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KAMPFAR "Ofidians Manifest" (Norvège)

KAMPFAR Ofidians ManifestEst-ce un atout ? Est-ce un boulet ?

En somme, avoir créé son groupe en Norvège en 1994 (soit en pleine ébullition Black Metal) et avoir publié des albums marquants (notamment un premier opus considéré comme référentiel, « Mellom skogkledde aaser » en 1997) constituent-ils des facteurs de notoriété ou des marqueurs d'une notoriété strictement bornée temporellement et handicapant de facto toute postérité ? C'est un peu la quadrature du cercle à laquelle se trouve de longue date confronté KAMPFAR.

Un quart de siècle après ses débuts, KAMPFAR livre « Ofidians Manifest », un huitième album qui, s'il ne brise pas le schéma que nous venons d'évoquer, n'en demeure pas moins conforme à la tradition qualitative propre à cette formation, qui n'a jamais galvaudé son talent. Les années aidant, KAMPFAR pourrait se livrer à des expérimentations avant-gardistes sous prétexte de pulsions évolutives, ou au contraire administrer son fonds de commerce. Or, les sept compositions présentes sur « Ofidians Manifest » témoignent d'un art consommé de la synthèse. A la base de tout, on retrouve cette virulence, ces pulsions atrabilaires qui constituent le fondement du Black Metal. En conséquence de quoi, les vocaux semblent l'impression de japper haineusement à proximité immédiate de vos oreilles. Le fait qu'on entende des inflexions plus plaintives et douloureuses ne change pas grand-chose au parti pris de radicalité en la matière. Certaines rythmiques filent à la vitesse du vent, portées par des blast beats sèchement déployés. Les guitares se plaisent à tisser ces riffs bourdonnants si caractéristiques.

Pourtant, KAMPFAR ne se limite pas à cette approche basique. En premier lieu, même s'ils sont globalement concis, les titres regorgent de cassures rythmiques, de variations d'ambiances et d'arrangements raisonnablement plus mélodiques (guitares en son clair, break de piano au milieu du furieux « Natt », ou vocaux féminins en ouverture de l'hypnotique « Dominans »).
En second lieu, KAMPFAR s'assure une grande clarté dans son propos, de par une exécution millimétrée, mais aussi grâce à un son combinant idéalement âpreté, puissance et une excellente gestion des priorités : quand ça doit charcler, ça charcle, quand il faut de la nuance, les aménagements idoines sont mis en place.

Au total, cette combinaison fructueuse entre radicalité et maîtrise se concrétise plus souvent qu'à son tour par une intensité qui, dans les périodes paroxystiques, aboutit à une dimension épique on ne peut plus crédible (à l'instar de ce que l'on entend quand PRIMORDIAL est en forme).

Difficile de s'ennuyer quand on est sans cesse happé par une accroche rythmique, par une mélodie sauvage, par une ambiance subtile, confronté à des contrastes forts, et finalement conquis par cette interprétation passionnée et sincère, combinée à une mise en son professionnelle et à une exécution au cordeau. Certains peuvent faire la fine bouche, moi pas.

Alain Lavanne



Date de sortie: 03/05/2019

Label: Indie Recordings

Style: Pagan Black Métal

Note: 17/20

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