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PAUL BOSTAPH (Testament) le 24/04/2009

PAUL BOSTAPHInterview réalisée dans les coulisses du Zénith à l'occasion du passage de TESTAMENT en compagnie de MEGADETH et JUDAS PRIEST.

Rencontre avec le grand batteur qu’est Paul Bostaph (ex-Slayer, ex-Forbidden, ex-Exodus…etc) aujourd’hui au sein de Testament, très en forme et….extrêmement bavard ! Posez une question à Paul, et il partira à droite, à gauche…mais Paul ne parle jamais pour rien dire, et c’est avec plaisir que je vous fais partager (une partie de) ma conversation avec ce personnage haut en couleur et très talentueux…

 

 

 

 

1. Je crois savoir que vous étiez en Espagne hier soir…pas trop dur le trajet ?

Eh bien, on a fait quinze heures de routes pour arriver jusqu’ici, et donc l’astuce consiste à se rester debout aussi tard que possible, et ce matin par exemple, j’ai été sur ma couchette vers 6 heures du matin, et j’ai dormi le temps d’arriver ici. Les autres jouaient à la playstation ou je ne sais quoi ! (rires)

2. Nous voilà donc au Zénith, je crois que tu as toi-même déjà joué ici ?

Oui, deux fois, lorsque j’étais dans Slayer…Testament ont déjà joué ici en headlining, sur le « Practice What You Preach Tour », il y a un moment. Depuis que j’ai rejoint le groupe, nous n’avons joué qu’au Hellfest l’an dernier. D’ailleurs, je m’y suis beaucoup amusé. Vraiment du bon temps.

3. Tu as fait partie de groupes légendaires tout le long de ta carrière, et te voilà chez Testament, peux-tu me parler un peu du processus de ton recrutement ?

En fait, depuis le moment où j’étais dans mon premier groupe, Forbidden, nous avons toujours été plus ou moins en contact. Et donc, le jour où Louis (NDL : Clemente, batteur originel de Testament) a quitté le groupe, ils m’ont passé un coup de fil pour que je le remplace temporairement. Donc, on a toujours eu ce contact « vague », ils ont toujours été des gens cool avec qui sortir ou faire de la musique. Tout dépend du moment, et j’étais disponible, alors…me voilà !

4. Tu es un musicien apprécié d’une façon générale, et à cet égard, j’aimerai remonter un peu le temps avec toi pour passer en revue ta carrière. Il y a-t-il eu une raison particulière pour tous les changements de groupe que tu as connus ? peut-être des manques personnels ?

C’est marrant, parce que c’est une question que je me suis encore posé dernièrement…Il y a encore peu, j’étais en tournée avec Exodus, nous étions dans le tour bus et nous parlions avec les gens, nous signions des trucs, et à moment donné, un type s’est pointé avec pratiquement tous les disques sur lesquels j’ai joué dans ma carrière et je me suis dit « putain, j’ai joué sur tous ces disques, avec tous ces groupes différents ! » (rires) Et ce n’est pas quelque chose que j’avais forcément réalisé avant, parce que je vis au jour le jour, alors j’ai commencé à y penser. Pour Forbidden, j’étais encore jeune, il y avait des choses qui ne me convenaient pas, et chaque cas est différent au final, parce que chaque groupe représente de nouvelles relations, sans parler des difficultés liées au business même. Mais au final, il s’agit de musique. Chaque musicien est un artiste, et certains sont meilleurs que d’autres. Pour ma part, je suis batteur. Et il y a eu des fois où je n’ai pas eu la possibilité de m’exprimer autant que je l’aurai voulu. Je suis assez perfectionniste dans ma démarche, et là ça touche au relationnel aussi. Par exemple, aujourd’hui je suis dans Testament, mais si j’ai besoin de faire autre chose à côté parce que je suis en manque de certaines choses, je le fais.


5. Donc, le fait d’être dans un seul groupe ne satisfait pas à tous tes besoins ?

Je pense qu’aucun musicien n’est jamais satisfait dans un seul groupe, de toute façon. Dans un groupe, on écoute tous toujours différents styles de musiques, les influences et les idées sont diverses. Dans les groupes, il ya toujours des gens qui sont le moteur créatif. Pour Testament, Eric (Peterson) et Chuck (Billy) vient en première ligne, puis vient Alex (Sckolnick) et Greg (Christian) et moi avons aussi des idées. Il y a donc au final une espèce de « structure », un « ordre », et tu dois définir ton rôle dans ce contexte, qui consiste au final à aider à la création des meilleures chansons possibles. Pour beaucoup, cela a un lien direct avec l’ego. Pour ma part, à chaque fois que je suis dans une situation de création, et que mon ego pointe le bout de son nez, (rires) il faut que je prenne un peu de recul, pour éviter de ne voir que ma façon de voir les choses et être en mesure d’écouter d’autres idées, parce qu’elles pourraient être meilleures, et c’est comme cela qu’on arrive à de meilleures idées que celle qui a été trouvé au début par une personne. Et il n’y a que  l’ego qui peut se mettre en travers de ce processus.

6. Si je prends un exemple comme Slayer, qu’en a-t-il été en terme d’ego ?

L’ego, c’est quelque chose que j’ai du gérer toute ma carrière. Nous en avons tous un. Et on n’est jamais vraiment totalement en mesure de le contrôler. Mais le fait est que tu sais qu’il est là, et dans quelle mesure cela peut être préjudiciable pour les meilleures idées et la communication avec les autres, parce que tu n’es jamais tout seul à te parler. Il y a quatre ou cinq autres types avec toi. Concernant Slayer, ils n’ont jamais essayé de se poser en obstacle de ma créativité. Ils m’ont toujours encouragé à faire les meilleures parties batterie possibles. Parfois Jeff (Hanneman) venait avec un rythme de batterie électronique, et j’adaptais. Kerry (King) a eu tendance à me diriger de moins en moins, il me faisait de plus en plus confiance au fur et à mesure du temps. Mais ce que je crois c’est que la vie change au fil des années pour un musicien, et les raisons pour lesquelles j’ai quitté Slayer à l’époque ne sont plus actuelles. 10 ans c’est long, et au final, j’en suis là où j’en suis aujourd’hui. Et eux enregistrent un album en ce moment avec Dave (Lombardo). Mais je crois que de toute façon, à moins d’être la tête pensante d’un groupe, il y a un moment où tes pensées et ta vision à toi ont besoin de s’exprimer. Et la créativité, c’est un peu comme des muscles, si tu ne te sers pas de tous les muscles de ton bras, tu le casses. Et c’est pareil pour la créativité ; si je ne peux pas exprimer tout ce que je cherche à exprimer, j’ai besoin de le faire ailleurs au final. Cela dit, j’ai toujours été le gars d’un seul groupe. Quand je suis là où je suis, je suis dédié, c’est uniquement ce que je dois faire.

7. Pourrais tu me définir ton rôle, justement aujourd’hui, en tant que batteur ? Cherches tu toujours à faire évoluer ton style, s’agit-il de proposer uniquement ce qui est bon pour un morceau…question complexe, j’en conviens !

(rires) non, pas complexe, mais à multi-facettes ! Je dirais qu’au fil des années, j’ai appris à me mettre au service des morceaux, au lieu d’essayer d’être le meilleur batteur du monde ! Et j’ai voulu faire cela, plus jeune. Ce que j’essaie de faire, c’est de proposer quelque chose de moi sur chaque disque que je n’ai pas exprimé auparavant. Et donc, si je fais la même chose sur un disque comme je l’ai fais sur le précédent, je me dis que je n’ai pas évolué et progressé. Et quand tu vas acheter le disque, tu ne trouves rien de nouveau.


8. Cela dit, cela doit être quelque chose de complexe à accomplir, car dans une certaine mesure, c’est un style musical qui obéi à certaines « règles » pour ainsi dire.

Oui, c’est sur, je joue dans un groupe de heavy metal/ Thrash metal. Et puis les influences interviennent beaucoup aussi. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais AC/DC, Tommy Aldridge (NDL : Ozzy, Whitensnake…), Nick Mc Brain (Iron Maiden), Cozy Powell (Rainbow, Jeff Beck, MSG…) Dave Lombardo (Slayer)…Remarque, je n’écoute plus autant Slayer qu’avant, (C’est parti, Paul digresse…) vu que j’en ai fais partie pendant longtemps, mais j’écoute parfois des chansons que je n’avais pas l’habitude de jouer avec eux, comme « Behind The Crooked Cross » ou « Ghost Of War » (NDL : sur l’album « South Of Heaven »). Et puis j’adore Pantera aussi. Ils ont pour moi été probablement le groupe le plus heavy du monde (Paul part sur 5 minutes sur Pantera et la conversation vire à la discussion de potes sur leur dernier jouet ! Puis Paul recadre) et euh, oui donc, je disais, mes influences interviennent sur ma façon de faire, forcément. En tournée, j’ai joué avec de très bons groupes, et j’ai aussi tourné en compagnie d’autres groupes très bons, comme Slipknot, et je me souviens que tous les soirs, quand ils jouaient, je trouvais cela très intense, avec une bonne attitude, et j’étais derrière le kit de Joey Jordison et me disait « This kid can play. » Et c’est le genre de chose qui peut m’inspirer. Même encore aujourd’hui, sur cette tournée, plusieurs générations sont présentes, donc avec moi, Scott Travis (Judas Priest) et Shawn Drover (Megadeth), ils sont aussi source d’inspiration ; ce qu’ils font, ils le font bien.

9. L’ambiance sur une tournée importante est-elle décontractée ou assez pressurisante ? Avez-vous le temps de sympathiser, en quelque sorte ?

L’ambiance est très amicale, chacun respecte l’espace de chacun, les gars de Judas Priest et de Megadeth sont très cools. La tournée dure 7 semaines, et alors que nous touchons à la fin, je réalise que c’est vraiment passé en un clin d’œil. Tout ce temps, nous sommes bien sur tous loin de nos familles, mais les bonnes conditions aident beaucoup. Ma femme n’est pas là, et sa fille de treize ans non plus, c’est sur, mais je fais ce que j’aime faire, alors je ne me donne pas le droit d’être misérable. J’aime ma vie ainsi. Et quand j’ai l’opportunité comme cela de partir en tournée et de jouer devant des gens, je le fais à fond, et je le fais comme si c’était la dernière fois. Parce qu’on ne sait jamais. Et je fais aussi aujourd’hui quelque chose que je ne faisais pas forcément avant, je ne passe plus mon temps dans les bus ou dans les dressing-rooms, et je saisis la chance d’aller voir au dehors, pour voir des choses que je n’ai jamais vues. Alors c’est sûr, la famille, c’est le premier amour de ma vie, mais la musique vient tout de suite en second ! (rires) heureusement, je peux passer aussi de longues périodes de temps chez moi, et je suis tout le temps là, cela compense. Par contre, quand je suis avec ma femme, disons pendant quatre mois, je ne touche pas un kit de batterie, et je me dis bon, apprécions un peu le fait d’être marié ! (rires) et quand après tout ce temps, je reviens sur un kit de batterie, je suis devenu naze ! (rires) Si tu ne joues pas d’un moment, tu perds tes instincts. Il est très difficile de parvenir à un niveau où tu n’as pas besoin de penser quand tu joues.

10. Wow…tu as répondu à toutes mes questions dans le cours de cette conversation, on fait quoi ?!

(Rires) oui, je sais, je fais ça, souvent ! eheheh…Mais tu sais, ce n’est pas intentionnel ! j’aime parler aux gens, et comme je n’ai pas l’occasion de le faire souvent, c’est toi ma victime !  (rires)

(La conversation continue et Paul me raconte ses jobs entre deux tournées, ses souvenirs de tournée avec Motorhead et Heaven And Hell l’an passé…si VRAIMENT vous le demandez, je retranscrirais tout, cher lecteurs eheheh)

Loki

 

 

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