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Rob Flynn et ses comparses enchantent encore les foules avec son metal burné depuis 1950. Passant les modes et les courants musicaux, les Américains sont toujours à la page...Rencontre avec un monument du metal mondial! (Entretien avec Adam Duce)
1. Bien, nous voici dans cette grande et belle salle ce soir ; la dernière fois que je vous ai vu jouer, c’était l’an passé à l’Elysée Montmartre…
Aaaah oui, nous y avions fait deux soirs. C’était très bien. Mais j’aime jouer dans des clubs comme cela, et j’aime aussi jouer dans de grandes salles, la « magnitude » est différente. En général, sur des scènes comme celle de ce soir, les moyens ne sont pas les mêmes, il y a plus de gens impliqués, plus d’argent, plus d’employés qui savent de quoi il retourne…c’est autre chose que d’avoir à faire à des gars qui ont eu le plan parce que leur frère connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un ! eheheh… Enfin, au final, jouer ici ou ailleurs, nous sommes là pour faire notre job, quelque soit la taille de la salle. Nous sommes là pour donner ce que nous aimons, nous sommes tous des passionnés de musique, il ne s’agit que de cela. 2. Cela dit, sur des affiches comme celle-ci, le temps vous est compté…la façon d’envisager la setlist est elle du coup différente, par rapport à une soirée d’headlining ?
Pas vraiment, nous choisissons simplement les chansons pour créer un set intéressant, en fonction de la réaction de l’audience, aussi. Mais nous avons 6 albums maintenant, il est compliqué de choisir parfois, de faire l’impasse sur certains morceaux favoris du fait du temps limité…mais au final, nous essayons de donner le meilleur au public avec le temps imparti.
3. Donc, il s’agit d’efficacité.
…non, il s’agit plus de feeling ! (rires) C'est-à-dire, ce qui va sembler la meilleure chose à faire, juste parce que le feeling sera bon. 4. Avec le temps, vos disques ont de plus en plus renfermé des chansons parfois plus complexes en terme de structure, plus longues également…Cette direction est-elle une démarche consciente ?
Comme je l’ai déjà dit, tout ce que nous faisons est basé sur le feeling, et donc nous ne nous sommes pas dit à moment donné « faisons des chansons de dix minutes ». Mais après avoir fini une chanson, et en nous rendant compte qu’elle était longue, nous avons essayé de la raccourcir, mais ça n’a pas fonctionné, le morceaux avait besoin de toutes ces parties, et donc on s’est dit « fuck it, pourquoi ne pourrions nous pas proposer une chanson de 9mn ou de 10 » Si la chanson devait être comme cela, il n’y a pas besoin qu’il en soit autrement. C’est comme cela que nous faisons tout. Nous essayons toutes les manières possibles, et conservons ce qui est le plus naturel, le plus organique, ce qui est le plus énergique, ce qui va donner aux chansons leur personnalité. Quand nous composons, nous nous soumettons des idées ; parfois, Rob (Flynn) va venir avec une chanson en entier, et à ce moment là, nous essayons tout ce qu’on peut essayer, pour que cela contente tout le monde. C’est un processus long, certaines personnes peuvent écrire un album en trois mois, mais il ne semble pas que ce soit la bonne manière pour nous, nous mettons parfois un an et demi ! Parfois, nous allons abandonner une idée trouvée quelques temps auparavant. Cela peut prendre 9 mois pour qu’une chanson soit finie, à force de la travailler et de la retravailler, mais parfois, nous allons écrire une chanson en une seule journée. La créativité est un processus aléatoire, la composante « organique » est là, ou pas, sur le moment, parfois ça va très vite, et à d’autres moments non.
5. Peut-être même que les meilleures idées viennent quand on ne les attendait pas ? Quand on ne force rien ?
Oui absolument ; et c’est là toute la magie de la chose. Si on pouvait faire un « on/off » là-dessus, on pourrait ne rien faire pendant une semaine, puis mettre sur « on » et écrire le meilleur disque du monde en une heure ! (rires). Mais cela ne marche pas comme cela chez nous. Nous savons que nous tenons ce qu’il nous faut quand, après avoir joué quelque chose, on se regarde et on se dit « fuck yeah ! rejouons ça !! »
6. L’artwork, les paroles, l’agression musicale de votre dernier disque…tout cela est très noir, en tout cas, plus qu’avant…quel est ton sentiment ?
Je ne pense pas que Machine Head soit un groupe négatif. Le style de musique que nous avons choisi est un genre intense…(pensif) je ne me vois pas jouer un autre style de musique, à vrai dire. Ce ne serait pas faire ce que j’ai dans les tripes. Je peux par contre écouter beaucoup de choses différentes, mais pour ce qui est de ce que je veux faire, je m’emmerderai royalement si je jouais de la country ! Le heavy metal, c’est mon truc.
7. (Adam s’évade, je recentre mon idée !!) Ce que je voulais dire par « négativité », c’était peut-être par exemple ce qu’expriment les paroles, une certaine frustration, un regard sur le monde qui nous entoure…
Oui, nous « retirons » beaucoup de choses de toutes les choses négatives nous entourant. Je pense que le metal est né de la frustration, de la colère par rapport à ce qui nous entoure. C’est une expression très forte de ce qu’on ressent en traversant certaines choses. Ainsi, tu peux agir de façon agressive et violente tout en allant pas en taule ! (rires)
8. Tu sembles totalement dédié à Machine Head, mais après toutes ces années, ne t’est-il jamais arrivé de te dire que tu avais besoin d’ « à côtés », trouves tu parfois des idées qui ne vont pas nécessairement rentrer dans le cadre de ce groupe ?
Je pense que c’est un peu tous notre cas dans le groupe, de trouver des choses qui ne fonctionnent pas forcément dans le groupe. De toute façon, je ne pense pas que qui que ce soit puisse être totalement satisfait de ce dont il dispose dans la vie ; parfois, tu te dis que tu veux devenir quelque chose en particulier, et lorsque plus tard, tu finis par y parvenir, tu sens que quelque chose manque encore. C’est la condition humaine, nous ne serons jamais complètement satisfaits de ce que nous faisons, tout au moins je ne fonctionne pas comme ça. Nous avons tellement d’idées qui ne mènent à rien au final…on appelle cela le « cimetière à riffs » (rires). Nous devons avoir en ce moment l’équivalent de 3 ou 4 disques de riffs qui ne seront jamais utilisés ! S’il n’y a pas le feeling, ce n’est pas adopté. Sur le dernier album, nous n’avons que huit titres, parce que nous ne voulions pas mettre un ou deux autres morceaux juste pour être payés un peu plus. C’était juste la meilleure chose à faire pour le disque, et puis, même s’il n’y a que huit titres, ça fait quand même plus d’une heure de musique, c’est probablement le plus long que nous ayons jamais fait. Mais nous nous sommes attachés à inclure uniquement les chansons les plus puissantes, l’album sonne « complet » en l’état.
9. Quelque part, il y a tout de même une « formule » dont le groupe ne doit pas trop s’éloigner… ?
Oui, cette formule s’appelle « Machine Head » ! Les gens nous apprécient pour ce que nous faisons, et c’est ce qui nous fait aller de l’avant, mais je ne pense pas qu’il y ait une « formule » à proprement dit. Il doit juste y avoir cet élément « humain », un feeling qui doit transpirer par la musique.
10. Parles moi de la vie sur la route, le fait de faire partie d’un groupe majeur, les sacrifices…
Il y a définitivement des sacrifices à faire pour pouvoir faire ce que je fais là. Il faut rester longtemps loin de chez soi. Deux des membres du groupe ont des enfants. L’un d’entre nous est marié et a deux enfants. Pour lui, je suis sûr que cela doit être difficile parfois. Même moi je le ressens en ayant simplement une petite amie et un chien ! Faire ce que nous faisons, c’est beaucoup de concessions. Et puis une fois tout cela fait, tu rentres chez toi, et soudainement, le manque de stimulation constante se fait sentir et tu te dis « bon, et maintenant, je fais quoi ?? » (rires) Mais bon voilà, nous avons été sur la route pendant deux ans jusqu’ici, et il reste encore un an comme cela, il est certain que tout le monde ne peut pas adopter ce genre de vie. C’est un style de vie « d’usure » ! Le plus difficile dans ce « job », c’est l’attente. Attendre toute la journée, c’est difficile ! Les jobs les plus difficiles ne sont pas ceux qui te tiennent occupé toute la journée, ce sont ceux où, pendant de longues périodes, tu es démuni ! Me concernant, il est dur parfois de gérer les vingt trois heures dans la journée où rien ne se passe ! En plus, je ne fais pas la fête, vraiment. Je ne bois pas. Cela fait des années que nous faisons ce que nous faisons, et j’ai beaucoup fait la fête pendant longtemps. Mais arrivé à un point où ta vie consiste à faire la même chose 250 jours par an, à tout le temps faire la fête, tu n’apprécies plus. Je m’amuse aujourd’hui bien plus en sortant avec des gens qui se mettent minable que de me mettre minable moi-même !
11. Et puis, il faut rester en forme...
Oui, ça aussi, c’est dur ! (rires) Quand tu ne fais rien de la journée, tu as toujours un café dans les mains, tu es tenté de bouffer tout le temps ! Dur de rester en forme…
12. Et si tout cela se termine un jour ?
Eh bien, j’ai plusieurs plans de secours ! Je gère des locaux de stockage en ce moment, j’ai 90000 m2 à gérer, et je fais donc de la location. C’est un business très lucratif aux Etats-Unis, et ça prépare déjà ma retraite, pour ainsi dire…quand tout sera fini, je deviendrais un professionnel dans le fait de prendre du bon temps. (rires) Je fais des choses pour ne pas m’ennuyer, au final. Je pense à des moyens pour que mon argent travaille pour moi, au début je faisais de l’évaluation immobilière, quelque chose que j’appréciais, et à moment donné je me suis dit, pourquoi ne pas obtenir le permis de faire cela, puisque de toute façon, c’est ce que je vais finir par faire. Et c’est donc un business très lucratif, c’est ce que je fais quand je peux le faire. Je dois avouer que l’argent n’a jamais eu de mal à atterrir dans ma poche. Donc au final, il s’agit de savoir ce qui t’intéresse. Je veux juste continuer à faire les choses qui me plaisent, et l’argent sera toujours là.
Loki
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