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CHRISTOPHE BAILET le 28/11/2015

Christophe BailetInterview réalisée par mail avec Christophe Bailet. 

Ce féru de métal a voué une partie de sa vie au dieu musique. Tour à tour manager, journaliste, écrivain, le stakhanoviste a exploré de multiples horizons toujours dans un seul but: servir la cause de l'underground dans ce qu'il a de plus originel. C'est au détour du jeu des questions/réponses que le personnage se dévoile et donne son avis éclairé sur de multiples points. En voiture Arthur!

 

1- D'après ce que je sais tu as eu de multiples activités liées au métal (manager, presse, concepteur d'une encyclopédie musicale, etc...). Quelle est celle qui t'as donnée le plus de satisfaction?

Christophe Bailet : Effectivement, depuis plus de 30 ans maintenant et, comme tu l’as dit, mes activités sont assez vastes et multiples. En ce qui concerne le management, des groupes comme Sortilège, ADX, Nightmare ou encore Existance ont travaillé avec moi. Concernant la presse française, je suis forcément en contact avec pas mal de monde, toute époque confondue, que ce soit encore avec certains qui officiaient déjà dans les années 80 dans Enfer Magazine ou Metal Attack ou plus tard avec Metal Hammer France, Metal Attitude, Hard-Rock Magazine, Hard Force, Hard’N’Heavy ou encore Metallian, magazine dans lequel j’ai d’ailleurs été le conseiller dans les années 90. J’ai aussi réalisé pas mal de rééditions, toujours dans les années 90, avec Axe Killler Records de groupes français tels que Satan Jokers, Sortilège, Warning, Fisc, H Bomb, Nightmare pour ne citer qu’eux ou de groupes internationaux comme Giuffria, Evil, Artillery, Assassin, Destruction, Saxon, XYZ, King Kobra, Ruthless, Signal, Znowhite… et j’en passe. J’ai aussi réalisé une double compilation intitulée « Révolution Hard-Rock - L’Anthologie du Hard-Rock Français des Années 80 » sortie chez Axe Killer Records en 1998. Parallèlement à tout cela, dans le peu de temps libre qu’il me reste, j’écris un livre sur toute l’histoire du hard-rock français de 1972 à 2012 inclus. Toutes ces activités, aussi diverses soient elles, n’ont qu’un seul but : essayer de répondre au mieux à une demande qui m’est faite. Cette demande vient soit du public, des labels ou des groupes eux-mêmes. Donc pour répondre à ta question, ma plus grande satisfaction est de voir ceux qui m’ont mandaté pour effectuer tel ou tel travail être satisfaits de mes services et d’être parvenu à répondre à la demande du public qui va acheter l’album. En tous cas, je travaille dans ce sens.


2- En temps qu'observateur privilégié de la scène métal hexagonale que penses-tu de son évolution actuelle. Est-elle plus forte chaque année?

C.B. : C’est très paradoxal. D’un côté le marché musical est en crise et d’un autre côté il n’y a jamais eu autant de groupes en France. Le public ne s’intéresse plus du tout à la musique. Les rayons de disques sont relayés au fin fond des magasins laissant place au premier plan à la téléphonie mobile et autre tablettes ou jeux vidéo. Le temps où les gens écoutaient de la musique sur une chaine Hi-Fi est révolu. Maintenant, ils écoutent de la musique avec leur téléphone portable. Alors certes, on peut le déplorer, mais ce n’est pas en le déplorant que cela changera les choses. Aussi regrettable que cela puisse paraitre, il n’y a pas d’autre choix que celui de s’adapter et de vivre avec son temps. Donc forcément, on ne travaille plus de la même manière que l’on pouvait encore travailler il y a 15 ans en arrière. J’ai eu la chance d’avoir démarré ma carrière au tout début des années 80. Depuis, chacune des décennies qui ont suivi n’ont eu de cesse que d’essuyer un déclin.

3- Tu contribues à des rééditions d'albums métal français, comment sélectionnes-tu les "heureux élus"?

C.B. : Beaucoup de critères rentrent en compte. Déjà, j’ai décidé de me concentrer uniquement sur des albums qui ne sont jamais sortis en version CD et qui par conséquent n’existent qu’en version vinyle. Les groupes des années 80 répondent à ce critère. Aussi, il faut être attentif à la demande du public. Ensuite, étant en contact avec de nombreuses maisons de disques dans le monde entier, elles m’envoient d’elles-mêmes régulièrement la liste d’albums de groupes (français ou étrangers) qu’elles voudraient rééditer. Puis il y a tout un travail à fournir en termes de droits. Une fois cette (longue) étape effectuée, je recontacte les groupes pour leur expliquer mon projet et j’essaye d’être le plus persuasif possible pour les convaincre sur l’importance de la réédition de leur album. Connaissant la plupart des musiciens déjà depuis tant d’années, ils sont en confiance car ils savent que je vais travailler dans leur sens. Le but de mes rééditions est le suivant : à la fois satisfaire le label qui me mandate, mais aussi le groupe en bouclant la boucle par rapport à la période concernée de leur album en y ajoutant des titres bonus, des affiches ou tickets de concerts, les paroles de leur chansons, des photos inédites, bref tout ce qui s’est produit pendant le déroulement de leur album tout en gardant l’esprit d’époque (pochette originale, …) tout en apportant une légère remise au goût du jour pour être en corrélation avec notre époque. A la fois moderniser sans pour autant dénaturer l’album d’origine. Et bien évidemment satisfaire le public demandeur. Il y a deux profils de public qui vont acheter ces rééditions : celui qui a déjà l’album original et celui qui ne l’a pas (ou plus). Il m’a simplement fallu trouver un système pour pousser ceux qui avaient déjà l’album à acheter la réédition de cet album. Ce système est très simple : rajouter des titres bonus inédits en plus de l’album, de qualité, et introuvables nulle part (que ce soit sur internet ou ailleurs). Ce n’est pas toujours facile, mais c’est très important de procéder ainsi car rien que la présence de ces titres bonus justifiera leur achat.

4-  Je fais parti de la presse internet qui est foisonnante à contrario les magazines papiers se raréfient. Penses-tu que cela soit inéluctable?

C.B. : Il est clair que les chiffres de vente des magazines papiers ont dégringolé de manière spectaculaire. Oui, c’est inéluctable. En effet, l’arrivée d’internet a permis d’avoir des infos quasiment en temps réel alors qu’avant il fallait attendre que nos mensuels sortent en kiosques pour que le public puisse bénéficier de ces infos. Cependant, cela n’a pas que du bon. Maintenant n’importe qui peut créer un site et se prétendre « journaliste » sous prétexte d’avoir un webzine ou un simple blog. Qu’on le veuille ou non, que l’on soit d’accord ou non, il faut cependant admettre et reconnaitre que les vrais journalistes ou pigistes qui écrivent leurs articles ou interviews se trouvent dans la presse papier et non pas sur internet (sauf quelques rares exceptions). Etre journaliste, c’est avant tout un métier.


5- Il y a un phénomène que je constate lorsque j'assiste aux concerts des groupes français. Alors que j'ai commencé à écouter du metal dans les années 80 ils faisaient salle comble. Désormais les shows sont très clairsemés et réunissent 100/150 personnes difficilement (hormis Gojira). Quelle en est selon toi la raison?

C.B. : Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord les places de concerts sont beaucoup plus chères aujourd’hui que ce qu’elles ne l’étaient dans les années 80. C’est un fait. Pour autant, bon nombre de festivals affichent complets. Je pense notamment au Hellfest à Clisson ou bien plus récemment au festival de Vouziers qui s’est tenu le 31 octobre dernier, à moindre échelle certes, mais sold-out aussi. Internet est un formidable outil et est devenu incontournable pour tout le monde, mais cela ne fait pas tout. Beaucoup ne font leur promotion qu’en n’utilisant uniquement ce support (via facebook, ou divers forums, …) mais c’est insuffisant. Aujourd’hui, pour faire déplacer les gens, il faut que ces concerts soient annoncés dans tous les médias c'est-à-dire aussi dans la presse, les radios, TV, les affiches, tracts publicitaires, ... Un concert doit être perçu par le public comme étant un réel évènement pour qu’il attire un tant soit peu de monde. C’est le seul moyen aujourd’hui pour que le public se déplace à nouveau, surtout en cette période si difficile sur le plan musical. Les groupes ont plus que jamais besoin du soutien du public.


6- Penses-tu que les labels signent plus facilement les groupes de chez nous que par le passé?

C.B. : Bien au contraire, les labels, qu’ils soient français ou étrangers, sont de plus en plus frileux pour signer des groupes qu’ils soient de chez nous ou internationaux d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que les maisons de disque sont avant tout des entreprises et que par conséquent, comme toute entreprise, elles veulent savoir combien cela va leur rapporter. Or, par les temps qui courent, elles n’ont aucune garantie de résultat. Elles n’ont donc, malheureusement pour les groupes, pas d’autre choix que d’être sur leurs gardes et de plus que jamais vouloir ne signer que ce qui leur semble être le meilleur « produit » … et au moindre coût possible. Mais elles savent très bien pour autant malgré tout qu’elles n’ont que l’embarras du choix vu que paradoxalement il n’y a jamais eu autant de groupes actifs actuellement et que le marché est saturé. Plus que jamais, il y a beaucoup plus de demandes (les groupes) que d’offres (les labels) en tenant compte du fait que la plupart des gens du public n’achètent plus d’albums. Voilà d’une manière générale, et volontairement très simpliste et grossière, l’équation à résoudre.


7- Tu travailles pour les rééditions avec un label grec (No Remorse Records pour ne pas le citer). Pas un seul de chez nous n'a voulu te suivre sur ce projet?

C.B. : Tout d’abord, je tiens à ce que la plupart de mes rééditions sortent sous différents formats (CD, vinyl et coffrets). Pour se faire, il est clair que cela nécessite un certain budget. Aujourd’hui, beaucoup de labels en France n’ont soit pas les budgets suffisants pour pouvoir réaliser ce type de projets ou sont soit assez réticents à l’idée de se lancer ou de se relancer dans l’aventure de faire des rééditions, même ceux avec qui j’ai déjà travaillé par le passé tels que Axe Killer Records ou bien encore Brennus pour ne pas les citer. Ceci dit, j’ai quand même ressorti l’album "Métamorphose" du groupe Warning sur un label français (Verycords / Warner). J’ai aussi travaillé récemment avec le label allemand High Roller Records ou bien encore le label belge Mausoleum en ayant obtenu les contrats pour les derniers albums des groupes Dygitals et Existance tous deux sortis en 2014. Mais effectivement, actuellement la plupart de mes sorties se font avec No Remorse Records en Grèce avec notamment TITAN (‘Titan’), HIGH POWER (‘Les Violons De Satan’), VOODOO CHILD (‘Adrénaline’), PRESENCE (‘Rock Your Life’), ADX (‘La Terreur’ et ‘Suprématie’), MISTREATED (‘Première Intervention’), ANTHRACITE (‘Plus Précieux Que l’Or’), AXTON PRYTE (‘The Lab’) ou encore SYNTHESE (‘Prisoner’). De nouvelles rééditions sur lesquelles je travaille actuellement sont en cours de négociations. Elles sortiront aussi chez No Remorse Records. Si d’autres labels sont intéressés, qu’ils n’hésitent pas à me contacter.


8- Qu'est ce que selon toi les groupes étrangers ont de plus que les groupes français et inversement ?

C.B. : La niaque ! Faire de la musique demande beaucoup de concessions et de sacrifices dans sa vie si l’on veut avoir la chance d’arriver à un résultat sur la longueur. Certains ne sont pas prêts à cela. Aussi, pour mieux avancer, Il faut parfois savoir refuser une proposition qui peut paraitre alléchante au premier abord, mais qui au final peut s’avérer néfaste pour l’avenir du groupe. C’est pour cela qu’il est aussi très important de savoir bien s’entourer et d’essayer de garder un certain recul pour bien analyser telle ou telle situation qui peut se présenter avant de s’engager dans quelque chose. Beaucoup de groupes ont dû se séparer et splitter suite à de mauvaises décisions prises. C’est un très long chemin, mais la persévérance paye toujours. Comme je le dis souvent aux groupes qui ont travaillé avec moi : « Si on te ferme la porte, tu rentres par la fenêtre ! » C’est une image bien sûr, mais en d’autres termes, cela signifie qu’il ne faut jamais baisser les bras, se fixer des objectifs et tout faire pour les atteindre.


9- Selon toi le chant en Français est-il un obstacle à l'international ?

C.B. : Non, le chant en Français n’a jamais été un obstacle pour l’international, que ce soit dans les années 80 ou bien encore maintenant. Si c’était le cas, il m’aurait été impossible de rééditer aujourd’hui des albums chantés en français sur des labels étrangers comme No Remorse Records en Grèce par exemple. Cela a toujours été un faux débat. Déjà à l’époque des groupes comme Sortilège et H Bomb étaient signés sur le label Rave On Records en Hollande, ce qui ne les a pas empêchés d’avoir un certain succès.


10- Des groupes issus de la scène metal française t'ont marqués récemment ?

C.B. : Ils ne sont pas si nombreux que cela par rapport à tout ce que j’écoute et les nombreuses demandes que je reçois, mais j’ai un œil attentif et discret actuellement sur des groupes tels que Cranks, Tentation, Silver Machine, Another Age, Iron Slaught ou encore Herzel. Aussi, j’attends de voir ce que va donner le 1er album de Lorraine Cross...


11- Le Paris Metal France Festival a réuni toute la crème du metal français. Qu'as-tu pensé de cette initiative?

C.B. : Le premier festival de metal français était celui de Courcoury, le 30 août 1983 à Saintes en Charente-Maritime avec des groupes tels que Vulcain, Stocks, Attentat Rock, Sortilège, Epsylem, Ark-En-Ciel, …  Ensuite, il y a eu 2 éditions du tout premier France Festival : le 9 juin 1984 à Brétigny s/Orge (7 groupes) et les 6 et 7 juillet 1985 à Choisy-le-Roi (26 groupes) tous deux organisés par mon ami Christian Verraz. Il aura fallu ensuite attendre jusqu’au 7 janvier 2007 pour voir apparaitre un nouveau festival : le Paris Metal France Festival (P.M.F.F.) organisé par Phil’Em All, que je salue d’ailleurs aussi au passage, animateur de l’émission Rock-Fort Show et grand fan du groupe ADX. Il y a eu cinq éditions du P.M.F.F. en tout. Phil est un passionné et je ne peux bien évidemment que féliciter et approuver cette belle initiative.


12- Quel est selon toi le groupe français de metal qui marquera au fer rouge l'histoire de cette musique ?

C.B. : Je ne pense pas qu’il y aura un groupe qui marquera l’histoire de cette musique à l’avenir. En effet, vu la conjoncture musicale actuelle, il me parait impossible pour un groupe français de marquer l’histoire au fer rouge. En tous cas, pour l’instant, il est indéniable que Trust aura été celui qui aura le plus réussi. Ils ont été le symbole de toute une génération avec « Antisocial » en 1980. Leur succès a été immense et quasi immédiat, mais finalement de courte durée, car il faut bien le reconnaitre, leur dernier bon album remonte quand même à... 1983 !


13- As-tu quelque chose à rajouter pour conclure cette interview : un aspect qui m’a échappé, une info de dernière minute?

C.B. : Pour ceux qui souhaitent connaitre et avoir la primeur de mes sorties à venir, sachez que je les annonce régulièrement sur ma page facebook… Merci à toi Philippe ainsi qu’à toute l’équipe de Kaosguards pour cet entretien.

 

 

 

 
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