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Inutile de présenter OPETH à nos lecteurs. Les Suédois sont devenus en huit albums studio les leaders incontestés du Métal Progressif Extrême. A l'occasion de leur passage Parisien en concert, Per Wiberg a bien voulu nous dévoiler ses vues et réflexions sur notre musique de prédilection.
1. Hello, tu m’as l’air en pleine forme, par rapport à Mickael (Äkerfeldt) que j’ai vu tout à l’heure et qui avait l’air crevé !
Oui, il est pas au top aujourd’hui ! parfois, il est difficile de faire une bonne nuit. Nous sommes arrivés tôt ce matin, comme il est très difficile de se garer dans votre ville !!!
2. Bien, en tout cas, merci de ton temps…j’imagine que les interviews, c’est un peu le passage obligé ?
Non, vraiment, ça va. Je n’ai pas de problème avec ça. La plupart du temps, j’ai à faire à des gens amicaux ! Et puis, c’est parfois difficile, parce que tout dépend de l’humeur des gens sur le moment, tout le monde n’a pas passé une bonne journée, on ne sait pas ce qui se passe dans la vie de chacun…Nous ne sommes pas des machines.
3. Te concernant en particulier, la première fois que j’ai entendu parler de toi, ce fut par Spiritual Beggars (NDR : Per était le clavier de ce groupe de stoner mené par Michael Amott d’Arch Enemy), et je dois avouer que ma première opinion de toi était : « rock’n rooooll » (rires). Quelque chose dans ta façon de jouer et ton attitude…Et lorsque j’ai appris que tu rejoignais Opeth, je ne savais pas à quoi m’attendre. Ecoutais-tu beaucoup de death metal auparavant ?
Oh oui, clairement. J’écoute beaucoup de métal extrême ; de death ou de black. Tous les genres de métal ! J’ai grandi en écoutant toutes sortes de musiques, j’ai joué en groupe pour la première fois en 1981, je jouais des choses plutôt hard rock / heavy rock, des choses qui étaient un peu « in » à l’époque, les classiques des 70 étaient encore en vogue, comme Led Zeppelin, Uriah Heep, Deep Purple, etc. Puis il y a eu Saxon, Def Leppard, et j’en suis venu un peu plus tard à Venom ou Bathory…en un mot comme en cent, je suis juste passionné de musique, le métal m’a toujours paru comme étant une musique intéressante, et au fur et à mesure que les années passaient, les sons devenaient de plus en plus agressifs, rapides, et…j’ai toujours aimé ça ! Peu importe comment cela s’appelle, c’est juste du rock’n roll pour moi. Pour moi, il y a du bon dans tous les genres musicaux. Je n’ai rien contre les gens qui labelisent systématiquement ce qu’ils écoutent, à partir du moment où ils comprennent ce qui se passe. Tu ne peux pas aller à un concert de Judas Priest et dire « C’est pas assez funky » (rires), parce que tu es censé savoir ce que tu vas y trouver. Même chose quand tu vas voir George Clinton et Parliament, il ne faut pas se plaindre ! (NDT : s’ensuit un bout de conversation libre avec votre serviteur, qui est ravi de trouve comme lui un métalleux trouvant la funk originelle attrayante). Il y a des gens qui font une crise d’identité, ils ne savent pas s’ils sont « autorisés » à écouter un groupe ou pas, si ce dernier est « true » ou pas (rires). J’ai horreur des fondamentalistes de la musique ! Ce sont probablement des gens à la recherche de leur identité, et on était probablement comme cela quand on était plus jeunes, personne ne veut aimer ce que les autres aiment, tu veux avoir ton propre truc. Mais j’imagine que, quand tu grandis, tu te débarrasse de ce genre de considérations, et tu te mets simpement à apprécier ce à quoi tu es sensible.
4. Bon, j’essaie d’éviter les questions auxquelles tu as déjà du avoir à faire des centaines de fois, mais…bon, je dois quand même te demander : Pour beaucoup de gens, Opeth n’est pas nécessairement perçu comme étant une démocratie. Quel est le véritable processus lorsqu’il s’agit d’écrire, dans les processus de décision ? Je savais comment fonctionnait ce groupe avant de le rejoindre, pour ainsi dire. Il s’agit des « visions » de Mikael, principalement. Je le connaissais avant déjà, la Suède est un petit pays et plus particulièrement si tu écoutes du hard rock ! (rires). Il présente la plupart des idées au groupe, tout le monde écoute, dit ce qu’il en pense, il est déterminé si certaines choses doivent être retravaillées. Tout le monde dans ce groupe a je pense sa propre approche, son propre son bien à lui, donc au final, chacun met de lui dans ce qui se passe. C’est ainsi que nous procédons.
5. Je sais qu’Opeth est un groupe qui marche bien, mais suffit-il à satisfaire tous tes besoins musicaux, si je puis dire ?
Non, je ne pense pas que je serais un jour pleinement satisfait ! Je crois que je suis le seul dans le groupe qui, une fois Opeth en pause, se remet à jouer avec des amis, dans des pubs ou ailleurs, enregistre avec d’autres gens, etc. C’est ce que j’aime, c’est ce qui m’intéresse, et c’est ce qui fait que je joue toute sorte de musique aussi. Il y a un mois, nous avons achevé une tournée de six semaines aux Etats-Unis, et lors de pauses, je jouais avec un groupe nommé « Clutch », avec lequel j’ai enregistré quelque chose. Ce sont de très bons amis à moi, et j’ai déjà joué live avec eux également.
6. Enfin, nous voici dans le bel Elysée Montmartre ! Juste un mot sur la tournée, jusqu’ici, peut-être ?
Elle se passe très bien, c’est là en fait notre première vraie tournée en headlining en Europe, nous avons fait quelques festivals cet été, et c’est une bonne chose de pouvoir faire ces shows en club, pour jouer tout de même plus longtemps….
7. Finalement, est-ce que cela fait une différence pour toi de jouer devant une marée humaine ou de jouer ici ?
J’aime jouer dans les festivals et plus particulièrement ceux n’étant pas exclusivement métal, et pas seulement du fait de mon intérêt personnel pour la musique au sens large, mais c’est aussi l’occasion de présenter sa musique à une frange de l’audience qui ne serait jamais venu voir à quoi ressemblait le groupe en dehors de ce contexte. Ce sont des gens qui viennent donc te voir jouer parce qu’ils n’ont…rien d’autre à faire, alors ça peut fonctionner ! (rires) Parce que dans la communauté métal, c’est différent, la plupart des gens savent déjà tout sur tous les groupes ! Les festivals sont appréciables aussi pour rencontrer des gens que l’on ne voit pas le reste de l’année. Cela dit, lorsqu’il s’agit de jouer à proprement dit, les clubs sont plus sympas, les gens étant généralement plus « proches » de toi, il y a bien plus d’énergie, et comme je l’ai dit, on peut jouer plus longtemps….
8. Le set sera long ce soir ?
Mmm, je crois que malheureusement, du à un couvre feu un peu contraignant, on nous a dit que cela n’excèderait pas 90 minutes, ce qui représente une durée moyenne.
9. La vie en tournée est-elle quelque chose de contraignant, est-ce un train de vie fait de sacrifices pour toi ?
Pour la plupart des gens, je pense qu’effectivement, cela nécessite beaucoup de sacrifices, notamment pour la vie sociale, chez soi, puisqu’on y est jamais. Mais cela dépend de la perception personnelle de chacun. Je pense quand même que si tu considères cela comme un sacrifice trop important, tu ne devrais probablement pas être sur la route. Personnellement, j’ai fais cela pendant tant d’années, c’est devenu mon mode de vie, après un certain temps. Je ne me plains jamais de tout cela. Beaucoup de gens s’en plaignent pourtant. J’ai envie de leur dire « Ben…arrêtez » (rires) « et trouvez vous un job ! » Bien sûr, tout cela a ses hauts et ses bas, comme tout autre cadre de « travail » pour ainsi dire, mais pour ma part, je suis heureux de faire tout cela, d’avoir l’opportunité de faire ce que j’aime le plus tous les soirs et dans le monde entier, et puis, ce n’est pas dans tous les emplois que tu te fais applaudir après avoir fini ton job ! (rires).
10. Il y a probablement tout de même des moments où le trouble et la fatigue sont là ?
Oui cela arrive, mais à chaque fois que c’est le cas, je me rappelle à mon bon souvenir que ce que je fais relève du privilège et j’essaie d’être le plus humble possible, surtout dans la mesure où l’on se dit parfois qu’un jour, il se pourrait que personne ne s’intéresse plus à nous ! Je pense que tout le monde pense à cette fin hypothétique. Je pense juste que rien ne dure jamais pour toujours, alors je crois sain de faire d’autres choses en parallèle, musicalement et humainement. Au jour le jour, tu apprends, et tu peux devenir un meilleur musicien et une meilleure personne.
11. Essayons de ne plus considérer que tu fais partie de ce groupe depuis deux albums, veux-tu (rires), et dis moi comment, avec le recul, tu perçois l’ « héritage » Opeth, sa carrière…Que penses-tu que ce groupe ait accompli ?
Je dirais que, même avant de rejoindre le groupe, j’ai toujours pensé que c’est un groupe qui évolue constamment, musicalement, car même si on peut reconnaitre le « style » général, en terme de production et de qualité musicale, il y a eu de grands développements, entre Watershed et le premier disque. Cela sonne quasiment comme deux groupes différents. Il s’est passé quatorze ans. Je pense d’ailleurs que pour ce genre de musique en particulier, la progression est préférable, surtout quand on est catalogué « progressif » ! en tout cas, si ce mot a une définition ! Pour certains groupes, cela peut fonctionner de faire la même chose tout le temps, mais pour ce groupe, il est très important d’avancer en permanence. Après je pense que des groupes comme Slayer, Motörhead ou AC/DC font exactement ce qu’ils veulent faire. Je ne crois pas qu’ils aient envie d’écrire des morceaux de 25 minutes !
12. Bien, on va te remettre dans le groupe (rires). Toute modestie mise à part, que penses tu avoir apporté à Opeth ? Que penses tu être ta « tâche » ?
C’est dur comme question…Je sais qu’il y a beaucoup de très bons claviéristes partout, probablement meilleurs que moi, mais il n’y a pas beaucoup de claviéristes « rocking » ! J’espère que, comme tu le disais tout à l’heure, j’amène un peu de rock’n roll dans tout cela, parce que pour moi, il faut qu’il y ait une certaine attitude. Certains claviers sont très agréables à écouter, ou même à voir, mais certains semblent aller au charbon. Il faut qu’il y ait un feeling particulier à mon sens, quelque chose de rock’n roll, j’espère amener cela, même si je fais du clavier, ce qui est mal perçu par certains d’ailleurs, mais je m’en fous. Peu importe ce que tu joues, c’est ce que le cœur à l’ouvrage que tu vas y mettre qui est important. J’espère aussi amener un peu d’enthousiasme en ce sens. Et puis, peu de claviers utilisent ces sons vintages que j’utilise dans ce groupe. Surtout dans un contexte death metal, les claviers sont surtout utilisés pour de grosses orchestrations, et ce n’est pas mon truc. Et je ne pense pas que c’est ce que les autres gars du groupe voulaient également, dans la mesure où Opeth a une dimension « classic rock » en plus. Donc, en résumé, les claviers vintage, c’est rock’n roll. Voilà ce que j’apporte au groupe ! (rires).
13. Que t’as enseigné l’expérience Opeth jusqu’ici, en terme musical ?
Musicalement, je joue des choses rythmiquement que je n’aurais jamais joué dans d’autres groupes, il a aussi fallu faire des vocaux harmoniques, et le fait de devoir tout faire en même temps est formateur !
Merci à Charlotte pour sa patience, ce jour là et encore aujourd’hui.
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