcer à aimer quelque chose, j’ai simplement envie de dire aux metallos d’être ouverts et d’écouter ce que l’on leur propose cette année. On est encore en retard par rapport à l’ouverture d’esprit ; le métal c’est autre chose que d’avoir des cheveux longs et des tatouages, c’est tout une composante qui est fait de diversités… Sans être un donneur de leçon, il faut que les spectateurs donnent leur chances à tous les groupes. Il vaut mieux construire que détruire. Les jeunes et les moins jeunes ont la chance d’avoir accès à ce « melting pot » et arrêtons de sectariser et de caricturer en se disant les punks n’ont rien à foutre là, les blacks metalleux c’est des nazis, ect…

Et puis, travaillez dur pour avoir de l’argent pour acheter le billet !!! (rires) . J’ai conscience  du coût élevé de l’investissement entre le voyage et le ticket, le mec qu’est smicard et qui a une famille à nourrir, cela grève sérieusement son budget mais le jeu en vaut la chandelle !!!

Evildead 

 
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