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MONOBROW "The Nacarat" (Canada)

MONOBROW The NacaratDepuis ses débuts en 2009, ce trio originaire d'Ottawa a toujours opté pour une indépendance farouche en autoproduisant ses disques, soit trois albums (« Monobrow » en 2010, « Bennington Triangle Blues » en 2012, « Big Sky, Black Horse » en 2014) et un EP (« A Handwritten Letter from The Moon » en 2015).

La configuration demeure identique pour le quatrième album « The Nacarat » qui possède un artwork de qualité et une production énorme. Comme quoi la présence d'une maison de disques n'est pas toujours indispensable pour délivrer des ouvrages maîtrisés.

Venons-en maintenant au contenu de cet album. Rappelons que MONOBROW pratique une mixture de Doom Metal et de Stoner Metal en mode totalement instrumental. Quand on sait que cet album ne comporte que cinq compositions et que trois d'entre elles durent entre neuf et dix minutes, on est en droit de redouter un exercice de style, épuisant de lourdeur, de lenteur et de longueur. Effectivement, le premier titre, « The First Vague Rumblings Of Impending Revolution », bien que court, impressionne par le son titanesque qu'il déploie : appuyés sur des lignes de basse tendues et fuzzées, les épais riffs tour à tour Stoner et Doom s'imposent avec majesté, la batterie étant la seule à faire preuve d'une certaine souplesse et d'une salutaire mobilité. Ne vous y trompez pas, le résultat est impressionnant mais on se surprend à craindre le caractère redondant et unidimensionnel de la démarche.

Fort heureusement, dès « Capes And Monocles », MONOBROW adopte un son subtilement différent. Les lignes de basse sont toujours épaisses mais plus rondes (et moins sévères) et la guitare développe une dimension à la fois plus bluesy et plus psychédélique, suintant de feeling et fourmillant de nuances. Comme précédemment, ne tenant pas en place, la batterie assure l'essentiel de l'animation. Notons que des arrangements de claviers et des bruitages confèrent au titre une dimension supplémentaire, psychédélique, voire Space Rock. Résultat des courses : un morceau presqu'épique mais aussi lumineux.

« We Can Make It Look Like An Accident » offre un visage plus angoissé et épais, avec cependant quelques moments swinguants qu'on croiraient sortis d'un disque de Rock'n'Roll, lesquels côtoient sans problème des plages plus épaisses et menaçantes et d'autres franchement mélodiques et atmosphériques, bien que la tension ne disparaisse jamais. MONOBROW s'avère bluffant dans sa propension à fusionner ses influences apparemment très diverses dans un son qui lui est propre, sans jamais perdre en cohérence.

« Twin Sheiks » débute par un riff qui relève purement et simplement du savoir-faire du grand SLEEP époque « Dopesmoker » : rythmique pesante et obsédante, ambiance désolée, intensité étouffante, psychédélisme poisseux. Même les plages plus aérées , avec une guitare plus mélodique et une section rythmique plus feutrée, irradient d'une paranoïa palpable. Magistralement malsain.

« The Decline Of The West And Other Small Tragedies » débute de manière sinueuse, presque précautionneuse et cotonneuse, typique d'un psychédélisme subtilement dérangeant. Inévitablement, de temps à autre, l'ensemble se fait électrique et titanesque, avant de se calmer, pour mieux regagner en puissance par la suite. L'agencement des ambiances s'avère magistral, la lourdeur et la noirceur de certaines rythmiques relevant ni plus ni moins que du meilleur du Doom Metal.

Sidéral et impérieux, énorme et délicat, massif et souple, « The Nacarat » se joue des paradoxes et les met au service d'un trio en état de grâce. Impressionnant.

Alain Lavanne




Style: Stoner Doom psychédélique et instrumental

Note: 18/20

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