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IDAVOLL le 18/01/2020

IDAVOLLInterview réalisée par mail avec Kernelyd responsable du site IDAVOLL.

Une fois n'est pas coutume. Faisons abstraction des sempiternelles interviews de groupes, assos concerts et autres zélateurs du music business. Penchons-nous particulièrement sur un site et sur sa responsable qui dépeigne un univers largement abordé dans nos colonnes. Ce site est une mine d'informations sur tous les aspects de la culture Viking et dieu sait (ou Odin devrais-je dire!) si le métal a puisé à outrance dans cette forme de culture païenne. Kernelyd va par le biais de cette interview nous faire voyager dans le temps de la culture pré-chrétienne des "hommes du Nord" et elle est intarissable...

 

1- Bonjour Kernelyd, KAOSGUARDS depuis ses débuts soutient le mouvement pagan viking et cela me tient à coeur de présenter des activistes comme toi. Peux-tu nous présenter un peu ton parcours. Quand et comment es-tu tombée dans la corne d'Odin? Combien êtes-vous dans IDAVOLL?

Bonjour lecteurs de KAOSGUARDS, et merci à toi de l’intérêt porté à IDAVOLL.
Il n’y a pas eu de moment précis. Tout a commencé avec la musique, et en particulier le Black Metal norvégien, avec ses symboles, les noms des groupes, les titres de morceaux se référant à la mythologie nordique ou encore les paroles évoquant l’Histoire du pays. Le contexte culturel de l’émergence de ce mouvement musical m’a interpelée, je voulais comprendre.

Au fur et à mesure de mes recherches, ce qui m’a d’abord captivée, ce sont les ornementations sur les artefacts vikings. Peu séduite jusque-là par les entrelacs celtiques à la géométrie implacable, les motifs végétaux et zoomorphes de l’Âge Viking - notamment la représentation emblématique de "la bête agrippeuse" - m’ont littéralement fascinée. C’est un art qui exprime viscéralement l’âme de la Nature, où tout se lie et est interdépendant. La simplicité de ce qu’il illustre n’a d’égal que la complexité de son exécution qui, chose remarquable, n’était pas l’apanage d’une élite artistique.
Puis en 2008, j’ai été à l’initiative de la création d’un e-commerce dédié aux produits et à l’artisanat d’inspiration celtique et viking, appelé Chaosphere Shop. L’année suivante, nous étions les premiers à vendre des cornes à boire à l’extrem market du Hellfest. Un des objectifs qui me tenait à coeur dans cette entreprise était de communiquer au sujet de l’histoire originelle et de la signification, souvent méconnue, des symboles directement sur chaque fiche produit.

Des cendres de cette aventure commerciale écourtée, Idavoll est né le soir du 21 Juin 2011, d’abord pour pouvoir archiver et compulser mes recherches en me constituant une sorte de bibliothèque virtuelle personnelle, puis peu à peu comme un portail de ressources partagé.
Diplômée de la Faculté de Philosophie – certains ne manqueront pas de voir là une bonne explication à la longueur de mes réponses - je suis autodidacte pour tout ce que je dois savoir faire sur le site, y compris techniquement, et seule à bord depuis bientôt 9 ans.

2- D'ailleurs que signifie IDAVOLL?

Dans la mythologie nordique, Iðavöll est le nom de la plaine d'Asgarð, le lieu de résidence des dieux, où règne Odin accompagné de douze autres ases, mais aussi après les Ragnarökr, la fin du monde, le lieu qui subsiste dans le monde nouveau et où se retrouvent les ases ayant survécu: " C’est là aussi que viendront les fils de Thor, Modi et Magni, lesquels seront en possession de Mjöllnir. C’est là encore que se rendront Baldr et Hodr, en provenance de Hel. Tous ensemble, ils prendront place et converseront: ils évoqueront leurs antiques secrets et s’entretiendront de tous les événements qui autrefois se déroulèrent, du serpent de Midgard et du loup Fenrir. Ils trouveront dans l’herbe les tablettes d’or qui avaient appartenu aux ases." (Gylfaginning 53, Edda de Snorri Surluson).

IDAVOLL est donc par essence et tout à la fois un lieu qui appartient à l'ancien monde et au nouveau, un espace où tout s'achève et d'où tout renaît. Ce nom m’est apparu comme un trait d'union parfait entre l'Âge Viking et les temps modernes revisitant le passé, puisqu’il est aussi bien question sur le site d’Histoire, de découvertes archéologiques, scientifiques comme d’initiatives contemporaines artistiques et autres inspirées par l’Âge Viking.

Il m’est régulièrement reproché, parfois avec la véhémence qu’autorisent les réseaux sociaux, le fait de partager des publicités, d’annoncer la sortie de tel film ou telle série, ou encore de partager les travaux de telle ou telle personne. Mais l’image que notre époque se forge des Vikings, la manière dont elle s’empare du sujet, témoigne tout autant de quelque chose d’historique que celle par exemple du XIXème siècle et ses imposantes walkyries wagnériennes. Tout cela à la fois est de l’Histoire, un mélange plus ou moins subtil selon le dosage d’objectivité et de subjectivité, dans lequel se délie un soupçon de fantasmes, le tout pétri dans un carcan d’idéologies sociales, politiques et religieuses dont il est bien pénible de s’extraire. Rien n’est jamais véritablement neutre.
Quel meilleur endroit que cette plaine mythologique pour rendre compte de manière factuelle de cette somme d’informations, sans prosélytisme d’aucune sorte et sans parti pris, et inviter à se divertir, créer, échanger, mais aussi à (re-)découvrir, témoigner et transmettre?

3- Ton site est une vraie mine d'or quant à la culture viking, comment tu effectues tes recherches pour alimenter ce colossal travail?

Au fil du temps, j’ai constitué une petite bibliothèque personnelle constituée essentiellement d’anciennes éditions de livres qui n’ont parfois jamais été rééditées. Dans les années 2000 encore, loin de l’engouement actuel généré par la fameuse série télévisée, la plupart était accessible pour de modiques sommes. Ces ouvrages me servent essentiellement pour la rédaction de synthèses thématiques sur l’Âge Viking, telles que l’habillement, l’alimentation, l’hygiène, la santé ou la navigation, etc...

Je consulte également quotidiennement l’actualité de plusieurs médias étrangers, spécialisés ou non, de musées scandinaves et bien entendu, des sites dédiés à l’Archéologie. C’est l’activité la plus chronophage, qui me permet surtout d’alimenter la partie blog d’Idavoll appelée "Actualités".

La presse française ne se fait l’écho que des plus grandes découvertes archéologiques et très rarement des événements dans le reste du monde ayant trait à cette période historique. Il m’a donc fallu aussi rechercher des outils de traduction et développer des méthodes pour pouvoir soumettre aux lecteurs d’Idavoll des articles en français. La majorité d’entre eux ne sont pas rédigés à l’origine en anglais, mais en bokmål ou nynorsk pour la Norvège, en suédois, en islandais, en estonien ou en ukrainien… soit un peu plus d’une quinzaine de langues différentes auxquelles j’ai été confrontée. Et les traducteurs en ligne ne sont guère d’une grande aide pour des langues comme l’islandais.

Les articles ainsi traduits me permettent de mettre à jour en temps réel les synthèses thématiques à l’aune des nouvelles découvertes archéologiques ou recherches scientifiques.

4- La culture viking pour toi c'est un passe-temps ou une "philosophie de vie"?

Oser dire qu’il s’agit d’un passe-temps ferait rire jaune ceux qui me côtoient. Après mon activité salariée à temps plein, souvent durant des nuits blanches entières, sur mon temps libre, et pendant mes congés, je m’attèle aux traductions afin de communiquer les dernières actualités dans les plus brefs délais. Quant à la recherche des informations et à leur mise en ligne, c’est un travail quotidien 365 jours/an. Ou peut-être devrais-je parler de bénévolat, car je ne tire aucune sorte de revenu d’Idavoll, hormis le plaisir d’apprendre, de partager et le retour des lecteurs.

Une philosophie de vie… je suis loin d’en être certaine car il resterait à définir ce que l’on entend par "culture viking". De plus, l’intérêt que je porte à l’Âge Viking ne veut pas dire pour autant que je considère ces sociétés comme un " âge d’or" de l’humanité, loin de là. N’en déplaise aux plus fervents, il n’y a pas de guerre sans barbarie, pas de commerce sans mercantilisme, surexploitation de certaines ressources environnementales (déjà !) et en l’occurrence esclavagisme, pas de souveraineté des uns sans asservissement des autres, pas même d’expansion sans misère, soif de richesse ou bannissement. Quoi qu’il en soit, je ne partage jamais ma propre conception de cette période historique, ni n’interfère avec la première personne du singulier dans la présentation des informations sur IDAVOLL. Que je les trouve louables ou contestables, je garde mon avis pour moi et laisse les lecteurs se faire leur opinion, exercer leur sens critique.

Bien que ce ne soit pas très glamour, je dirais donc plutôt qu’il s’agit d’une sorte de formation continue, tant sur la forme que sur le fond. Car il s’agit d’une culture complexe et polymorphe, audacieuse à l’image de la Nature et des paysages qui ont contribué à la façonner (je pense en particulier à la Norvège), tumultueuse car appartenant à une période charnière dans un monde en pleine transformation et, durant longtemps, aussi malaimée que méconnue dans notre pays. Il reste, malgré la multiplication exponentielle des études et découvertes archéologiques ces dernières décennies, tant de choses à découvrir et à comprendre. Dans les grandes lignes, cela suffit déjà largement à en faire un sujet digne d’intérêt et de réflexion sur le long terme. Il est tout aussi passionnant d’ailleurs de relever les progrès et la manière dont la recherche avance sur le sujet.

5- Des compagnies de reconstitutions vikings se sont montés aux quatre coins de l'Europe. Quelle est ton opinion sur ces structures et toi-même en as-tu intégré une?

J’ai beaucoup de respect pour ceux qui oeuvrent dans le domaine de la reconstitution historique. Il ne faut pas sous-estimer l’investissement personnel de ces acteurs, notamment en termes de temps et d’argent, consacrés à leurs propres recherches, à la mise en oeuvre pratique des connaissances acquises, aux déplacements et à leurs prestations, qui ne se limitent pas aux fêtes médiévales. Ces dernières sont de véritables portes d’entrées pour intéresser le grand public, faisant d’eux de véritables ambassadeurs.

Le versant le plus sérieux et rigoureux de la reconstitution historique se confond avec l’archéologie expérimentale, et cela contribue de manière non négligeable à faire avancer la recherche.
Le milieu n’est certes pas exempt de rivalités, et il est vrai que parfois la quête d’historicité des néophytes peut s’avérer en-deçà des attentes. J’ose espérer que l’entraide balaye la critique facile et acerbe pour encourager les plus motivés.

Je n’ai personnellement jamais intégré d’association de reconstitution, et ne me suis rendue que très rarement – cela doit se compter sur les doigts d’une main- à des fêtes médiévales malgré de très amicales invitations. Je pourrais énoncer des tas de réelles raisons conjoncturelles, mais je suis une incorrigible solitaire qui souhaite apporter, en coulisse, une petite pierre à l’édifice.
Parfois, j’ai du moins le plaisir de pouvoir m’entretenir avec quelques personnes qui me font part avec enthousiasme de leur(s) projet(s) et, bien entendu, IDAVOLL reste toujours à leur disposition pour communiquer sur toutes leurs initiatives.

6- Des esprits délirants pensent que le fait de s'intéresser à la culture Nordique est un repli sur soi et est une porte d'entrée vers des thèses nationalistes, voire pire. Que penses-tu de cette analyse pour le moins étrange à mes yeux?

Rien d’étrange dans les faits, mais c’est un réel sujet et il y a beaucoup à dire.

C’est un héritage de l’histoire du XXème siècle et du nazisme qui détourna un grand nombre de symboles au profit de son idéologie. Parmi les plus illustres exemples, la svastika - l’un des plus anciens symboles de l’humanité que l’on retrouve à l’Âge Viking, notamment sous forme d’ornement sur un seau de la tombe d’Oseberg, devint une croix gammée. Quant à la rune "sól", issue du nouveau futhark (l’alphabet utilisé par les Vikings), elle composait l’insigne de la SchutzStaffel (SS) et fut entre autres l’un des emblèmes des jeunesses hitlériennes. Qui plus est, les Vikings, héritiers en ligne directe de leurs ancêtres germains, incarnaient littéralement dans la doctrine du nazisme le concept de "race aryenne". Mais en quoi les Vikings sont-ils responsables de ce qu’ont fait les nazis ? Encore de nos jours, beaucoup de militants des mouvements néo-nazis arborent des symboles de l’Âge Viking et s’intéressent au sujet pour mieux alimenter et mettre en exergue leurs arguties. Il n’en faut souvent guère plus pour que l’amalgame germe dans l’esprit de personnes qui, pour cette raison précise, se désintéresseront de cette période historique. Sans compter que le cliché du vulgaire barbare sanguinaire, encore largement véhiculé par le 7ème art, continue de coller à la peau du Viking. Idavoll-même a été (est encore ?) montré du doigt.

Il m’est arrivé de recevoir des messages via l’interface du site, auxquels je n’ai pas donné suite, de personnes cherchant à connaître mes opinions politiques ou me demandant de prendre position. Par ailleurs, la tenue d’événements dont la thématique se veut uniquement viking en dehors de la Normandie, est encore parfois refusée par des autorités locales, sans doute par crainte encore une fois d’amalgame, même si cela n’est jamais clairement exprimé. La France n’est pas la seule concernée. Fin 2019 encore, la chaîne de magasins néerlandaise HEMA retirait de la vente un pull qui faisait polémique en raison d’un symbole utilisé par les nazis, la rune d’Odal. Le pull en question arborait pourtant toutes les autres runes du futhark, ne laissant planer aucun doute sur la référence à l’alphabet viking. En somme, pointer du doigt ceux qui s’intéressent aux Vikings a fondamentalement plus à voir avec une ignorance crasse ou de la paresse intellectuelle que de la démence. Car il n’y a pas besoin de connaître tout de l’Âge Viking, pour comprendre aisément qu’il y a peu d’éléments factuels permettant de soutenir ne serait-ce qu’une thèse nationaliste. Et pour cause, avant de fonder des royaumes à l’instar de leurs voisins européens - sous l’impulsion de la christianisation, soulignons-le- la société scandinave de l’Âge Viking est une société clanique qui méconnaît le sens du mot "nation". Les rapts pour l’esclavage se pratiquaient aussi bien dans le fjord voisin qu’en descendant le Dniepr ou en accostant sur les rivages de l’Irlande…

Et là encore, un esclave avait la possibilité de s’affranchir. Au regard de l’expansion viking, des colonies qu’ils ont fondées, des royaumes qu’ils ont contribué à faire naître, mais surtout des voies commerciales qu’ils ont ouvertes jusqu’en Asie Mineure, j’ai tendance à considérer qu’ils ont été avec opportunisme, et non sans ingéniosité, les premiers adeptes de la mondialisation, faisant preuve d’une propension à l’acculturation; un modèle économique et social peu compatible avec le nationalisme. En cela, ils ont plus en commun avec le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui et la société de consommation que nous ne le pensons. Le "bling-bling" c’est déjà eux. Y compris en termes d’impact sur l’environnement si l’on veut aller jusque-là…

La déforestation de l’Islande c’est eux, la disparition du morse islandais, ce serait eux aussi. Alors s’intéresser aux Vikings ne peut être assimilé à un repli sur soi. Cela ressemble plutôt à une mise en abyme : un moyen d’illustrer le fait que l’humanité reste en tout temps fidèle à elle-même et ne tire jamais les leçons de son Histoire diront certes les plus revêches, ou bien un moyen de connaître l’héritage dont nous sommes dépositaires et de ne pas abandonner entre de mauvaises mains le sens premier de ce qui fut, par crainte de ce que d’autres en ont fait, en font ou en feront. C’est la seconde option, vous l’aurez compris, à laquelle s’attache ardemment IDAVOLL.

7- Quel est le précepte principal du mode de vie viking qui selon toi est applicable à notre 21ème siècle?

Il est possible de dire tout et son contraire à ce sujet. Aussi, j’aimerais plutôt évoquer ici une petite partie de l’héritage des Vikings qui a survécu, dans l’esprit ou à la lettre, jusqu’à nos jours dans les sociétés scandinaves ou d’origine scandinave - qui en sont les légitimes dépositaires. L’allemannsretten norvégien (littéralement "le droit de tous"), qui existe également en Suède ("allemansrätten") et en Finlande ("jokamiehenoikeus"). Il garantit le droit de libre accès à la nature. Ce droit coutumier, issu d’une pratique ancestrale, est inscrit dans la loi norvégienne depuis 1957, et assure à chacun de pouvoir profiter de la nature, même sur des terrains privés, en respectant quelques règles relevant à la fois du bon sens et du savoir-vivre ensemble. Cet accès à la nature me paraît être, plus qu’un droit encore, un devoir pour nos sociétés sur le vieux continent, un devoir de reconnexion avec la réalité de notre environnement, la connaissance de la faune et de la flore qui nous entourent pour mieux apprendre non seulement à la respecter mais, avant tout, à vivre en bonne intelligence au quotidien, soit repenser nos valeurs.

Fort heureusement, je crois que de plus en plus de personnes aspirent à cela. Le thing, l’assemblée des hommes libres durant l’Âge Viking, qui permettait de rendre la justice mais aussi de régler les affaires courantes comme les transactions commerciales et les affaires de famille, a survécu dans différents pays et l’Althing islandais, fondé en 930, est souvent cité comme le plus ancien parlement d’Europe. Cette pratique parlementaire n’a jamais été un idéal de démocratie, bien que les Vikings aient suscité semble-t-il l’admiration de leurs contemporains pour leur manière de gouverner, à en croire l’invitation faite à Riourik en 862 de venir mettre de l’ordre dans les querelles des tribus de l’Est. Cet événement donnera naissance à l’Etat russe et à la dynastie des Riourikides qui régna durant 748 ans, ce qui est assez remarquable. Si aujourd’hui la politique se montre aussi impuissante à relever les grands défis sociaux, environnementaux et économiques, qu’elle ne suscite d’élan, c’est qu’elle se limite trop souvent à une main TV-guidée glissant un bulletin de vote dans l’urne. Le citoyen du XXIème siècle aura sans doute, par obligation de survie, à réinvestir la chose politique, mobiliser sa réflexion sur l’exercice du pouvoir et revisiter les valeurs constitutives de la société de demain.

Enfin, un dernier mot pour évoquer le patrimoine légué par les Vikings, à travers l’art. L’art des Vikings, c’est par essence l’artisanat qui s’exprime dans la décoration des objets du quotidien, des outils finement gravés et sculptés aux bijoux, chefs-d’oeuvre d’orfèvrerie, et qui est porteur de prouesses technologiques dans la construction navale, les divers types d’habitat adaptés aux climats rudes et aux terres parfois hostiles, la conception des forteresses circulaires, etc... Je me réjouis de voir tant de personnes inspirées par cet artisanat décomplexé qui joint le Beau à l’utile sans être l’apanage d’une élite. Des gens, notamment parmi les acteurs de la reconstitution historique, se lancent dans des projets d’entreprises ou associatifs devenus pour certains de véritables projets de vie. Qu’il s’agisse de la promotion ou de la mise en oeuvre d’un savoir-faire ancien, de répliques avec des moyens modernes ou un mélange des deux, c’est une approche vivante de l’Histoire qui prend de l’ampleur et développe des talents. Ce regain d’intérêt pour ce qui est fait à la main me paraît de bon augure pour le XXIème siècle.

8- Sais-tu quelle est la provenance de ton lectorat? Plus Français ou étrangers?

Le lectorat d’IDAVOLL est avant tout naturellement francophone, français, mais aussi de plus en plus québécois, puis belge et suisse. C’est une réelle volonté de ma part, car lorsque j’ai démarré, les ressources en langue française sur le Net étaient quantité négligeables - comparées à celles disponibles en anglais – et souvent ou trop superficielles, ou très spécialisées.

Cependant, beaucoup d’autres pays sont représentés. En fin d’article, le lien vers la source dans la langue d’origine est systématiquement renseigné. De plus, un module de traduction en différentes langues, applicable au site entier, est disponible, bien que je doute qu’il soit "confortable" à 100%.

Enfin, pour ceux que cela intéresse, j’ai installé cet été un widget sur la page d’accueil du site qui permet de visualiser géographiquement les visiteurs. Il ne comptabilise que ceux qui se rendent précisément sur cette page mais c’est elle qui donne accès en un coup d’oeil aux dernières mises à jour et actualités publiées.
J’en profite pour remercier chaleureusement tous les lecteurs, dont certains de très longue date, qui accordent leur confiance à IDAVOLL afin de se tenir informés et partagent les publications sur leurs réseaux sociaux. Idavoll fonctionne sans aucun financement de publicités depuis ses débuts mais carbure au plaisir de partager des savoirs comme des divertissements et j’espère, en ce sens, que le site reste digne des attentes des uns et des autres.

9- Tu le sais notre site traite abondamment de la musique pagan folk viking à tendance métal. Connais-tu cette scène qui nous préoccupe?

Oui, mais je n’aurais pas la prétention de dire que je suis une experte. Bien que la musique occupe une place essentielle dans ma vie, je suis plutôt très sélective dans ce que j’écoute, probablement parce certains albums tournent quasi exclusivement pendant des mois et des mois.

Ma préférence va à la scène Black Metal, pas nécessairement viking d’ailleurs, avec un peu de Folk et Néo-Folk scandinave. En vrac, je peux citer allégrement Enslaved, Einherjer et Helheim. À Wardruna, qui reste une référence incontournable, je préfère le projet musical d’Einar Selvik et Ivar Bjørnson. Du côté de la Suède, j’apprécie beaucoup les productions du label Nordvis que je suis depuis sa création, avec des artistes tels que Grift, Skogen ou Lönndom. En Finlande, Tenhi. J’ajouterai les sagas musicales d’Árstíðir lífsins, quelque part entre l’Allemagne et l’Islande. Du côté de la France, je salue volontiers le travail de composition et d’interprétation du quartet Merwenn, ainsi que le talent de Pierrick Valence qui ne se limite à aucun genre musical. Je ne peux enfin que vous avouer ici une grande passion pour les chants polyphoniques bulgares au répertoire millénaire, ce qui en fait une musique contemporaine des Varègues et des Rus’, les Vikings de l’Est, qu’ils ont peut-être eu l’opportunité de goûter ! Cela dit, par souci de contenter chacun sur Idavoll et au risque d’en fâcher d’autres, je propose des références en lien avec le thème Viking dans tous les styles musicaux, y compris Rap, Jazz, musique classique, ou opéra.

10- Pourquoi selon toi le métal s’est-il emparé de ce concept ?

Le Metal et l’Histoire au sens large ont toujours fait bon ménage. La réponse facile consiste à dire qu’il s’agit d’un genre musical puissant et sur scène volontiers spectaculaire qui appellent des thèmes tout aussi épiques, pour ne pas dire "virils" n’est-ce pas, ce que fournissent à tour de bras la mythologie nordique, les guerriers et les explorateurs de l’Âge Viking comme les moeurs tumultueuses, mâtinées de vengeance, contés pas les sagas islandaises.

Toutefois, le Metal est un terme générique qui recouvre une multitude de genres et de sous-genres musicaux. Et tous n’abordent pas le thème viking sous un angle identique. Clichés, visions fantasmées ou carrément fantasy façon Marvel, sont largement de mise mais pas seulement. A contrario, en Norvège avec le Black Metal, il va de soi que les références historiques et mythologiques s’inscrivent à l’origine dans un contexte socio-culturel et religieux particulier. Elles devinrent l’arme de poing d’une jeunesse en rébellion contre une religion d’Etat monothéiste, réclamant son identité (par opposition) "païenne" ancestrale.

La popularité des Vikings a son heure de gloire de temps à autre, au fil du temps, des effets de mode et des découvertes archéologiques, comme c’est le cas actuellement. Mais comme tu m’as donné l’opportunité de le dire précédemment, c’est une période qui sent encore le souffre, associée pour beaucoup, à tort ou à raison, à des heures sombres de l’Histoire. Rares sont les pays que les Vikings ont visité, qui n’ont pas vu l’ordre établi quelque peu bousculé ou bouleversé. Ce thème porte en lui un caractère intrinsèquement subversif. Quoi de plus naturel pour une musique qui se veut transgressive que de s’en emparer. C’est à mon sens le fil rouge qui lie depuis longue date le Metal aux Vikings. Un dernier élément consisterait à ajouter, dans un monde vacillant, la quête irrépressible de sens, le besoin de s’inscrire dans une histoire. Si les Vikings sont revenus en force sur le devant de la scène, c’est peut-être parce que leur histoire entre en résonnance avec la période de transition et de bouleversement profond dans laquelle nous sommes entrés, inhérente peut-être au changement de millénaire, et qui interroge notre mode de vie occidental, pour ne pas dire tout bonnement de consommation. Un regard critique que la musique Metal sous sa forme la plus engagée et souvent la moins consensuelle, n’a jamais cessé de porter et développe sous diverses expressions, de la parodie à la stricte dénonciation, là où la musique folk explorant le même thème se veut plus volontiers une invitation à un voyage dans le temps, une exploration quasi chamanique à la recherche d’autres valeurs primordiales que nous aurions peut-être égarées en cours de route.

Dans tous les cas, entre récréation et tentatives de recréation sonore, se joue en toile de fond un ensauvagement salvateur en guise de catharsis.

11- As-tu déjà participé à des concerts mettant en scène la tradition viking?

La réponse va être courte! Non, je n’ai pas eu, créé ou saisi non plus les opportunités. Mais le côté positif, c’est que cela reste à venir. Et qui sait ? Ce sera peut-être pour participer à l’un des événements organisés par KAOSGUARDS.

12- As-tu des projets pour développer IDAVOLL dans un avenir proche ?

Même si j’ai toujours plein d’idées, je planifie rarement quoi que ce soit. Les choses se font quand elles doivent se faire, au gré de mes envies parfois bousculées par les actualités, du temps disponibles, des attentes des lecteurs lorsqu’ils me les font remonter, des rencontres dans le monde virtuel ou le monde réel. J’apprécie cette forme de liberté où les idées ont le temps de mûrir et les opportunités le temps de se présenter.

Il y a tout de même un important projet collaboratif en ce moment et c’est aucun doute le meilleur endroit pour en parler, puisqu’il est question de musique. Les artistes de ghUSa - qui oeuvrent dans le Swedish Death Metal depuis de nombreuses années - et Idavoll travaillent main dans la main sur le prochain album du groupe, depuis déjà 1 an environ. Une aventure exaltante dont le groupe ne manquera pas, en temps et en heure, de vous dévoiler les détails et les nombreuses surprises qui l’accompagnent.

13- Je te laisse conclure en citant si tu veux des extraits de l'Edda ou autres allégories mythologiques... "Les frères se combattront Et se mettront à mort, Les parents souilleront Leur propre couche ; Temps rude dans le monde,

Adultère universel, Temps des haches, temps des épées, Les boucliers sont fendus, Temps des tempêtes, temps des loups, Avant que le monde s'effondre ; Personne N'épargnera personne" strophe 45, Völuspá

Site d'IDAVOLL  à consulter ici

 

 
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