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DAUTHA "Brethren Of The Black Soil" (Suède)

DAUTHA Brethren Of The Black SoilImaginez que vous vouliez faire découvrir le Doom Metal dans sa dimension épique, vous penseriez sûrement et à juste titre à la pierre angulaire que fut "Nightfall", second album des incontournables CANDLEMASS (paru en 1987).

Vous viendrait peut-être à l'esprit, si vous avez du goût et de la mémoire, les trois premiers albums de TROUBLE ("Trouble" en 84, "The Skull" en 85 et "Run To The Light" en 87) ou encore quelque album de la discographie de SOLITUDE AETURNUS. Mais se référer à de telles œuvres n'est pas sans danger tant elles datent. Non pas qu'elles aient perdu de leur qualité mais un novice pourrait en conclure que ce type de Doom Metal relève d'un passé lointain. Fort heureusement, la parution de "Brethren Of The Black Soil", premier album des Suédois de DAUTHA, va vous permettre de chanter les louanges du Doom Metal épique sans avoir recours aux Grands Anciens !

Il s'agit d'un premier album mais il n'est pas l’œuvre de novices puisque le pedigree des musiciens s'avère fourni. Le guitariste Ola Blomqvist a d'ores et déjà œuvré au sein de GRIFTEGÅRD, DOOMSDAY CULT et WARDENCLYFFE. C'est d'ailleurs au sein de ce dernier groupe - dont nous avions dit le plus grand bien de son premier album "Control All Delete" (relire ici : <a href="http://www.kaosguards.com/content/view/9752/43/" target="_blank">cliquez ici</a>) - qu'il a embauché sa section rythmique, à savoir le bassiste Emil Åström et le batteur Micael Zetterberg. Un second guitariste, Erik Öquist, est venu épaissir le son. Restait à trouver le vocaliste adéquat, en l'occurrence en la personne de Lars Palmqvist, dont les activités au sein SCAR SYMMETRY et de LAST TEMPTATION nous avait donné à entendre dans des contextes davantage Death mélodique et Heavy Metal.

Les acteurs présentés, reste à planter le décorum, élément indispensable à l'ambiance générale du Doom Metal. Une gravure au thème macabre, un logo en lettrage gothique : le visuel plante un décor macabre et fataliste. Le titre de l'album (avec notamment l'usage du mot d'anglais ancien pour frère, brethren) annonce la qualité et la recherche des thèmes abordés dans les textes des compositions. Sans pédanterie aucune, nous entendrons parler de l'équité devant la mort (le titre éponyme, mais aussi "Hodie Mihi, Cras Tibi"), le destin de l'empereur romain Maximinus ("Maximinus Thrax"), la croisade des enfants à l'issue funeste ("Children's Crusade"), l'impact de la Grande Peste en Europe (nouvelle version de "I Between Two Floods", initialement présent sur l'EP "Den Förste"), les corps momifiés dans les tourbières dans le nord de l'Europe ("Bogbodies"). L'intérêt de ces textes est qu'ils exhalent la noirceur inhérente au genre tout en sortant quelque peu des sentiers battus.

Le cadre planté, reste à aborder l'essentiel : la musique, son écriture et son interprétation. Et là, nous sommes en présence d'une merveille. Au menu, nous avons six titres aux durées échelonnées entre six et quinze minutes, ce qui permet tout à la fois d'installer des rythmiques pesantes et hypnotiques et d'agencer des séquences successives qui évitent la lassitude et le monolithisme. Autant les riffs demeurent simples, lugubres et crépitants (excellent son au rendu live), autant les inserts solo s'avèrent porteurs de mélodies expressives. Même si la section rythmique assure sans faillir son quota de lourdeur, elle introduit suffisamment de nuances pour confirmer ce refus du mur du son. En somme, l'instrumentation de cet album respire, comme c'était le cas chez TROUBLE...
Qui plus est, la qualité de l'écriture et des arrangements ponctue les morceaux d'éléments rythmiques et mélodiques qui attirent l'attention, l'auditeur n'en étant pas réduit à se laisser écraser et déprimer. La combinaison de ce savoir-faire structurel et de cette lourde noirceur crée une dramaturgie paradoxalement lumineuse. Du grand art !
Pour couronner le tout, le chant se situe à égale distance des lignes vocales très modulées d'un Messiah Marcollin (chanteur le plus emblématique de l'histoire de CANDLEMASS), le phrasé traînant de Dan Fondelius (COUNT RAVEN) et du timbre plus rêche d'Eric Wagner (vocaliste historique de TROUBLE). La performance toute en maîtrise de Palmqvist nous révèle une dimension tiraillée entre le pied déjà dans la tombe et les bras désespérément tendus vers le ciel rédempteur.

Devant une telle somme de louanges, je dois me rendre à l'évidence et me résoudre à lâcher l'expression que je n'utilise qu'avec une extrême réticence : nous sommes en présence d'un chef d’œuvre !

Alain Lavanne




Date de sortie: 16/03/2018

Label: Van Records

Style: Doom Métal

Note: 20/20

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