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FORGOTTEN WISDOM PRODUCTIONS le 01/12/2010

ImageInterview réalisée avec le "boss" du label.

 

On poursuit notre tour d'horizon des acteurs de la scène métal. C'est vers l'est de la France que nous nous dirigeons aujourd'hui pour rencontrer le fondateur d'un label dévoué aux musiques extrêmes.

 

1. Quand as-tu monté ton label et comment a été élaborer ton projet?

J’ai créé FORGOTTEN WISDOM PROD au dernier trimestre de 1999, dans un premier temps comme label support à la sortie de la démo de mon projet Scatofago (Raw Black, rip et tant mieux, tant pis pour ceux qui y ont jeté une oreille !). J’avais d’autres projets en tête mais ils n’ont pas vu le jour. D’un autre côté je voulais sortir des démos d’autres groupes, sous la bannière d’un seul et même label. De fil en aiguille, j’ai sorti quelques démos en K7, et en 2002 j’ai sorti le premier CD, en co prod avec DUKE, pour un live des Tchèques d’Inferno. Ce passage a quelque chose de plus pro, un véritable CD, comparé aux démos aux pochettes photocopiées, m’a amené à voir un peu plus loin pour FWP. En 2003, j’ai sorti le premier vinyl, le 7’’EP des Japonais d’Infernal Necromancy. 1 an plus tard, le premier LP, le deuxième album de Blodulv (Suède). Des étapes importantes pour un cheminement sans réel plan de carrière…
 
2. D'ou vient ce nom?

L’expression répondait à mon goût pour la connaissance ancienne, les mythologies, les sciences occultes… et la chanson de Burzum « Lost Wisdom » n’y est pas étrangère non plus… Et chacun peut voir ce qu’il veut dans cette expression, s’y projeter personnellement… 

3. Quelles difficultés as-tu rencontré?

J’ai rencontré plusieurs difficultés tout au long de ces années, qu’elles soient techniques ou matérielles, je n’ai pas fait d’études pour devenir label de Metal, on apprend de ses erreurs… D’autres difficultés peuvent être liées aux personnes, qui ont pu ne pas être d’accord avec la liberté d’expression que j’accorde aux groupes sur le label, et à ma vision des choses… Malgré tout je ne vois pas tout ça comme des difficultés, mais des anicroches qui peuvent arriver, et qu’on surmonte, victorieusement.
 
4. Combien êtes-vous dans le label?

Mon nom est Légion car nous sommes nombreux.

5. Tes signatures sont globalement de l'extrême, pourquoi ce choix ?

Parce que mes goûts sont tels. Il est vrai qu’au début du label, j’écoutais surtout du Metal dit « extrême ». Mes goûts se sont élargis depuis, j’écoute des trucs pas franchement extrêmes, et des trucs extrêmes, mais dans d’autres styles… Ceci dit, je ne me suis pas limité dès le départ à ne sortir que de l’extrême. Ma deuxième prod, c’est du Thrash assez mélodique, aux paroles très second degré. Je ne m’interdis pas de signer des trucs moins « extrêmes », comme Superchrist qui donne dans le Heavy, mais comme je suis une petite structure, je ne peux pas trop m’éparpiller, les fans d’extrême attendent de l’extrême, et inversement… On est en France, les mentalités restent assez figées… à la différence de pays comme l’Allemagne ou la Finlande, où les mecs peuvent prendre à la fois du War Metal, du Heavy, du Hard et du Black, sans qu’ils se posent la question de savoir si c’est « true » ou pas. Tant que c’est bon, peu importe l’étiquette.
Au niveau des signatures extrêmes, il se peut que je sorte un disque qui aille à contre-courant de tout ça, de la musique satanique, mais pas du Metal… à voir si ça se confirme, si les mots peuvent déboucher sur du concret, wait & see…

6. Comment procèdes-tu pour le choix des groupes? Résumer une scène en quelques groupes est-ce facile?

Je sors des disques qui me plaisent avant tout. Il faut que les groupes soient sincères aussi, honnêtes envers eux-mêmes, quelle que soit leur idéologie. Et motivés aussi. J’en ai marre des groupes qui n’ont rien à foutre de leur propre musique, qui se fatiguent vite… C’est le principal. Après, il y a des groupes que j’apprécie et auxquels je donne carte blanche. Le format dépend aussi des groupes, des attentes qu’ils ont et ce que j’ai envie de faire pour eux.
Je ne cherche pas à résumer une scène en quelques groupes, je résonne en terme d’émotions et de remuage de tripes, si deux groupes me remuent et font le même style, je ne vois pas d’entrave à les signer, la même chose s’ils évoluent dans des styles différents.
 
7. Qu’est ce que tu penses de la puissance des médias traditionnels dans le phénomène d’émergence des groupes commerciaux?

C’est une question d’argent, tout simplement. Les médias sont subventionnés par des labels qui leur paient des pages de pubs, qui créent l’événement autour de leurs groupes… ça fait vivre un magazine de parler de la sortie d’un nouvel album… et plus le groupe tape large, plus il y a de chances d’attirer le chaland… enfin tout ceci reste une affaire de pognon, les groupes sont des « produits », les magazines sont des « produits », les lecteurs, les auditeurs sont découpés en segments, la musique là dedans, l’idéologie, ça ne rentre pas vraiment en ligne de compte… 

8. Pourquoi Forgotten Wisdom serait-il différent?

Différent de quoi ? des autres labels ? des grosses majors ? FWP est un label underground qui n’a pas vocation à vendre des dizaines de milliers de CDs… j’essaye de sortir des disques de groupes pas forcément connus, de proposer ce qui me plait, et aussi à travers la distro, dégoter des trucs pas faciles à trouver. Enfin, ça ne veut plus dire grand chose maintenant, n’importe qui peut acheter à l’autre bout de la terre un fanzine ou un LP, c’est ça la globalisation, on ne demande plus à la distro à côté de chez soi s’il peut récupérer tel truc, on va l’acheter directement. Clic clic, c’est commandé.

9. C’est quoi qui va révolutionner la musique dans cinq ans?

Je n’en sais rien… D’un point de vue musical, tout a été fait ou presque. La mode vient et revient, ce qui a déjà été fait est refait, mais sous un autre nom, avec un autre look… y a toujours des groupes qui font de bonnes choses, c’est ça qui est intéressant.

10. I-tunes c’est un bon service pour toi?

Je ne sais pas, je ne m’en sers pas. Je reste attaché au support, écouter un disque, c’est aussi avoir une pochette, un livret, sortir un disque, le ranger, ou le laisser traîner sur une table, et retomber dessus par hasard, avoir envie de le réécouter… j’écoute la musique sur ma chaîne hi fi, pas sur mon ordinateur.

11. Et Spotify et Deezer?

Je n’ai toujours pas compris en quoi consistait Deezer pour être franc… dans le même genre, lastfm, j’ai pas compris non plus. Je n’avais jamais entendu parler de spotify. C’est quoi ?

12. Hadopi et consorts?

Bah, Hadopi est une connerie, une mauvaise réponse au problème du téléchargement illégal. Pourquoi ne pas s’attaquer directement aux fournisseurs d’accès qui offrent des débits de 17 Go ? 1 Mo suffit pour surfer sur internet. Le reste, c’est bien pour télécharger. Les grosses multinationales qui possèdent maisons de disques, studios de ciné et vendent de l’accès internet se tirent une balle dans le pied. Quant au problème du téléchargement, les gens sont habitués à avoir quelque chose gratuitement, on les y éduque, notamment avec la dématérialisation. Comment reconnaître la valeur de quelque chose qui n’a pas de forme tangible ?
De toute manière, avec FWP, je ne m’adresse pas à ces gens là. Je fais FWP pour les gens comme moi, qui aiment la musique, les disques et ce qu’il y a derrière. Les autres, je m’en cogne.

13. C’est quoi ta prédiction sur le marché de la musique?

Au niveau du medium, on verra si le CD marche encore, c’est pas gagné… peut-être que l’avenir c’est les jeux vidéos, les rock band ou guitar hero, les groupes vont s’en servir pour avoir des morceaux inédits, apparaître là dessus… une opération de com’, en gros. Une version moderne du disque fourni dans un baril de lessive. Mais bon tant qu’il y a des cons comme moi qui achètent des disques underground, y aura encore des CDs, des Lps et des K7s… les albums se vendront moins, c’est tout. C’est déjà le cas je crois. Ce qui vendait 5000 copies y a 5 ans ne vend plus que 2000 copies. Dans 5 ans, 500 copies. Les labels ne mettront plus d’argent pour payer du studio, de la promotion pour 500 copies. Ce sera aux groupes de tout payer, et de jouer le rôle de diffuseur. C’est ce que certains crétins vantaient, justement, « grâce à internet, plus besoin de labels ! les gens ont accès à la musique gratuitement, plus de gens vont pouvoir connaître les groupes ! Ce sera donc plus facile de tourner ». Ah ah. Quelle connerie. Les groupes vont devoir se charger de tout, pour un résultat même pas garanti.

14. Quels sont tes projets pour 2011?

Continuer à faire des disques ! Au moins tant que ça vaudra la peine d’en faire. Dans un immédiat proche (qui sera 2010), je vais sortir le MCD des Australiens de Corvus. Un groupe inconnu, mais qui vaut le coup, du black orthodoxe très noir. Un style plutôt européen pour un pays qui nous habitue plus à des trucs velus façon Destroyer666. En 2011, je ferai le split MLP en 10’’ de Vortex of End et Morzhol. Le premier vinyl pour Vortex of End ! je pense qu’ils feront un album dans l’année aussi. Ce MLP on l’attend depuis plus d’un an, mais quand un groupe n’est pas motivé, c’est l’autre groupe qui en pâtit… je vais faire également un split EP 100% australien, Black Serpent et Lustration. Possible que je fasse aussi la version LP de l’album à venir de Lustration (quand une prod prend du temps à se faire, les groupes avancent de leur côté et sont prêts pour une autre prod ! Tout n’est pas si simple…). Je vais aussi refaire de la demo tape, mais en tape pro. J’ai une idée pour une démo qui n’est pas sortie sur un vrai support, mais restée en diffusion sur internet… donc à voir. Et plus toutes les surprises qui peuvent tomber à tout moment, quand la démotivation s’installe, un nouveau projet arrive et me rebooste à bloc… FWP est encore là pour longtemps ! et ça se passe ici !

Evildead

 

 
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