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DREAM THEATER le 01/05/2009

Mike PortnoyRencontre avec l’infatiguable Mike Portnoy, pour la promotion du dernier bébé de Dream Theater à paraitre en Juin (déjà chroniqué dans nos colonnes), dans sa chambre d’hôtel, en compagnie de deux autres intervenants (comme spécifié ci-après le cas échéant).

 

 

 

 

 

 

 

 1. (Loki) Hello Mike, alors, comment se passe cette tournée promo ? Pas trop épuisant ?

Intense ma foi ! Cela a commencé à Londres, puis en Allemagne, en Hollande, en Italie…Beaucoup de putain de discours ! (rires)

2. Enfin en même temps, ça devrait aller, tu es plutôt bavard !

Euh…oui, c’est sur ! (rires) Mais néanmoins, à la fin de cette journée, je pense que vers 18 heures, je répondrais par un seul mot, genre « Yes », « No », « Maybe »…eheheh. J’ai encore un déplacement en Angleterre, et j’en ai fini. Ensuite, je retournerai chez moi pour trois semaines de vacances, pour y voir ma famille qui a toujours été négligée…Trois semaines avec eux, avant que la tournée ne commence. J’ai passé six mois en studio, puis j’ai enchainé de suite après avec un autre projet, puis directement ici…Certains membres du groupe sont resté chez eux ces huit derniers mois ! James est venue deux semaines en studio poser ses parties vocales et il est resté avec sa famille chez lui depuis l’été dernier ! Mais je ne suis pas aussi chanceux…

3. (Question posée par Vincent pour Heavy Nation) Quels sont les artistes que tu écoutes le plus quand tu as du temps ?

J’écoute vraiment de tout, cela va de choses heavy à de la merde commerciale ! (rires) ça peut être Lamb Of God et Opeth, ou encore Genesis et Pink Floyd, j’ai des goûts musicaux très larges.

4. (Loki) Pour en revenir à ce style de vie que tu mènes…A ce stade de ta carrière, comment gères-tu, d’une façon générale ?

Comme dans la chanson, c’est un sacrifice sans fin (NDL : « Endless Sacrifice » est un morceau de « Train Of Thoughts »). Me concernant en particulier, je dois consacrer beaucoup d’énergie et de temps là-dedans, car même lorsque je suis chez moi, les e-mails et les coups de téléphone n’arrêtent jamais d’arriver, et toutes les décisions prises dans le cadre de la machine Dream Theater passent par moi principalement, donc cela va des setlists, et même jusqu’à la musique qui est passée avant le show, en passant par le sticker sur la boite du CD, tout cela passe par moi ! Donc, c’est du 24h sur 24, cela ne s’arrête jamais. Quelqu’un doit le faire, quelqu’un doit garder un œil sur tout cela, pour s’assurer que tout est bien fait ; cela dit, je ne me plains pas. C’est dans ma nature, et je suis assez bon quand il s’agit d’équilibrer tout cela. Pendant l’enregistrement du dernier disque, j’écoutais aussi les enregistrements de Liquid Tension Experiment (NDL : Projet instrumental avec Portnoy, Petrucci, Rudess et Tony Levin de King Crimson) , gérais les bootlegs de Dream Theater…Je suis un accro du boulot, j’ai besoin d’avoir le contrôle, et je crois que cela nécessite une certaine personnalité.

5. (Loki) Et les autres ne sont pas nécessairement comme cela ?

Je pense qu’ils sont très contents que ce soit moi qui m’occupe de tout cela ! Le plus dur dans tout cela consiste à ne pas négliger ma famille, et, Thank God,  ma femme et mes enfants comprennent tout cela ; ils savent que c’est ma personnalité. Ils se sont habitués, mes enfants ont grandi dans cette ambiance.

6. (Vincent pour Heavy Nation) N’est-il pas difficile et épuisant d’être pour ainsi dire constamment près des fans, d’une façon où d’une autre ?


C’est important. Oui, ça peut être épuisant, voire frustrant, parce que parfois, quand tu lis ce qui est laissé sur les forums Internet, ça me rend dingue parfois ! Et dans ces moments, il faut savoir prendre du recul et ignorer certains trucs. Il est impossible de plaire à tout le monde, de toute façon. Tout le monde va penser différemment. Certains vont dire que « Train Of Thoughts » est trop heavy, « Octavarium » pas assez, etc…Il y aura toujours des gens pour se plaindre, et c’est pour cela que parfois, il faut avoir ce recul. Cela dit, je connais l’importance du dévouement de nos fans, et tout ce que je fais, je le fais parce que je comprends cela, parce que je sais ce que c’est d’être un fan, parce que même à 42 ans, et après 24 ans de Dream Theater, je suis toujours ce petit gars de 13 ans qui écoute du Kiss dans sa chambre. Les groupes qui restent et ont une bonne carrière sont ceux qui sont attentifs à leur fans, que ce soit Iron Maiden, Metallica, Marillion.

7. (Loki) Cependant, certains ont l’impression que le groupe, ou toi en particulier, sortent trop de choses, entre les vidéos, les bootlegs, les raretés, etc…

Oui, je vois ce que tu veux dire, mais cela rejoint ce que je disais précédemment, j’ai envie de donner le plus de trucs possibles aux fans. Moi-même je suis un collectionneur, et quand il s’agit des Beatles ou d’Iron Maiden par exemple, je veux absolument tout d’eux ! Comme je dis, je fais tout cela pour les fans. Et peut-être est-ce effectivement excessif, oui, mais je sais aussi que le fan obsessionnel va vouloir toutes ces choses là, et pour ceux qui n’en veulent pas, ben, n’achetez pas, ma foi !  (rires)

8. (Vincent pour Heavy Nation) Tu joues toujours des choses très complexes, n’as-tu jamais envie de te poser et de faire du « poum tchac poum tchac » basique ?

Yeah, d’ailleurs, quelque part, cela me manque.  J’ai monté quelques groupes de Tribute à Led Zeppelin, The Who, The Beatles, et l’une des raisons de cela est que cela me donnait l’opportunité de faire quelque chose que je ne fais pas d’habitude. Ce n’est pas quelque chose que je ferais tout le temps, mais de temps en temps, cela détend. J’ai aimé faire des choses très basiques pour l’album solo de Neil Morse, par exemple. Tout ce que je fais rentre dans le cadre d’un équilibre que j’essaie d’avoir dans mon monde. Dream Theater est très technique, LTE était instrumental avec beaucoup d’improvisations, Transatlantic était plus dans un prog’ old school, OSI impliquait des loops et des sons industriels…je crois que la seule chose qui me manque, c’est mon projet Thrash metal ! (rires) C’est la seule chose que j’attends de pouvoir faire. Une fois, j’ai joué un concert avec Overkill, et cela a satisfait un peu mon besoin en ce sens…Donc tout cela sert à un équilibre, à me satisfaire dans ce que j’ai envie de faire à la batterie au sens large.

9. (Loki) wow…quand tu es chez toi, parfois, tu ne dois pas tenir en place !

Ehehe…oui, c’est un problème ! ça m’arrive parfois.

10. (Vincent pour Heavy Nation) Tu as toujours été un batteur avec beaucoup de musicalité, au-delà de la technique pure…

Je pense qu’il est important de jouer avec de la personnalité. Mes batteurs préférés sont ceux que tu peux immédiatement reconnaitre en les entendant. Des gens comme Stewart Copeland (Police), Keith Moon (The Who), Neil Peart (Rush)…Et par exemple, sans vouloir lui manquer de respect, j’adore Chad Smith, un type génial et un très bon batteur, mais les parties de batterie dans Red Hot Chili Peppers pourraient avoir été jouées par n’importe qui au final. Et je pense que, quoique j’ai pu faire, même sur les parties les plus basiques, j’ai toujours essayé de faire à ce que cela sonne comme « Moi ». Je ne veux pas me sentir comme une Drum machine,  je suis quelqu’un.

11. (Loki) Le plus compliqué est peut-être de trouver l’équilibre entre la personnalité et le fait de jouer ce qui est bon pour un morceau.

Oui, j’essaie toujours de jouer ce qu’il faut pour les chansons, au final. Je n’ai pas vraiment de problème avec cela, mais encore une fois, au dessus de tout cela, je crois important d’inclure quelque chose de personnel dans la façon de faire.

12.  (Vincent) comment vous arrangez-vous pour continuer à vous réinventer à chaque fois ?

Well, je ne pense pas que nous nous réinventions, il s’agit juste de rester satisfaits de nous, de continuer à essayer de nouvelles choses…Nous n’avons jamais eu vraiment de problèmes de créativité en terme de nouvelles idées. Avant de commencer à composer, je me dis toujours qu’il va falloir non seulement essaye de surpasser ce qui a été fait avant, mais en plus, nous allons devoir apporter de la nouveauté, mais généralement, cela ne pose pas de problème. Et on se retrouve même dans la situation où dès le premier jour, nous avons trop d’idées !

13. (Vincent) Comment expliques-tu que votre musique puisse toucher autant de gens, y compris les non-musiciens ?

Nous faisons une musique qui je pense reste intéressante pour les amateurs de technique ou de progressif, mais nous faisons aussi des choses heavy, d’autres mélodiques ou douces, il s’agit d’émotions également. Je pense que si tu considères l’ensemble de nos disques, où même certains morceaux uniquement, toutes ces composantes sont là. C’est comme faire un voyage, où l’on va ressentir toutes ces choses différentes. C’est ce que je préfère dans Dream Theater, parce que quand tu écoutes un de nos disques du début à la fin, c’est un peu comme regarder un film ou lire un bouquin. Cela va t’amener vers de nombreuses émotions diverses.

14. (Loki) A l’écoute du dernier disque, la première perception que j’en ai est qu’apparemment, vous avez cessé d’employer quelque chose auquel vous avez eu recours dans le passé, c’est ce fameux « inspiration corner » (NDL : DT avait l’habitude, dans un coin de studio, de mettre tout un tas de disques en évidence, comme étant des références musicales à suivre) . Je trouve que ce disque est plus cohérent en ce sens.

Oui absolument, en fait, il a relevé d’un choix de décréter le fait que pendant l’enregistrement de ce disque, personne ne s’inspirerait de qui que ce soit, en quelque sorte. Alors bien sur, le soir, j’écoute tout un tas de choses différentes sur mon Ipod, et certaines choses sont toujours dans mon esprit, mais une fois en studio, il était dit que rien ne devrait faire directement référence à quelque chose d’extérieur. Je pense que cela a bien marché, on est parvenu à aller vers ce vers quoi nous devions tendre. Cela dit, les influences ne sont jamais absentes du processus, parce que parfois, nous écrivons une partie, et pour nous y référer temporairement, nous allons l’appeler par exemple la partie « Pink Floydienne », ou que sais-je…on a besoin de ces références, c’est notre façon de faire, on compare des parties à des choses pour pouvoir les nommer, en quelque sorte. Mais au final, les influences n’ont pas servi à donner une direction, tu vois.

15. (Loki) Vous parvenez cependant à apportez de nouvelles choses, et à ce titre, j’ai particulièrement été impressionné par « A Nightmare To Remember », au début, j’ai eu l’impression d’écouter un truc d’extrême très noir et evil, je me suis demandé si je ne m’étais pas planté de disque (rires). Et puis, cette partie en blast beat qui intervient à un moment…en bref, il me semble qu’il y a tout de même un effort de vouloir surprendre, encore à ce jour.

Oui, tout à fait. Nous voulons à la fois essayer de nouvelles choses et sonner de façon contemporaine. Je crois que ce disque marie le fait d’écrire à l’ancienne, avec le fait d’inclure les nouveaux procédés d’enregistrement et les nouvelles influences et idées. « Nightmare » est la première chanson que nous ayons écrite pour ce disque, et quand nous arrivons en studio, nous avons toute cette énergie initiale qui est là, et généralement, la première chose qui est écrite est quelque chose de long et de heavy. Et probablement que la façon dont sonne ce morceau a été influencé par la tournée qui a précédé l’enregistrement et même l’écriture de ce disque, cette tournée avec Opeth, Between The Buried And Me…et donc me concernant, dans ma tête, j’avais ces rythmes rapides et ces blast-beats qui tournoyaient ! (rires), et nous avons trouvés ces riffs très sombres. Probablement que tout cela était du à ces réminiscences de la tournée précédente donc. Puis, pour assurer un équilibre, nous avons cherché à évoluer dans d’autres styles. Pour en revenir à « Nightmare… », il y a cette partie où je chante, une partie très heavy à la King Diamond, Judas Priest, ça envoie, et au début, par-dessus cela, je voulais vraiment entendre ce qu’un Mickael Akerfeldt (Opeth) ferait, tu vois, (Mike nous fait alors des vocaux cookie monster en live). Au début, James a essayé une partie, mais je me suis dit, ça ne fonctionne pas. Il était trop propre et trop haut, il faut que ca soit heavy, et moi je voulais ces parties cookie monster ! (rires) Et donc, au départ, j’ai enregistré une version moi-même dans ce style de vocaux ! Mais les autres n’ont pas accroché à ce genre de truc…Ils n’ont pas des goûts aussi extrêmes que les miens, alors bon…Et donc au final, j’ai fais quelque chose plus comme l’auraient fait des gens comme Rob Flynn (Machine Head) ou James Hetfield (Metallica) et c’est ce qui a fini sur l’album.

16. (Vincent) En parlant d’extrême, les derniers groupes du genre ont tous fait plus ou moins la course à la vitesse d’exécution…cela ne t’intéresse pas, personellement ?

J’adorerai pouvoir faire ça ! (rires) Je vois les jeunes batteurs d’aujourd’hui, comme Joey Jordison (Slipknot) , Derek Roddy (Hate Eternal, Nile…) je ne sais pas comment ces mecs font pour jouer aussi vite. Et certains de ces jeunes m’ont dit qu’ils avaient grandis en m’écoutant, ce qui est un compliment énorme pour moi. Mais je crois que tout cela relève d’une évolution, ces gens là m’ont écouté, au même titre que moi j’ai écouté d’autres personnes, la batterie évolue constamment, les nouveaux batteurs amènent ce que faisaient les précédents à un autre niveau, et donc quand je vois ces batteurs de Thrash, de speed, frapper si vite, je suis totalement impressionné, je ne me vois pas jouer si rapidement. Peut-être que je suis trop vieux, peut-être que je n’ai pas l’entrainement suffisant…Des fois, j’aimerais jouer comme cela, et sur le premier morceau du disque, je joue des choses rapides, mais ce sont des choses qui sont assez « normales » dans les standards définis aujourd’hui.

17. (Loki) Il y a-t-il un processus conscient en studio visant à écrire dans des styles définis, ou est ce juste l’exploitation de ce qui vient naturellement ?

Well, les premières idées vont être des idées venant spontanément, des idées qu’on va laisser aller là où elles veulent aller. Puis lorsque nous avons une ou deux chansons écrites, nous regardons ce que nous avons et nous disons « bien, et maintenant, qu’est ce qui nous manque ? » Est-ce que nous avons besoin de quelque chose d’agressif, ou de calme, de court…Nous recherchons ensuite donc ce qu’il faut pour assurer un équilibre.

18. « Wither » fait partie de quelle catégorie de morceau, dans cette logique ?

En fait, « Wither » est une exception. C’est un bon exemple de ce que nous ne faisons d’habitude jamais. C’est une chanson que John (Petrucci) a ramené en studio, totalement finie. C’est une chanson très simple, qu’on pourrait jouer sur une guitare acoustique et chanter. Ce n’est pas notre façon de travailler d’habitude, parce que couramment, nous écrivons tous ensemble et arrivons à ces gros morceaux, mais de temps en temps, nous allons avoir un morceau comme « Wither » ou « Hollow Years ». Dans le cas de « Wither », c’était juste une bonne chanson, avec une jolie mélodie. Ce n’est pas particulièrement une chanson pour laquelle je me suis beaucoup impliqué ou à laquelle je suis particulièrement attaché, mais elle a aidé à apporter un équilibre au disque.

19. (Jean Patrick de Underground Investigation) Peux tu nous parler un peu du morceau « Shattered Fortress » ?

Il s’agit du dernier chapitre de cette « saga » en douze volets, qui dure depuis maintenant 5 disques, sur 5 chansons donc, douze étapes par lesquelles je suis passées il y a 9 ans, qui ont beaucoup affecté ma vie (NDL : Mike a eu un problème avec la boisson), et quand j’écris des paroles, je parle beaucoup de ce par quoi je suis passé, et donc je voulais écrire sur ces douze étapes ; Avec « The Glass Prison », j’ai écris sur les 3 premiers stades, j’ai poursuivi avec les autres morceaux, et nous voilà donc, 7 ans plus tard, avec le dernier chapitre, qui est un condensé de tout ce qui a précédé. Et pour moi, c’est vraiment une délivrance. C’est un peu comme si cela avait plané au dessus de mois ces dernières années, et cela fait vraiment du bien d’en avoir terminé.

20.  (Loki) en écoutant ce morceau, j’ai eu plus le sentiment d’avoir un « patchwork », plutôt qu’un « morceau » à proprement dit.

Oui, c’est ce que c’est, les quatre premières chansons du processus pouvaient se suffire à elles-même. Et donc pour la dernière, nous nous sommes assis, et avons repensé à tous ces riffs, ces paroles, ces mélodies, qui devraient revenir pour la pièce finale.

21. Cela a du être un gros ouvrage !

Oui, et ce sera d’autant plus un gros ouvrage quand il faudra le jouer ! (rires)

22. (Vincent) Comment vois-tu le futur de DT à ce stade ?

Je pense qu’il va simplement s’agir de continuer à faire ce que nous faisons ; comme je l’ai dit, nous n’avons jamais de manque d’idées au moment de composer. Personnellement, je me sens satisfait et accompli, mes rêves sont réalisés, j’ai tourné avec tous les groupes avec lesquels je voulais tourner. Cela a nécessité beaucoup de travail pour en arriver là où nous en sommes, mais c’est un grand accomplissement aussi, et le futur va consister à maintenir cela, et continuer de faire à ce que tout le monde continue d’être heureux, nous-mêmes, les fans, et peut-être gagner de nouveaux fans.


Merci aux adorables jeunes filles de Roadrunner pour leur accueil et leur confiance.

 Loki

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